Patrick Chan, athlète de l'année de l'Agence QMI

Patinage

Patrick Chan a remporté la finale du Grand Prix ISU au pavillon de la Jeunesse, à Québec, du 8 au 10 décembre. © Didier Debusschère/Agence QMI


Dave Pollard

Dernière mise à jour: 21-12-2011 | 17h50

TORONTO – Un jeune Patrick Chan, alors néophyte du patinage artistique, mais rêvant déjà d'une carrière pavée d'or, était assis, laçant ses patins dans un aréna de la banlieue torontoise. Il observait un patineur solitaire glisser sans effort sur la glace.

Aussi sur Canoe.ca

Se préparant pour une autre session d'entraînement qui le mènerait un jour vers un Championnat du monde, Chan regardait, presque ébahi, alors que le patineur s'appliquait, saut après saut. Il effectuait ses figures avec tant d'aisance, si facilement, que Chan en était pratiquement dépassé.

Regarder Ken Rose s'exercer en ce jour d'hiver a aussi encouragé le jeune athlète. Ça lui a procuré, en un sens, l'inspiration qui l'amènera à devenir le meilleur patineur au monde.

«Je le regardais patiner alors que je me préparais, et il exécutait des triples axels comme si de rien n'était. Comme dans du beurre, s'est souvenu Chan, dans une entrevue accordée à l'Agence QMI. Je me disais que j'espérais, un jour, être capable de réaliser la même chose. Je voulais simplement aller à la patinoire un jour et effectuer ces figures avec autant d'aisance. Je repense à ce jour et me dis wow, regarde où tu es maintenant. Je n'ai jamais cru que je pourrais me rendre jusque-là.»

Rose est devenu champion canadien junior en 2003, mais a connu des succès mitigés dans sa carrière senior. Il est désormais entraîneur, travaillant avec la nouvelle génération de patineurs. Et Chan, dont le rideau se baisse sur ce qui a probablement été l'année la plus incroyable du patinage artistique canadien, se retrouve pour sa part au sommet du monde.

La perfection

L'année de Chan, une saga en deux parties divisée par l'entracte estival, n'aurait pu être mieux scénarisée, même si elle s'était retrouvée entre les mains des meilleurs rédacteurs d'Hollywood.

Le patineur de 20 ans, originaire de Toronto, a conclu le calendrier 2011 invaincu sur la patinoire, même s'il a été légèrement écorché à l'extérieur de celle-ci.

Cinq événements, cinq médailles d'or. Rien de moins que la perfection. Même Chan, réputé pour son honnêteté, n'avait rien vu venir. Enfin, presque rien.

«Je ne m'attendais pas à ce que ça se passe aussi bien, a-t-il admis. Je ne croyais pas que je serais, disons-le, invaincu. Je prenais une épreuve à la fois. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Mais je savais que quelque chose de bon allait se produire.» Son incroyable année s'est amorcée au début 2011.

En janvier, à Victoria, Chan a écrasé la compétition, raflant son quatrième championnat national consécutif et terminant l'épreuve avec un record canadien de 285,85 points. Le médaillé d'argent, Shawn Sawyer, a terminé 55 points derrière. Un revers humiliant, s'il en est un.

Trois mois plus tard, aux Championnats du monde, un événement qui a été repoussé puis déménagé en Russie en raison du tremblement de terre et du tsunami qui a ravagé le Japon, Chan s'est surpassé.

Après deux médailles d'argent de suite, il a finalement été couronné de son premier titre mondial, à Moscou. Et il l'a fait avec style, établissant des marques mondiales dans son programme court (93,02 points), son programme long (187,96 points) et au cumulatif (280,98 points).

La pause estivale n'a ralenti en rien son élan. En aussi peu que deux mois, Chan a remporté les Internationaux Patinage Canada à Mississauga, le Trophée Éric Bompard à Paris, et plus tôt ce mois-ci, la finale du Grand Prix ISU à Québec.

«Ce fut une longue route. Tout n'a pas été une question de chance. Ce n'est pas seulement comme si toutes les étoiles étaient alignées et que j'avais ainsi connu une excellente saison, a expliqué Chan. J'ai fait beaucoup de choses différemment, j'en ai essayé de nouvelles. Après les Jeux olympiques, notamment, j'ai beaucoup changé. J'ai modifié ma façon de manger et de m'entraîner en dehors de la patinoire.

«J'ai exploré une nouvelle dimension du patinage par la danse et les mouvements, effectuant plus de danse moderne. Et bien sûr, j'ai changé d'entraîneurs et je me suis exercé sur une nouvelle patinoire, au Colorado, là où j'ai trouvé beaucoup de motivation, beaucoup de bons patineurs.

«Ce fut une combinaison de beaucoup de choses. Tout est tombé en place. C'est pourquoi cette saison a été couronnée d'autant de succès.»

Question de confiance

La confiance est quelque chose d'étrange pour les athlètes. Elle peut fluctuer, être difficile à contrôler et encore plus à obtenir. Même pour les meilleurs de leur profession.

En plus d'avoir surfé sur une vague de momentum, Chan a été entraîné par ce qu'il qualifie de nouvelle vague de confiance. Ce ne fut pas toujours le cas pour le patineur, et c'est peut-être ce qui explique qu'il se soit retrouvé au sommet du podium lors d'événements majeurs qui se terminaient autrefois en pleurs, sans trophée.

Vous vous souvenez de cette cinquième place aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010? Ne pas obtenir de médaille à la maison en aurait détruit plusieurs. Pas Chan.

Peut-être que c'est sa maturité. Peut-être que ça s'est produit à force d'apprendre à la dure les différentes leçons. Peu importe, le «patineur nerveux» qu'il était à ses premiers coups de patin sur la scène internationale a disparu, selon Chan, étant remplacé par un athlète plein d'assurance.

«Je suis toujours à la recherche de confiance, d'une confiance silencieuse, précise-t-il.

«Aussi longtemps que vous travaillez fort et que vous faites les bonnes choses en demeurant concentré, la confiance viendra de la répétition et bien sûr, du succès en compétition. Remporter des épreuves montre que vous effectuez les bonnes choses. J'ai beaucoup plus confiance maintenant lors des compétitions.

«Sauf que cette confiance, je ne l'utilise pas pour intimider les autres. Elle me permet plutôt de relaxer, d'être amical. Au lieu de mener la vie dure à mes adversaires, cela me permet d'interagir avec eux, d'être plus décontracté.»


Vidéos

Photos