
Malgré un programme libre d'une rare intensité, les huit nageuses canadiennes ont dû se contenter de la quatrième place, vendredi, devant un public conquis qui lui a réservé sa plus belle ovation.
Les enchaînements spectaculaires et répétés, appuyés par des pirouettes audacieuses hors de l'eau, n'ont pas convaincu les juges d'accorder les notes suffisantes pour obtenir cette médaille de bronze tant convoitée.
La commande, il est vrai, était très lourde pour les Canadiennes, après le résultat de la veille, qui leur exigeait de combler un écart quasi insurmontable de 1,8 point sur les Espagnoles, détentrices du troisième échelon après la routine technique.
Si le quatrième titre olympique consécutif de l'équipe russe (197,030 points) n'a jamais été contesté, la médaille d'argent des Chinoises (194,010) est, de l'avis de plusieurs observateurs, beaucoup moins méritée.
Leur prestation sans éclat leur a valu de terminer au deuxième rang de la compétition en équipe devant les Espagnoles (193,120), pourtant plus éclatantes.
Comme à Pékin, il y a quatre ans, ces trois nations se retrouvent sur le podium (dans l'ordre inversé pour la Chine et l'Espagne) avec les pauvres Canadiennes à leur pied.
Un manque de transparence ?
«J'ai dit aux filles, à leur sortie de l'eau que si j'avais été juge, je leur aurais accordé une note de 10 sur 10, a déclaré Julie Sauvé. Les sauts étaient parfaits, j'ai été bouche bée.»
Mais, les juges, les vrais, ont été beaucoup plus sévères dans leur verdict et l'entraîneuse en chef de l'équipe canadienne ne comprend toujours pas.
«Nous avions un programme unique et créatif, plus que quiconque, a-t-elle poursuivi, mais les juges ne sont pas encore prêts à noter l'originalité.
«Nous voulons faire avancer notre sport, mais il faudrait que les juges embarquent. La nage synchronisée doit effectuer un virage pour sa crédibilité. Vous savez, nos adversaires, ce ne sont pas les autres pays, ce sont les juges.
«En bout de ligne, on constate qu'ils manquent de transparence, a indiqué Sauvé. Je ne sais pas, entre autres, quelles notes la juge chinoise a données à mes filles.»
De toute évidence, le nouveau système de pointage est très compliqué à comprendre. Chacun des 14 juges doit accorder trois notes pour chaque routine.
«On s'y perd, on n'a pas l'heure juste…», a dit Sauvé.
Le devoir accompli
Les huit filles, elles, sont apparues sereines dans la zone d'entrevue après leur magnifique démonstration, tout en cachant une profonde déception.
Les deux cocapitaines de l'équipe, également coincées au pied du podium dans l'épreuve du duo quelques jours plus tôt, n'ont pas changé leur discours malgré leur frustration.
«Nous méritions une médaille, mais nous souhaitions aussi performer à un très haut niveau, ce que nous avons fait», a dit Marie-Pier Boudreau-Gagnon qui a confirmé que les Jeux de Londres étaient ses derniers.
«Refaire un cycle de quatre ans, je pense que c'est trop long. Si les filles peuvent gagner à Rio, je serai la première à aller les récompenser.
«On a pris des risques, d'énormes risques, mais on a relevé le défi, a-t-elle ajouté. C'est très prometteur pour les années à venir.»
Quant à sa collègue Élise Marcotte, elle n'en revenait pas de l'accueil de la foule.
«Nous n'avons pas réussi à séduire les juges, mais la foule, elle, a bien aimé. On a joué le tout pour le tout et on a relevé le défi. Ça ne nous donne pas la médaille pour autant, mais on ne regrette rien.»
Jo-Annie Fortin, Chloé Isaac, Stéphanie Leclair, Tracy Little, Stéphanie Durocher et Valérie Welsh ont complété vendredi la formation canadienne pour le programme libre. Karine Thomas, désignée comme remplaçante, a suivi le numéro de ses coéquipières en compagnie de Julie Sauvé à proximité de la piscine.
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