Le français n'est pas une priorité

Débat

 

Jonathan Bernier
Le Journal de Montréal

«Les politiciens ne doivent pas avoir beaucoup de matériel sous la main s'ils ont besoin de fouiller aussi bas pour faire parler d'eux.»

Se questionnant sur la pertinence du débat suscité la veille par la sortie de Guy Bertrand devant la commission Bouchard-Taylor et la citation de Pauline Marois selon qui il serait bien «que le Canadien puisse aider ses joueurs à parler français», Steve Bégin, visiblement irrité qu'on s'en prenne encore à son capitaine, n'a pas mâché ses mots. C'est sur un ton ferme qu'il a pris la défense de celui-ci.

«Coudon', est-ce qu'on approche des élections? Au lieu de s'attarder à la langue, qu'ils (les politiciens) regardent donc tout ce que Saku fait pour la société. Il donne beaucoup, il s'implique à fond, il est partout.»

Un dialecte bien complexe

Si Koivu s'est retrouvé au coeur du débat identitaire qui secoue le Québec depuis quelque temps, c'est que d'aucuns croient qu'en tant que capitaine du Canadien, le joueur finlandais a le mandat de donner l'exemple aux autres immigrants.

«Son mandat premier est de jouer au hockey, s'est empressé de rectifier Guy Carbonneau. Le reste, c'est son choix.

«D'ailleurs, Saku parle français. S'il ne le fait pas devant vous (les journalistes), c'est qu'il ne se sent pas à l'aise», a-t-il ajouté en faisant un parallèle avec Steve Shutt qui, bien qu'il ne se soit jamais adressé à la presse dans la langue de Molière au cours de ses 12 saisons complètes passées à Montréal, savait très bien tenir une discussion dans le vestiaire avec ses coéquipiers francophones.

Outre les cinq Québécois du Canadien, trois autres joueurs sont en mesure de s'exprimer en français: l'Ontarien Tom Kostopoulos, Cristobal Huet et Mark Streit.

D'origine suisse-allemande, ce dernier a appris le français sur les bancs d'école et lorsqu'il jouait dans la ligue nationale suisse. Sans cette base, il ne croit pas qu'il se serait mis au français une fois rendu en Amérique.

«Pour quelqu'un qui n'a pas grandi dans cet environnement, le français est une langue bien difficile à apprendre, a souligné Streit. Les gens sous-estiment souvent cette réalité.

«De toute façon, il s'agit d'un débat d'ordre politique. On ne devrait pas mêler le hockey à ça.»

Le respect

Si on se fie à Chris Higgins, l'un des candidats les plus logiques à la succession de Saku Koivu en tant que capitaine du Tricolore, ce n'est pas demain la veille que les partisans francophones du Canadien pourront s'identifier à un capitaine en mesure de leur adresser la parole dans leur langue maternelle.

«Je sais que c'est un débat très chaud ici, que les francophones sont un peuple très fier. Je ne veux froisser personne, mais honnêtement, parler français n'est pas vraiment une priorité pour nous (les joueurs anglophones et allophones). Tout se passe en anglais dans le vestiaire», a avoué le no 21.

«L'important est que nous respections le chandail que nous portons et la culture de nos supporters. Même si nous ne parlons pas français, j'estime que c'est ce que nous faisons.»

Ouf! Voilà un commentaire qui ne fera sans doute pas l'unanimité.


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