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Le piège : l'excès de confiance

 
Jacques Demers
Le Journal de Montréal
10/04/2008 04h42 

Comme vous avez pu le lire dans nos pages il y a quelques jours, je choisis le Canadien pour l'emporter en six matchs face aux Bruins dans cette première série qui s'amorce ce soir.

Mais au cours des 24 dernières heures, j'entends des choses qui me chicotent. À entendre parler des amateurs d'ici et de Boston, des journalistes d'ici, de Beantown et de toute la LNH, cette série sera une balade dans le parc (a walk in the park) pour la troupe de Guy Carbonneau.

On relève que le Canadien a balayé sa série de huit matchs face aux Bruins au cours du calendrier régulier, qu'il a remporté ses 11 dernières rencontres face aux Bostoniens et qu'au cours de l'histoire, le Tricolore a vaincu les Bruins dans 23 séries sur 30 dans éliminatoires.

Si j'étais dans les souliers de Carbonneau, je serais quelque peu inquiet. Surtout inquiet de la façon dont mes nombreux jeunes joueurs peuvent se laisser endormir par ces statistiques ronflantes. À vrai dire, si j'étais Carbonneau, je m'organiserais pour que toutes ces statistiques prennent le bord de la poubelle.

SOUVENIRS DE 1993 ET DE 2004

Les exemples sont nombreux dans l'histoire où l'équipe favorite s'est retrouvée Gros-Jean comme devant face aux négligés. À cet effet, je vous rappellerai seulement deux exemples concernant le Canadien.

1993 : série Canadien-Nordiques. Les Nordiques menaient la série 2-0 et tous voyaient le Canadien éliminé en quatre ou cinq parties. On vantait la puissante machine de hockey qu'étaient les Nordiques. Ces derniers sont arrivés à Montréal avec une confiance telle qu'ils en étaient devenus arrogants. On connaît la suite. Nous avons gagné les quatre matchs subséquents et, deux mois plus tard, la coupe Stanley.

2004 : Canadien-Bruins. Les Bruins avaient terminé la saison au premier rang avec une récolte de 104 points (exactement comme le Canadien cette année) alors que le Tricolore avait amassé 93 points (un de moins que les Bruins cette année). Les Bruins, en favoris, menaient la série 3-1 après quatre matchs. La vie était belle. Mais au bout de sept matchs, c'est le Canadien de Claude Julien (tiens, tiens!) qui passait à la ronde suivante.

Le danger qui guette le Tricolore est identique à celui des Nordiques de 1993 et des Bruins de 2004. Le pire ennemi de vos favoris en cette première série se trouve à l'intérieur même de l'équipe et il s'appelle l'excès de confiance.

DISCOURS IMPORTANT DE CARBO

Les Bruins, eux, n'ont rien à perdre. Tout le monde leur prédit une ronde de golf autour du 18 ou 20 avril. Mais attention.

Chose certaine, les Bruins vont présenter un nouveau visage à partir de ce soir. Julien va s'ajuster comme il l'a fait avec le Canadien en 2004. Et la présence du vieux routier Cam Neely autour de l'équipe va insuffler de l'énergie aux joueurs. De plus, si le gardien Tim Thomas n'est pas à la hauteur, ne soyez pas surpris de voir Manny Fernandez devant le filet. Il est prêt et affamé.

En ce sens, Carbonneau aura à prononcer un discours très important à ses joueurs avant le match de ce soir.

L'entraîneur en chef du Tricolore insistera sur plusieurs points. Il parlera du respect qu'on doit témoigner à l'adversaire; il parlera de discipline, de concentration, de travail, de contrôle des émotions; il lancera un appel au calme, considérant la foule survoltée dans les gradins; il insistera sur des présences courtes et intenses en début de rencontre pour donner le rythme.

Mais surtout, Carbonneau va leur dire qu'à partir de maintenant, tout ce qui a été accompli durant la saison ne veut plus rien dire, et qu'il faut l'oublier au plus vite.

Dans sa quête à convaincre les plus jeunes que tout est à refaire dans les séries éliminatoires, il aura grandement besoin de ses vétérans victorieux par le passé, les Kovalev, Brisebois, Dandenault et autres.

Le Canadien a le droit d'amorcer les séries avec une certaine dose de confiance, mais il doit éviter le piège de la facilité et l'arrogance car il ne s'en remettra pas. Bonnes séries!






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