Je me suis offert une première incursion aux Outgames. J'avais le choix entre le hockey et la danse country. Parce que j'ai le pied un peu lourd, j'ai vite tranché.
Je me suis donc dirigé vers l'aréna Saint-Michel où s'est engagé, dimanche, un tournoi de hockey à la ronde digne de nos meilleures ligues de garage.
J'ai déjà vu des pros à l'oeuvre, des ti-culs, des bûcherons, même des morons, alors pourquoi pas des gais?
Il n'y avait pas 100 personnes dans les gradins, mais il y avait Martin Caron et André Boudrias (aucun lien de parenté avec l'ancien joueur du Canadien), deux joueurs qui ont déjà joué au hockey dans les rangs juniors.
Ils sont gais et, surtout, ils ont trouvé le courage de le dire haut et fort dans une société qui, quoi qu'on en dise, n'est pas aussi ouverte d'esprit qu'elle veut bien nous le laisser supposer.
Pour certains, il y a le monde des gais. Pour d'autres, à mots couverts ou à grands cris, c'est le monde dément de la fifure, point à la ligne. Et soyons francs, ce n'est pas demain la veille...
Caron, comme ailier droit, a déjà joué avec les Draveurs de Trois-Rivières et les Tigres de Victoriaville de la Ligue de hockey junior majeur du Québec alors que Boudrias, un gardien de but, a déjà accédé au junior AAA. Ils sont tous les deux inscrits dans le tournoi.
Non, Caron n'est pas de ceux qui prétendent que son orientation sexuelle l'a empêché de réaliser son rêve de jouer dans la LNH.
«J'avais beaucoup de talent, mais pas assez de coeur, dit-il sans détour. Mon homosexualité n'a pas nui à mes chances. Ça n'a rien à voir.
«Chez les Draveurs, il y avait un joueur qui savait que j'étais homosexuel. Je n'en avais pas l'allure. C'est moins facile pour ceux qui sont efféminés...»
Caron, le benjamin d'une famille de six enfants, quatre garçons et deux filles, est un colosse originaire de La Tuque.
Tous les ans, il participe à un gros tournoi de hockey intermédiaire dans sa région. Plus de la moitié de son équipe est composée d'homosexuels.
Tout le monde ou presque le sait et vit bien avec ça, mais il y a deux ou trois ans, un hockeyeur d'une équipe adverse a traité ses joueurs de tapettes, de fifs, de n'importe quoi.
Après le match, le joueur en question est venu s'excuser.
«Là-dessus, on lui a rappelé que les deux derniers buts du match avaient été marqués par un fif!», raconte Caron en forçant un sourire.
«J'avais peur»
Boudrias, lui, a vécu avec son secret pendant une trentaine d'années.
Il a 40 ans et a fait son coming out, il y a à peine trois ans. Il a occupé le poste de directeur des ventes chez Honda pendant 13 ans. Aujourd'hui, il est en attente d'un job comme chauffeur d'autobus. Un peu comme sa vie personnelle, sa vie professionnelle a emprunté un virage peu ordinaire.
Boudrias a vécu en couple avec une femme pendant 23 ans et il est père de «deux filles merveilleuses», insiste-t-il.
De son propre aveu, il a refoulé ses pulsions pendant trop longtemps, mais avait-il vraiment le choix dans un monde qui, trop souvent, accepte mal la différence ?
«Quand je jouais dans les rangs juniors, mentionne-t-il, j'avais peur de la réaction de mon entourage, j'avais peur de ne pas percer, j'avais peur de ce que j'étais.
«Et dans le vestiaire, il y avait les jokes habituelles du genre, vous jouez comme des moumounes. Bref, des blagues constamment reliées à la faiblesse qui, dans mon for intérieur, me dégradaient encore un peu plus.
«Si j'étais passé aux aveux dans le temps, je suis convaincu que les décideurs auraient choisi un autre gardien de but à ma place. Pendant nombre d'années, j'ai vécu avec dix pianos sur le dos, tellement c'était lourd à supporter...»
Selon lui, le sport est rempli d'homosexuels.
Verra-t-on un jour un joueur de la LNH sortir du placard ?
«La ligue n'est pas prête à ça, prétend-il. Les enjeux sont trop élevés, il y a trop d'argent impliqué.
«Sidney Crosby n'est pas homosexuel, mais s'il s'était déclaré comme tel avant le repêchage, pensez-vous qu'il aurait atteint la LNH? Moi, je pense que non.»
Le plus beau des cadeaux
Selon ses dires, Boudrias n'a jamais été aussi bien dans sa peau. Il n'a plus besoin de porter un masque, sauf... devant le filet.
«Mes parents m'ont fait le plus beau des cadeaux en acceptant mon homosexualité, affirme-t-il. L'année qui a précédé mon coming out a certainement été la pire de toutes. Je n'en pouvais plus. J'ai songé au suicide, à plein de choses. De toute mon existence, je n'avais jamais été moi-même. Si j'avais su, je serais passé aux aveux bien avant...»
Caron et Boudrias ont trouvé la paix. Ils sont ce qu'ils sont: deux hommes libérés.