
Soit vous êtes trop vieux. Soit vous n'êtes pas assez rapide. Soit il est temps de vivre le nouveau chapitre de votre existence.
Quand Mark de Jonge a échoué aux qualifications des Jeux olympiques de Pékin, en 2008, il a senti que le moment était venu de prendre du recul.
Le kayakiste a choisi de terminer ses cours universitaires, réalisant de façon cruelle qu'il ne compterait jamais parmi les plus rapides au monde.
Tout a changé par un matin ensoleillé, ici au bassin d'Eton Dorney, quand l'athlète de 28 ans a frayé son chemin en 180 coups de rames par minute pour remporter le bronze à l'épreuve du 200 mètres en K-1.
Non seulement a-t-il procuré au Canada sa 18e médaille des Jeux olympiques, égalant le total de Pékin il y a quatre ans, mais de Jonge a aussi couronné son remarquable retour à la compétition, lui qui avait délaissé le kayak il y a presque trois ans.
«Je suis tellement heureux de me retrouver sur le podium, a dit de Jonge, peinant à lever ses yeux de le pesante médaille de bronze qui reposait sur sa poitrine.
«C'est le plus haut niveau de compétition que vous pouvez imaginer. Je pense que ma plus grande peur cette année était de tout donner pour finalement me rendre compte que ça n'en avait pas valu la peine.
«Finalement, ça en a totalement valu la peine. Une incroyable expérience.»
Métamorphose
Le fait que tout cela ait manqué de ne jamais se produire rend l'accomplissement encore plus grand.
De Jonge a dédié sa vie à son sport, illuminant la scène du club Maskwa Aquatice à Halifax, sans jamais faire sa marque sur la scène internationale.
«Rien n'allait en ma faveur, a expliqué de Jonge, au sujet de sa décision de quitter son sport en 2008. Je voulais seulement me concentrer sur les autres points importants de ma vie. Ce n'est pas comme si je n'aimais pas le kayak – c'est seulement que j'avais tout donné et rien reçu en retour.»
Tout a changé lorsque son sport a subi une métamorphose olympique. L'épreuve du 500 mètres, autrefois la spécialité d'Adam van Koeverden, a été évincée du menu au profit du 200 mètres.
Si la décision de se retirer a été difficile à prendre, l'appel du retour a été facile à entendre pour de Jonge.
«Je me sentais utile à nouveau. J'ai toujours pris part au 500 et au 1000 mètres et je m'en sortais bien même en allant à l'école en même temps. Mais c'était quand même difficile, vraiment.
«Je savais que j'avais un avenir. J'ai fait un plan et l'ai exécuté.»
Il l'a d'ailleurs plutôt bien exécuté samedi matin, obtenant le départ rapide souhaité lors des épreuves de sprint. Il n'a pas réussi à rejoindre le favori de la foule, Ed McKeerver, le Britannique dominant toute la course pour mériter la médaille d'or en un temps de 36,426 s.
De Jonge a terminé en 36,657. L'Espagnol Saul Craviotto a raflé l'argent.
«Je suis bon pour être rapide, mais je ne peux pas vraiment tenir le rythme plus de 200 mètres, a admis de Jonge. Le 200 mètres, c'est le genre de compétition qui me plaît. J'étais vraiment très concentré au départ.
«Je savais que tout tomberait en plus si je gardais ma concentration.»
À vrai dire, tout dans sa vie semble tomber en place. Après avoir obtenu son diplôme à l'Université de Dalhousie, il a obtenu un emploi dans une firme de consultants à Halifax, qui lui a accordé le droit de s'absenter afin de poursuivre son rêve olympique.
Avec sa médaille de bronze, ainsi que celles d'argent de van Koeverden au 1000 K-1 mètres et de bronze de Mark Oldershaw au 1000 mètres C-1, les kayakistes canadiens ont quitté Eton Dorney avec trois médailles.
Combinées aux médailles d'argent remportées par les huit d'aviron masculins et féminins, ce fut le site olympique le plus payant pour le Canada.
La cinquième médaille aurait pu ne jamais être gagnée, toutefois, si le rêve olympique n'était pas si fort.
«J'étais assez satisfait de ma vie sans le kayak, a admis de Jonge. J'ai dû y penser avant de revenir. Mais j'ai pris la bonne décision et j'en suis heureux.»
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