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Bertrand Raymond

La fin du country club


Journal de Montréal
23/02/2006 14h43





Wayne Gretzky a dit une vérité dès son arrivée à Turin quand il a déclaré que si le Canada ne gagnait pas la médaille d'or, il serait personnellement blâmé pour cet échec.

Il le sera sûrement, et sans doute avec raison.

Gretzky, à qui la décision finale revenait dans le choix des joueurs, a des choses à se reprocher.

Dans ses plans, il a préféré les vétérans à la jeunesse, même s'il y avait de jeunes jambes dans une formation qui s'est royalement plantée à ces Jeux.

Il a tenu compte de ce que certains joueurs lui avaient apporté dans le passé. Il a joué avec sa chance en voulant récompenser des éléments qui avaient permis à Équipe Canada de gagner à Salt Lake City en plus de rafler deux championnats mondiaux et une Coupe du monde.

Quelques-uns de ses choix ont été critiqués dès le premier jour. Alors que des joueurs d'avenir étaient boudés, on s'est demandé ce que Kris Draper, qui n'a marqué qu'un but cette saison, faisait encore dans cette équipe.

Pourquoi Ryan Smyth, à qui le titre de capitaine Canada ne convient plus, a-t-il été une nouvelle fois un choix automatique ?

Pourquoi a-t-on préféré un défenseur vieillissant comme Adam Foote à Dan Boyle, plus combatif, plus efficace et surtout nettement plus rapide ?

Finalement, n'est-il pas ironique que le joueur que le pays ne voulait pas vouloir là, Todd Bertuzzi, ait écopé d'une punition futile qui a permis à Alexander Ovechkin de sortir le Canada de ce tournoi ?

L'histoire retiendra qu'en trois présences aux Olympiques, Équipe Canada a raté deux fois le podium.

Dans le contexte actuel, alors que la popularité des joueurs reste fragile à la suite d'un lock-out qu'ils auraient pu nous éviter, comment les participants à ce tournoi olympique seront-ils accueillis au pays ?

Quel sort réservera-t-on à Gretzky qui n'a pas souvent été jugé sévèrement durant sa glorieuse carrière ?

Dans l'autre camp

Le contraste était frappant entre les deux directeurs généraux après le match.

Pavel Bure, dont c'était la première expérience du genre, a construit son équipe en misant sur la jeunesse.

Il avait déjà l'air d'un héros national à l'entrée du vestiaire où il félicitait chacun de ses joueurs.

De hauts dignitaires de l'équipe et de la Fédération de hockey russe venaient lui donner l'accolade.

Pendant que le Canada a jugé bon de ne pas exposer Sidney Crosby trop hâtivement aux Jeux olympiques, Bure se félicitait de pouvoir utiliser fréquemment son principal rival dans la course au trophée Calder. Et Ovechkin l'a bien remercié avec le but gagnant.

Ilya Kovalchuk, âgé de 22 ans, Evgeni Malkin, de 19 ans, et Ovechkin, de 20 ans, injectent du dynamisme dans une équipe qui pourrait remporter l'or dans trois jours.

Au Canada, l'excitant Eric Stall, le dangereux Alex Tanguay et Crosby qui, malgré ses 18 ans, connaîtra peut-être une saison de 100 points, ont attendu une invitation qui n'est jamais venue.

Ajoutez à cette liste le nom de Jason Spezza, qui n'est pas allé plus loin que l'équipe de réserve.

Gretzky et l'entraîneur Pat Quinn ont excusé généreusement leurs joueurs. Ils ont mis en valeur le fait qu'ils ont sacrifié leur temps pour participer à cette aventure alors que d'autres joueurs ont carrément refusé d'y participer.

Ils sont même allés jusqu'à dire qu'ils avaient tout donné. Le public canadien en a assez vu pour se forger une opinion là-dessus.

Notre hockey n'est pas mort

Si Équipe Canada a été battue par une formation de qualité, elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même. Au lieu de répéter que les parties préliminaires étaient sans importance, on aurait dû s'appliquer à les gagner.

Si la bande à Wayne avait bouclé ces parties au premier rang, elle aurait affronté les États-Unis hier.

Aujourd'hui, elle poursuivrait sa marche vers la médaille d'or.

Ces parties étaient importantes pour établir sa position dans la ronde des médailles.

Dans la leçon qu'on a promis de retenir pour la prochaine fois, on pourrait peut-être commencer par celle-là.

Leçon numéro deux : cette amère défaite devra sonner la fin du country club.

Dorénavant, au lieu de se montrer généreux envers ceux qui ont contribué aux succès passés, on pourrait imiter les Russes en bâtissant une équipe plus explosive secondée par des défenseurs beaucoup plus mobiles.

«Je prends la responsabilité de ce qui s'est passé, a lancé Gretzky dans un point de presse tenu au début de la nuit. Mais ne paniquons pas. Le hockey canadien n'est pas mort.»

Il est peu probable que Gretzky, qui s'est dit dévasté par cet échec, soit l'architecte de la formation qui retournera aux Jeux dans quatre ans.

Il a mentionné qu'il allait revoir son avenir dans le programme canadien. Il a déclaré que la responsabilité est énorme quand on ne gagne pas.

«Le Canada est un beau et grand pays. Je l'aime, mais c'est dur pour les nerfs un job comme celui-là. Les trois derniers mois ont été horribles pour moi», a-t-il admis en faisant allusion au décès de sa mère, de sa grand-mère et de cette histoire de paris qui l'a écorché.

Le mauvais pari

Le Canada n'a pas marqué un seul but dans 11 de ses 12 dernières périodes de jeu. Sa totale inertie en supériorité numérique l'a réduit au rang d'une formation ordinaire.

Qu'on le veuille ou non, le plus grand marqueur dans l'histoire du hockey doit accepter une bonne partie du blâme pour ça.

Gretzky n'a pas dirigé l'équipe. Il n'en a pas préparé la stratégie, mais il est celui qui a fourni à l'entraîneur les chevaux qui devaient le conduire vers l'or.

Cinq attaquants n'ont pas marqué, dont Vincent Lecavalier, Rick Nash et Bertuzzi, qui étaient là pour ça. Bryan McCabe, qui devait allumer l'attaque massive, n'a pas recueilli un maigre point.

Gretzky est arrivé à Turin en défendant sa réputation dans une histoire de paris. Depuis hier, on sait au moins qu'il avait parié sur les mauvais joueurs.




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