Membres Canoe.ca

Bagarres au hockey

Assez, c'est assez!

Canoe.ca 
Marc de Foy
02/09/2011 12h11 - Mise à jour 03/09/2011 12h05
 
 
Bagarres au hockey - Assez, c'est assez!
Éric Godard des Penguins de Pittsburgh et Shawn Thornton des Bruins de Boston en 2008. 
© Agence QMI / Archives


Les adeptes des bagarres dans le hockey font valoir qu’un coup de poing n’a jamais tué son homme. Or, de plus en plus, les faits démontrent que le pugilat sur patins entraîne des problèmes psychologiques et physiques graves pouvant mener à la mort.

La Ligue nationale ne peut plus jouer à l’autruche et parler de cas isolés.

BLOGUE:
Pour ou contre les bagarres?

À lire:
Ciccone a connu la dépression

De gros bonshommes sensibles et fragiles

Quand le rêve est plus fort que tout

«La LNH devrait abolir les bagarres» - Chris Nilan

Non aux coups à la tête, oui aux bagarres

Un dur métier

Les conséquences

L’anxiété, la pression et parfois... la peur

Russ Courtnall a peut-être sauvé une vie

«Il faut que les gouvernements s’en mêlent»

«L’Association des joueurs ne fait rien pour vous préparer»

Une culture qui doit changer

Wade Belak retrouvé mort

En moins de quatre mois, deux joueurs de la Ligue nationale dans la fleur de l’âge, Derek Boogaard et Rick Rypien, et un nouveau retraité, Wade Belak, ont été retrouvés sans vie à leur domicile.

Dans le cas de Boogaard, le rapport d’autopsie a conclu à un mélange d’alcool et d’Oxycodone, un puissant analgésique visant à soulager des douleurs modérées et sévères.

Le décès du joueur de 28 ans a été qualifié d’accidentel, mais son frère Aaron est accusé de lui avoir fourni le médicament illégalement. Une deuxième accusation d’obstruction à la justice pèse aussi contre ce dernier.

En ce qui a trait à Rypien, son agent Allain Roy affirme qu’il souffrait de dépression.

La thèse du suicide circule, tout comme dans le cas de Belak, qui se serait pendu.

Les joueurs de hockey souffrant de dépressions consécutives à des coups reçus à la tête sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense.

Études déterminantes

L’an dernier, Bob Probert mourait d’une crise cardiaque à 45 ans.

Six mois avant son décès, une étude de l’Université de Boston, pour laquelle il s’était porté volontaire après avoir regardé un documentaire portant sur les blessures à la tête à la télévision, lui apprenait qu’il souffrait d’encéphalopathie chronique, maladie dégénérative du cerveau associée depuis longtemps à la pratique de la boxe et du football.

En 2009, six mois après sa mort, à l’âge de 73 ans, Reggie Fleming, qui a joué dans la LNH dans les années 1960 et 1970, devenait le premier cas répertorié du genre dans le monde du hockey.

Ce n’est pas cette maladie qui l’a emporté, mais Fleming, qui était un dur de dur, assénait et encaissait des coups à l’époque où les joueurs ne se protégeaient même pas la tête d’un casque.

En 1992, John Kordic, qui faisait usage de stéroïdes anabolisants, succombait à une surdose de cocaïne, à l’âge de 27 ans.

Tous ces noms avaient un point en commun : ils étaient ce qu’on appelle des «durs à cuire» du hockey.

Tout cela ne tient pas compte des joueurs dont on n’entend pas parler et qui souffrent en silence, tant physiquement que psychologiquement.

Le problème existe.

Aussi, lorsque trois hommes meurent à un âge où ils auraient dû mordre pleinement dans la vie, des questions se posent.

Le moment n’est-il pas venu de bannir les bagarres du hockey ?

« Je me suis encore posé la question en apprenant la mort de Rypien, dit d’entrée de jeu Dave Morissette, dont les talents de bagarreur lui ont permis de jouer brièvement dans la LNH.

« Mais quand on parle de commotion cérébrale, il ne faut pas seulement en imputer la cause aux bagarres. Sidney Crosby en est la preuve », insiste-t-il.

« Par contre, l’épouse de Bob Probert a raconté après la mort de son conjoint que celui-ci sentait qu’il n’avait pas l’entier contrôle de ses moyens. »

L’alcool et la drogue ont rongé Probert la majeure partie de son existence.

Risque à assumer

Les commotions cérébrales sont devenues un fléau dans le hockey. Aucun joueur n’est à l’abri, mais les bagarreurs sont encore plus exposés.

« Le risque existe, les gars qui se battent le savent et il faut l’assumer, reprend Morissette. Personnellement, j’avais 19 ans quand j’ai accepté de jouer ce rôle. Pour moi qui voulais atteindre la Ligue nationale, c’était la voie à suivre pour gravir les échelons. »

Morissette a été repêché après sa dernière saison junior avec les Cataractes de Shawinigan, en 1991. À l’âge de 20 ans, il s’est présenté au camp d’entraînement des Capitals de Washington, qui l’avaient repêché au 146e rang.

Chemin faisant vers la LNH, il a pris des stéroïdes dans le but de se faire un nom, ce qu’il a confessé, après sa carrière, dans sa biographie Mémoires d’un dur à cuire.

Il lui a fallu 8 ans avant de pouvoir disputer 11 matchs avec le Canadien. Il a connu son heure de gloire lorsqu’il a remporté un féroce combat contre Probert, au Centre Bell.

Deux ans plus tard, le hockey en avait fini avec lui.

« Je ne laisserais pas mon fils faire ce que j’ai fait, affirme-t-il. Je ne veux pas qu’il vive ce que j’ai vécu. »

À la LNH d’agir

De son côté, Gino Odjick estime que les bagarres ont encore leur place.

« C’est un sport physique », invoque-t-il.

Quant à Enrico Ciccone, il cite une autre raison.

« Tant que la Ligue nationale n’appliquera pas les règlements, les joueurs seront obligés de se faire eux-mêmes justice », clame-t-il.

Sa déclaration est aussi vieille que le hockey lui-même, mais ça montre qu’il n’est pas facile de changer une culture qui date d’un siècle.

« Que fait-on quand on est incapable de protéger un Sidney Crosby ? » demande-t-il.

« Le jour où il n’y aura plus de batailles dans la Ligue nationale, je serai le gars le plus heureux. »




[Autres dossiers]
  DANS LE SPORT
Boxe
Coupe des confédérations
Dossiers