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Athlétisme

Macrozonaris se sent abandonné

 
Monelle Saindon
Le Journal de Montréal
11/09/2006 09h05 

Si Nicolas Macrozonaris songe à refaire sa vie d'athlète en Grèce, ce n'est pas de gaieté de coeur. C'est qu'il se sent abandonné par son pays.

Le sprinter québécois - qui a remporté son troisième championnat canadien au 100 mètres cet été - n'est plus considéré comme un athlète d'élite par le Canada et n'a plus droit à l'allocation mensuelle de 1500 $ depuis un an.

«Je suis allé deux fois aux Jeux olympiques, je suis le champion du Canada, mais pour mon gouvernement, depuis un an, je suis un zéro», a déclaré Macrozonaris au Journal de Montréal d'une voix enrouée par l'émotion.

«Je viens d'avoir 26 ans et je ne veux pas que mes meilleures années se passent comme ça.

«Je me sens abandonné, sous une tonne de paperasse.»

Macrozonaris reproche à Athlétisme Canada de l'avoir exclu du programme d'aide aux athlètes d'élite alors qu'il était blessé.

Athlétisme Canada dit que le champion 2006 du 100 mètres a été retiré du programme à la fin de la saison 2005 parce qu'il ne livrait pas les performances escomptées.

«La réalité, c'est que Nicolas a eu une saison misérable en 2005 et que son record personnel (10,03 secondes) remonte à 2003, quand il a battu Tim Montgomery à Mexico», a résumé sans gants blancs le directeur technique d'Athlétisme Canada, Martin Goulet.

«Il a bénéficié de notre filet de sécurité en 2004 mais à la fin de 2005, sa place est allée à quelqu'un d'autre.»

Macrozonaris a terminé deuxième au championnat national du 100 mètres en 2004 avec un temps de 10,20 secondes, et troisième au championnat 2005 avec 10,76 secondes.

Athlète : un emploi précaire

Même en redevenant champion canadien, en août dernier, Macrozonaris ne revenait pas à son meilleur chrono. Il lui a fallu 10,31 secondes pour remporter le 100 mètres.

«Comment puis-je livrer le meilleur de moi-même quand je suis constamment déconcentré par des problèmes bureaucratiques et que je dois me battre pour survivre ?», se demande l'athlète.

Au cours de la dernière année, Macrozonaris a dû vivre de ses économies et du seul support du gouvernement québécois, soit 6000 $ en subvention et 4000 $ en crédit d'impôt.

Les commanditaires se font rares quand on n'est plus cardé (appuyé financièrement par le gouvernement fédéral, dans le jargon de l'élite sportive).

Précaire, le job d'athlète ?

«Très, a reconnu Goulet.

«Mais c'est beaucoup mieux que c'était et c'est la même chose pour tout le monde !

«Si notre système de sélection est si complexe, c'est pour qu'il soit juste.

«Pour que les meilleurs athlètes en profitent et qu'il n'y ait pas d'abus.»

«Nicolas sera le premier Blanc à courir sous les 10 secondes»
- Bruny Surin

Le très sophistiqué système place toutefois le champion canadien du 100 mètres devant un choix dramatique.

Le Lavallois devrait-il tenter sa chance et soumettre sa candidature à Athlétisme Canada, ou demander qu'on le libère de l'équipe nationale et partir pour la Grèce ?

Il y a déjà eu des discussions avec les autorités sportives grecques. La patrie du paternel et berceau de l'olympisme n'a pas de coureur dans le top 100 mondial, à l'épreuve mythique du 100 mètres.

«Je l'ai déjà dit et je n'ai pas peur de le répéter : Nicolas sera le premier Blanc à courir le 100 mètres sous les dix secondes», prédit l'ancien sprinter-vedette Bruny Surin, gérant et ami du jeune champion.

«Nicolas a juste eu des ennuis à cause d'une blessure à la cuisse qu'il a traînée très longtemps, mais il est maintenant de retour sur la bonne voie», ajoute celui qui détient toujours l'une des cinq meilleures marques de tous les temps au 100 mètres (9,84 secondes, Séville, 1999).

S'il fallait que Surin ait raison et qu'on laisse partir son dauphin pour la Grèce...






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