Saku Koivu speaks white

Patrick

 

Le Journal de Montréal

On a tout su de l'oeil de Saku Koivu, hier, mais c'est la langue du capitaine du Canadien de Montréal qui a fait revoler quelques plumes: notre Saku bien aimé, sportif tragique entre tous, voyez-vous, ne parle pas la langue de Loco Locass.

Pas un maudit mot.

Vous n'entendrez jamais le Finlandais dire Bonjour, Bonsoir, Comment allez-vous? ou Puis-je avoir des ailes de poulet?

En public, du moins.

Aussi sur Canoe.ca


LISEZ AUSSI:
Le blogue de Patrick Lagacé sur Canoë


Le capitaine du Canadien, le club du Rocket-qui-s'est-tenu-debout-contre-les-méchants-Anglos, ne parle pas la langue de l'Habitant. Ses boss se sont fait picosser à ce sujet, hier, lors de la matinée des bilans d'après-saison, au Centre Bell.

Impressionnant, un point de presse du Canadien. Comme pour George W. Bush ou Stephen Harper, un attaché de presse dirige le trafic. Il montre un journaliste, le journaliste pose sa question. Tout le monde attend son tour. Des modèles de discipline, nos collègues du sport.

Yes, yes, yes...

Bon, après les questions de routine sur la nécessité d'embaucher un défenseur déplaisant, sur les jeunes-qui-prennent-de l'expérience et sur la masse salariale du club, un reporter de TVA a sorti la carte nationalo-linguistique et il a demandé:

- Pourquoi Saku Koivu, capitaine du Canadien, ne parle-t-il pas français?

C'est Bob Gainey, qui parle un français à faire rougir des quartiers entiers du West Island, qui a répondu: «Sa femme parle très bien français, peut-être que Saku devrait passer plus de temps avec elle...»

Je me disais que la réponse était bonne quand un journaliste de CJAD, sans attendre que l'attaché de presse lui donne la parole, s'est impatienté, sur le mode full fru, et a demandé à Guy Carbonneau:

- Le but ultime n'est-il pas de remporter la Coupe Stanley, qu'importe la langue?

- Yes, a répondu Carbo.

- Bob?

- Yes.

Et si on s'en foutait?

Plus tard, Saku est arrivé, l'oeil amoché mais quand même étincelant dans une jolie chemise blanche.

Le gars de TVA est revenu à la charge:

- Pourquoi tu parles pas français, Saku?

J'oublie sa réponse. Mais c'était quelque chose de très diplomatique (Koivu doit fréquenter l'ambassadeur de Finlande à Ottawa), rempli de phrases vagues et de vagues promesses de s'y mettre, bientôt, un jour, demain, whatever. Mais il a surtout dit ça:

I don't think it's a big deal for the fans...

Traduction très, très libre: les fans s'en crissent, de mon français. Et le pire, c'est qu'il a probablement raison.

Fut une époque où Saku n'aurait pas eu le choix de parler français, de le baragouiner, au moins. Fut une époque où c'était dans l'air du temps d'aimer cette langue, de la défendre, dans la rue et dans les lois. Et d'exiger qu'on la respecte.

Mais aujourd'hui, bof!

On se dit que ça va, le français, on se calme, c'est plus 1972, c'est plus l'époque du Speak White chez Eaton. On a une loi qui le protège, le français. On a exilé l'anglais des affiches des commerces. On a des «enfants de la loi 101» qui parlent le joual.

On n'a plus peur, quoi...

Saku Koivu ne parle pas français pour une raison bien, bien simple: il n'est pas nécessaire de parler français pour vivre à Montréal. Il est possible, ici, en 2006, de vivre in English sans trop en pâtir.

Saku Koivu passe ses hivers à Montréal depuis 1995. Il ne parle pas français.

Ça en dit plus long sur Montréal que sur Saku Koivu.

Pendant ce temps, à Barcelone...

Le club espagnol FC Barcelone est une des équipes de soccer les plus prestigieuses du monde. C'est la fierté de la Catalogne, cette région distincte de l'Espagne, par sa langue et sa culture. La Catalogne, c'est un peu le Québec de l'Espagne.

Le FC Barcelone, c'est plus qu'un club. C'est un peu la Catalogne. Les matches FC-Real Madrid sont de petits psychodrames nationaux où les Catalans minoritaires et les Madrilènes majoritaires règlent leurs comptes sur une pelouse...

Je vous dis ça comme ça: les contrats des joueurs du FC Barcelone sont rédigés en catalan, pas en espagnol ou en anglais. Une des clauses: les joueurs doivent apprendre le catalan. Le font-ils? Je sais pas. Mais le symbole est fort...

Ai-je dit que la Catalogne était un peu le Québec de l'Espagne?

Toutes mes excuses aux Catalans.

Pas des menteurs

Récemment, un journaliste et un photographe du Journal de Montréal sont allés voir Saku Koivu à l'hôpital, question de s'enquérir de son oeil blessé.

On peut être d'accord ou non avec la tactique d'aller relancer un athlète à l'hôpital. Ou un coach, tiens, riez pas, c'est déjà arrivé. Bref, Saku, et d'autres, n'étaient pas d'accord avec ça. Mais Koivu a confirmé hier, mine de rien, le fil des événements racontés par Éric-Yvan Lemay: les gars se sont identifiés comme représentants du Journal, l'entretien s'est déroulé dans une salle commune (pas dans sa chambre) et après que Koivu eut dit «Pas de photo», Pascal Ratthé a cessé de faire clic. Pas d'embuscade. Pas de journaliste qui cache son identité. Pas de photos après le non du capitaine.

Je vous le dis parce que bien des mauvaises langues ont accusé nos gars d'avoir menti à propos de ce scoop, sur la façon dont il a été obtenu. Sauf qu'ils ont dit la vérité. C'est Saku qui l'a dit.


Vidéos

Photos