Jacques Villeneuve affirme qu’il est « plus que fort possible » qu’il ne reprenne plus jamais le volant
à titre de pilote de course automobile. Âgé de seulement
32 ans, retraité et multimillionnaire, l’ex-champion du
monde entend, pour l’instant, se consacrer à ses deux
passions que sont la musique et le ski.
Quarante-huit jours après son spectaculaire retrait du Grand Prix du Japon (et de la F-1), Villeneuve a enfin rompu le silence hier en compagnie d’une dizaine de
journalistes britanniques, français, italiens, allemands, japonais et québécois triés sur le volet.
Pour cette rencontre fort chaleureuse, tout ce monde avait été convié à la résidence de Craig Pollock, située dans les Alpes suisses, plus précisément dans le canton de Vaud.
Après l’entraînement matinal de son équipe de hockey, appelée les Moines de Bretet, Villeneuve s’est installé au soleil, dans un superbe jardin faisant face au mont
Blanc, pour affronter un barrage d’entrevues pendant six heures.
La principale conclusion de cette journée ?
Même s’il dit garder la porte
ouverte à un éventuel retour à la compétition, le pilote québécois – peut-être devrait-on dire l’ex-pilote – est, de toute évidence, en train de tourner la page sur le métier qui l’a rendu riche et célèbre.
« Je suis très chanceux ; c’est
incroyable de pouvoir tirer la plogue si jeune pour me consacrer à des
activités que j’aime », reconnaît-il.
« Si je n’avais pas battu Michael Schumacher en 1997, ce serait plus pénible de me retirer, mais j’ai
accompli ce que je voulais accomplir, poursuit-il. Puis, après le
championnat, j’ai tenté l’aventure de BAR qui était mon rêve. Je suis serein, il n’y a rien (en course
automobile) qui va me manquer. »
Il quitte le navire…
Depuis son spectaculaire divorce avec BAR, Villeneuve dit vivre au jour le jour. Dans sa tête, il est clair qu’il n’est plus un pilote de F-1, mais il laisse tout de même la
porte ouverte au cas où une offre
inattendue finirait par lui être
soumise.
« Si on me faisait une offre, il
faudrait que je m’assoie pour y
réfléchir et pour décider si je
souhaite retourner dans le paddock, explique-t-il. Si j’ai vraiment envie de piloter (en 2005), j’irai sans doute fouiner du côté de la série NASCAR. »
Pour l’instant, Villeneuve ne
perçoit pas la fin de sa carrière comme une cassure, mais plutôt comme une continuation de la vie qu’il menait auparavant. Tout ce qu’il entend sacrifier, c’est le luxueux yacht de 25 millions de
dollars américains qu’il gardait à sa disposition au port de Monaco.
« Pour avoir un bateau, il faut un salaire », tranche-t-il.
Pour le reste, il entend se livrer aux mêmes activités qu’avant, sauf qu’il s’y impliquera davantage.
« Je veux faire des compétitions de ski et m’entraîner au slalom du matin au soir, pour retrancher un dixième de seconde ici et là,
souligne-t-il. Je veux aussi pouvoir m’investir dans la musique en
suivant des cours. Ces deux
dernières années, je n’étais plus
capable de faire ça. »
Loin d’Ellie, loin de Gilles…
« Quoi que je fasse, cela m’absorbe totalement, même s’il n’y a pas de
salaire au bout, insiste-t-il. Croyez-moi, je ne me suis pas encore ennuyé et ça ne risque pas d’arriver. »
Par ailleurs, Villeneuve, qui considère son nouveau rythme de vie comme « une existence normale »,
n’a pas l’intention de profiter de sa soudaine retraite pour emménager avec sa fiancée, la ballerine
américaine Ellie Green.
« Ellie travaille au Danemark,
explique-t-il. L’hiver, là-bas, n’est pas chaleureux comme au Québec, et puis, je suis un résident suisse. Il faut que j’habite ici pour respecter la loi. »
Quel souvenir croit-il laisser aux amateurs de F-1 ?
« Les gens vont se rappeler de Gilles et je trouve ça cool parce que je suis fier d’être son fils », répond-il du tac au tac.
Amusé, Villeneuve raconte que les gens le reconnaissent encore dans la rue, mais que ceux qui ne se souviennent pas de son nom sont de plus en plus nombreux.
« Ce sont les morts qui deviennent des mythes, dit-il. Entre Senna et Prost, c’est Senna qui est devenu un mythe.
De mon côté, je serai content si les gens me respectent. Je crois
toutefois qu’ils se souviendront
surtout des dernières saisons et pas de mes victoires. »