Pour un instant, disons
une vingtaine de minutes,
Sébastien Demers a
monopolisé l’attention
des amateurs de boxe
québécois et même de
Jos Curieux, hier. Dans
les chaumières et les bars
sportifs, le temps s’est
presque arrêté.
Un petit Québécois allait-il
devenir champion du monde?
Le rêve ne s’est jamais
matérialisé. Meilleure chance
la prochaine fois.
Au resto La Cage aux Sports
de Saint-Léonard, les écrans
du bar ainsi que les écrans
géants présentaient évidemment
le combat tant attendu.
Il y a même la sirène qui a
retenti après l’hymne national
du Canada.
Pour les autres, les petits
téléviseurs montraient du
golf, du billard et même du
rodéo.
Entre deux gorgées de
houblon et deux bouchées
d’ailes de poulet, les clients,
qui étaient relativement
nombreux, avaient fait du
petit gars de Saint-Hyacinthe
leur favori.
Il y a bien Yvon qui est
arrivé en retard, qui a
demandé à Jacqueline de
commander de la bière, qui est
allé au petit coin et qui a tout
manqué.
Il y a aussi la barmaid
Janny qui a trouvé qu’Arthur
Abraham avait fait son entrée
dans le ring avec confiance et
prestance,mais qui s’est caché
le visage lorsque le champion
du monde a massacré le petit
Demers dès le troisième
round.
Trop tôt dans
la gueule du loup
Après chaque round, ça
discutait ferme à savoir
qui avait obtenu la faveur
des juges sur les cartes de
pointage.
Avouons que le calcul n’a
été d’aucune utilité.
Et il y avait Steve, un
véritable connaisseur et un
assidu des galas de boxe
organisés par le groupe GYM
et par InterBox.
«Arthur Abraham a
dominé de A à Z, a avoué notre
expert. Il a étudié Sébastien
Demers au premier round
et il s’est dès lors aperçu que
son rival ne faisait pas le
poids.
«Il s’est ensuite servi de sa
portée et de son expérience, au
deuxième round, pour ouvrir
la machine.
«Lorsqu’il a vu que Demers
ne pouvait pas rivaliser avec
lui et qu’il avait l’air d’un
amateur, il l’a tout simplement
achevé.
«Je m’étais déplacé expressément
pour voir comment
Demers réagirait sur la scène
internationale face à un
champion du monde.
Sébastien a malheureusement
été jeté dans la gueule du loup
beaucoup trop rapidement.
«Sa seule chance de
détrôner Abraham aurait été
de le pincer à la mâchoire avec
un coup chanceux très tôt
dans le combat. À la longue, il
n’avait aucune chance.
«Personnellement, je
considère que Jean Pascal est
le boxeur québécois d’avenir.
«Et il va falloir que GYM
ou InterBox nous vendent
une meilleure salade
quand un de leurs meilleurs
espoirs s’aventure sur la scène
internationale…»
Un cogneur,
une brute
Il y a aussi Frédéric,
un Québécois avec des racines
polonaises, qui a offert une
analyse très pertinente de ce
qu’il a vu, lui qui a effectué
un sprint au petit coin entre
les premier et deuxième
rounds.
«Je me suis amené ici
strictement pour encourager
Sébastien Demers», a lancé
celui qui était accompagné
d’une très jolie petite amie.
«La marche était beaucoup
trop haute pour Demers,
a-t-il admis. Les gens qui
le conseillent ont fait un
très mauvais calcul. Il
lui manquait quelques
combats d’expérience pour
garnir son curriculum vitae.
Mais il va s’en remettre.
«En Abraham, il s’est frotté
à une brute car, toutes
catégories confondues,
l’Arménien est l’un des
plus puissants cogneurs du
monde.
«Un gars qui boxe sur
la scène locale et qui participe
à un premier combat sur
la scène mondiale, c’est
un peu comme un joueur
de hockey junior qui tente
de faire le saut dans la
LNH.
«Au moins, il y a une
culture de la boxe au Québec.
«Je considère Adrian
Diaconu comme la prochaine
vedette québécoise. Je
le compare même à Mike
Tyson.»
S’il avait fallu que
Sébastien Demers devienne
champion du monde, il serait
devenu un héros instantané.
Ce sera pour une autre fois
ou pour un autre boxeur local.
«Mon fils n’a pas à avoir honte»
Ils étaient une trentaine de
parents et d’amis à s’être
rassemblés au domicile de Lyne
Bondu, la mère de Sébastien
Demers, sur la rue des Tilleuls à
Saint-Hyacinthe, pour regarder le
combat hier.
Évidemment que la déception a
enveloppé la résidence lorsque
la défaite de leur favori a été
concrétisée par arrêt de l’arbitre
avant même la fin du troisième
round.
«Mon gars a tout donné,
il est allé au-delà de ses limites,
a expliqué Lyne Bondu. Pourquoi
a-t-il perdu? Probablement parce
qu’il s’est accroché dans les
câbles beaucoup trop longtemps
et beaucoup trop souvent.
Erreur qu’il ne répétera plus
jamais.
«Arthur Abraham était-il trop
puissant? Non.
«J’aurais toutefois apprécié
que l’arbitre laisse le combat
se poursuivre lorsque mon fils
s’est relevé au troisième round.
Mais il était trop tard,
semble-t-il.»
Aux petites vues
Imaginez un peu l’ambiance
qui aurait prévalu sur la rue
des Tilleuls, dans le quartier et
même dans la cité maskoutaine,
s’il avait fallu que l’enfant chéri
décroche la ceinture de champion
du monde.
«Il régnait une ambiance
de Cage aux Sports dans la
maison, a souligné Lyne Bondu.
De manière très objective,
Sébastien vient de vivre la
plus belle expérience de sa vie.
Il sera un tout nouveau boxeur
dès sa prochaine présence dans
le ring.
«Il n’a surtout pas à avoir
honte de sa prestation, même
s’il s’est fait sonner d’aplomb.
«Mon garçon ne sera
que meilleur dès sa prochaine
sortie, d’autant plus que j’ai
enregistré le combat sur
bande vidéo et que je sais qu’il
va le visionner 25 fois, minimum.
« Sébastien demeure mon
champion.
«J’aurais tant aimé être en
Allemagne avec lui mais, vous
savez, je n’avais tout simplement
pas les moyens de l’accompagner.
Je ne suis pas riche.»