Hommage bien mérité à mon capitaine

Chronique

 

Guy Lafleur

Malheureusement, des engagements pris de longue date m'ont empêché d'assister à la cérémonie de retrait du chandail numéro 23 de Bob Gainey, hier soir, sur la glace du Centre Bell. J'étais à Windsor, en Ontario, pour participer à un match de hockey dont les profits seront versés à des oeuvres caritatives. La veille, j'étais à Maniwaki où nous avons amassé 53000$ pour la fondation de l'hôpital local.

Si je n'étais pas présent de corps à Montréal, mon coeur était avec celui qui a été mon capitaine de 1981 à 1984.

À l'heure où les honneurs individuels prennent toute la place dans la Ligue nationale, il est bon de saluer un homme qui a été, avant tout, un joueur d'équipe. Durant toute sa carrière, Gainey s'est oublié pour le bien de ses coéquipiers, mettant son talent, sa passion, son leadership et sa détermination au service d'une seule cause : le succès de son équipe.

Gainey a toujours détesté la défaite, c'est même une des caractéristiques de sa personnalité.

Dans l'adversité comme dans l'euphorie, dans les heures difficiles comme dans les moments glorieux, il portait à bout de bras le flambeau du Canadien. Je ne l'ai jamais vu baisser les bras ou manquer de courage. Au sein de son trio défensif, il accomplissait un travail si remarquable que la Ligue nationale a fini par inventer un trophée qu'on a baptisé Frank Selke, mais qui aurait très bien pu s'appeler le trophée Bob Gainey tellement il lui allait comme un gant.

Bien sûr, Gainey n'était pas le plus volubile des capitaines de l'histoire du Canadien, mais il ne se gênait pas pour ramener à l'ordre les joueurs qui ne donnaient pas leur plein rendement. De toute façon, il n'avait pas vraiment besoin de parler. Son regard suffisait à fouetter ses troupes et à rétablir l'harmonie.

Le courage

À l'époque où Gainey portait fièrement les couleurs du Canadien, les joueurs formaient une véritable famille. Le capitaine participait à toutes les réceptions, toutes les fêtes et toutes les réunions d'équipe. Il avait compris, avant bien d'autres, que le hockey était un sport d'équipe où l'individualité devait céder le pas au jeu collectif.

Homme de famille et père dévoué, Gainey a connu des moments pénibles dans sa vie personnelle. Le décès de son épouse après une cruelle maladie et la mort accidentelle de sa fille ont exigé de lui un courage surhumain. J'ai souvent éprouvé une immense sympathie pour lui dans ces moments douloureux, quand j'ai dû moi-même puiser au fond de mes ressources pour affronter les drames que la vie nous destine.

Après nos carrières de joueur, nos chemins se sont séparés. Gainey a fait l'apprentissage de son métier de dirigeant d'abord en France, puis au Minnesota et à Dallas. Il y a bâti des équipes remarquables et a même remporté une coupe Stanley avec les Stars. C'est tout à son honneur.

Je sais que bien des partisans du Canadien trouvent que le directeur général fait preuve d'une patience exagérée et qu'il ne bouge pas assez sur le marché des transactions ou sur celui des joueurs autonomes. Disons simplement que ce n'est pas le genre d'hommes à précipiter les choses. Il attend le moment propice pour agir et il sait que la construction d'une équipe ne se fait pas à court terme en allant dénicher un sauveur qui ne cadre pas dans la structure qu'on a mis des années à élaborer.

L'important, c'est qu'il sache où il s'en va... et il a l'air de le savoir.

Un match ne fait pas une saison

On a beaucoup parlé cette semaine de la fabuleuse remontée du Canadien contre les Rangers de New York, mardi dernier. Tirant de l'arrière 5 à 0, nos Glorieux ont épaté la galerie en égalisant la marque puis en l'emportant lors des tirs de barrage. C'était la première fois en 100 ans que le Canadien remontait une telle pente.

Remarquez qu'à l'époque des grandes dynasties, le Canadien ne surmontait pas de tels déficits parce qu'il n'avait pas besoin de le faire. Des marques de 0-5 à mi-chemin dans la rencontre n'étaient pas monnaie courante. Disons que la remontée était belle à voir, mais qu'il est toujours préférable de ne pas se placer dans des situations aussi périlleuses.

Néanmoins, la formation actuelle du Canadien a démontré qu'elle n'abandonnait pas facilement et qu'elle était capable de se regrouper et d'accomplir de petits miracles. Mais un match ne fait pas une saison. Il reste une vingtaine de rencontres à disputer et on aura vite oublié la performance de mardi dernier si le Tricolore laisse filer des matchs qu'il ne peut pas se permettre de perdre.

À vrai dire, le suspense commence aujourd'hui.

Propos recueillis par Jean-Guy Fugère

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Musique et hockey : un mariage réussi

J'ai eu l'insigne honneur de faire partie des anciens joueurs qui sont montés sur scène, cette semaine, à l'occasion du concert que l'Orchestre symphonique de Montréal a donné pour célébrer le centenaire du Canadien.

Même si je ne suis pas un mélomane averti, j'ai trouvé l'oeuvre de François Dompierre extraordinaire, de même que l'interprétation de l'orchestre dirigé par Kent Nagano. J'ai apprécié chaque moment de cette soirée unique dans l'histoire de notre équipe.

Je me joins à tous les joueurs des for mations passées et présentes du Canadien pour remercier l'Orchestre symphonique, Kent Nagano, François Dompierre et Georges-Hébert Germain dont le travail honore non seulement l'équipe, mais la ville de Montréal et le Québec tout entier. Au cours de la prochaine saison, l'Orchestre aura l'occasion de participer une nouvelle fois aux célébrations marquant le centenaire du Canadien.

Durant ce siècle de hockey, les amateurs ont vibré au diapason des grandes équipes qui ont fait la fierté d'un peuple. L'Orchestre symphonique de Montréal, un autre joyau de notre vie collective, nous représente avec dignité dans le monde entier. J'ai été honoré qu'on m'invite à participer à cet événement hors du commun.

Il reste à espérer que les joueurs de notre for mation actuelle soient à la hauteur du prestige que le Canadien et l'Orchestre symphonique de Montréal ont fait rejaillir sur eux.


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