«Je suis encore dans les nuages» - Manuel Pizarro

Ascension

Manuel Pizarro s’est tenu sur le toit du monde mercredi dernier. Son exploit a été marqué par des histoires rocambolesques et la mort d’un grimpeur tchèque. Photo Le Journal

Martin Smith
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 22-05-2007 | 13h03

Depuis son retour à Katmandou hier, Manuel Pizarro a dû passer plus de temps à répondre à des questions sur la mort du grimpeur tchèque Libor Kozak qu'à savourer son exploit.

«J'ai été un des derniers, sinon le dernier, à le voir vivant, a expliqué le Québécois d'origine chilienne, âgé de 36 ans. Son épouse est arrivée à Katmandou. On voulait savoir si j'étais prêt à donner la photo de lui que j'ai prise au camp 4 afin que sa famille puisse faire son deuil, car ils ne récupéreront probablement jamais sa dépouille.»

Manuel Pizarro a été le troisième Québécois à réussir l'ascension de l'Everest depuis la voie du Nord, mercredi dernier.

Une fois arrivé au dernier camp avant le sommet, il a rencontré le Tchèque. Les deux ont convenu de faire leur poussée finale ensemble. Cependant, Kozak a viré de bord avant d'atteindre le sommet car il ne se sentait pas bien.

Pour sa part, Pizarro a continué mais, en redescendant et en arrivant au camp 4, il a aperçu Kozak tombé dans la neige. Il s'est approché pour voir s'il pouvait l'aider, mais s'est vite rendu compte qu'il était mort.

Pizarro n'avait pas fini de vivre des moments éprouvants. Peu après, il s'est rendu compte que tout son équipement était disparu. Pas d'oxygène d'appoint, pas de tente, pas de sac de couchage, pas de réchaud pour faire fondre de la neige...

«J'ai été chanceux dans ma malchance, mais Kozak, lui, est resté là-haut, a-t-il dit. Et ce serait étonnant que sa famille puisse récupérer son corps, car on m'a dit qu'il faudrait huit sherpas à temps plein pendant quinze jours pour avoir une chance de le redescendre.»

195 courriels

Le retour à Katmandou a tout de même permis à Pizarro de reprendre contact avec son monde au Québec.

«C'est incroyable, j'avais 195 courriels dans ma boîte de courrier électronique, a-t-il dit. J'ai bien hâte de parler aux élèves des écoles de la commission scolaire Lester B. Pearson qui m'ont suivi tout le long de l'expédition.

«Je regarde mes photos du sommet trois fois par jour, a-t-il ajouté. Je suis encore dans les nuages. Plus le temps passe, plus je réalise comme cette montagne est immense. Sur place, c'est différent. On regarde rarement vers le haut, car ce serait trop décourageant. On regarde la prochaine roche, on pense au prochain objectif. Maintenant, je regarde ces images et je suis très fier.»

Tout comme Dessureault et Beauséjour l'ont fait la veille, Manuel Pizarro est allé chercher sa carte de membre à vie du restaurant Rum Doodle qui offre des repas gratuits pour le reste de leurs jours à tous les conquérants de l'Everest.

Manuel Pizarro est devenu le quatorzième Québécois à détenir une telle carte.


Vidéos

Photos