Une défaillance mécanique à l'origine de l'accident

Gilles

 

Pierre Lecours
Le Journal de Montréal

Si Gilles Villeneuve avait été assis dans une monoplace moderne, aurait-il survécu à son terrible accident sur le circuit de Zolder, le 8 mai 1982? Fort probablement.

Rappelons les faits. Il restait huit minutes (13 h 52, heure locale) à la séance de qualification. Villeneuve était devancé par son nouvel ennemi, son coéquipier Didier Pironi, qui l'avait humilié lors de la course précédente à Imola.

Avant son départ pour la Belgique, il avait confié: «Il ne l'emportera pas au paradis, celui-là. Plus jamais je ne vais lui adresser la parole, je le jure sur la tête de mes enfants. J'ai toujours respecté les consignes d'équipe, notamment en 1979 avec Scheckter. Jamais, je ne vais lui pardonner ce qu'il m'a fait.»

Il avait la rage au coeur. Tous ceux qui l'ont côtoyé au cours de ce week-end funeste vous diront qu'il n'avait pas le sourire facile.

Éjecté de son siège

Gilles était donc dans sa dernière tentative pour devancer Pironi, tandis que Jochen Mass, avec sa March, roulait au ralenti à l'entrée d'un virage après son dernier tour rapide.

Pour une raison qui est restée longtemps inconnue, Villeneuve a escaladé les roues arrière de la monoplace de l'Allemand avant de s'envoler avec sa Ferrari et de piquer du nez en retombant... un peu comme lors de son accident au Japon, au début de sa carrière.

Le Québécois a été éjecté avec son siège, ce qui l'a tué sur le coup, comme l'ont expliqué les médecins même si, à l'hôpital, on l'a gardé en vie, branché à des machines, jusqu'à l'arrivée de sa femme Joann.

«Appelé à titre de spécialiste, le docteur Gilles Bertrand, de l'hôpital Saint-Luc, m'avait expliqué que Gilles avait presque été décapité en étant éjecté, ce qui lui avait même fait perdre son casque qu'il n'avait plus sur la tête en retombant au sol, près d'un piquet de clôture», précise Danièle Adam.

Plus tard, on a su qu'on avait oublié de mettre une plaque sous son siège afin de solidifier les attaches des ceintures de sécurité.

Un tel problème ne pourrait survenir aujourd'hui sur les voitures modernes avec toutes les vérifications qu'elles doivent subir avant de prendre la piste.

Accélérateur coincé

Pendant des années, des spécialistes ont tenté d'expliquer cet accident. Personne ne pouvait comprendre comment le pilote québécois avait pu commettre une erreur de débutant en n'évitant pas la voiture de Mass - qui a mis des années à se remettre de cet accident - alors que ce dernier a toujours affirmé ne pas avoir bougé, comme plusieurs l'ont prétendu.

Il y a cinq ans, lors du 20e anniversaire, nous avions dévoilé la cause de cet accident : un accélérateur coincé, tout simplement.

De son vivant, Gaston Parent n'avait confié cette information qu'à quelques personnes.

«À l'époque, j'avais signé des documents de confidentialité avec monsieur Ferrari concernant les véritables causes de l'accident ainsi qu'une renonciation d'engager des poursuites afin d'accepter, au nom des héritiers de Gilles, des avantages financiers, nous avait-il dit. Après 20 ans, il est temps que la vérité soit connue.»

Cela n'a rien changé à la triste fin, sauf qu'il n'a pas été victime d'une erreur de pilotage, mais bien d'une défaillance mécanique.

Souvent, il confiait à ses proches : «je ne suis pas inquiet, je ne ferai pas d'erreur, mais je ne peux rien contre un bris mécanique.»

Une fois de plus, il avait vu juste. Gilles avait toujours la parfaite maîtrise de son pilotage que ce soit sur une piste, sur une route, sur l'eau ou au volant de son hélicoptère, même s'il amusait à prendre des risques énormes.

Gilles, c'était Gilles. On l'a aimé comme ça du début à la fin. C'est encore vrai 25 ans plus tard.


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