Les adeptes des bagarres dans le hockey
font valoir qu’un coup de poing n’a jamais
tué son homme. Or, de plus en plus, les faits
démontrent que le pugilat sur patins
entraîne des problèmes psychologiques et
physiques graves pouvant mener à la mort.
La Ligue nationale ne peut plus jouer à l’autruche et
parler de cas isolés.
En moins de quatre mois, deux joueurs de la Ligue
nationale dans la fleur de l’âge, Derek Boogaard et Rick
Rypien, et un nouveau retraité, Wade Belak, ont été
retrouvés sans vie à leur domicile.
Dans le cas de Boogaard, le rapport d’autopsie a
conclu à un mélange d’alcool et d’Oxycodone, un
puissant analgésique visant à soulager des douleurs
modérées et sévères.
Le décès du joueur de 28 ans a été qualifié d’accidentel,
mais son frère Aaron est accusé de lui avoir fourni
le médicament illégalement. Une deuxième accusation
d’obstruction à la justice pèse aussi contre ce dernier.
En ce qui a trait à Rypien, son agent Allain Roy
affirme qu’il souffrait de dépression.
La thèse du suicide circule, tout comme dans le cas
de Belak, qui se serait pendu.
Les joueurs de hockey souffrant de dépressions
consécutives à des coups reçus à la tête sont beaucoup
plus nombreux qu’on ne le pense.
Études déterminantes
L’an dernier, Bob Probert mourait d’une crise
cardiaque à 45 ans.
Six mois avant son décès, une étude de l’Université
de Boston, pour laquelle il s’était porté volontaire après
avoir regardé un documentaire portant sur les
blessures à la tête à la télévision, lui apprenait qu’il
souffrait d’encéphalopathie chronique, maladie
dégénérative du cerveau associée depuis longtemps à
la pratique de la boxe et du football.
En 2009, six mois après sa mort, à l’âge de 73 ans,
Reggie Fleming, qui a joué dans la LNH dans les années
1960 et 1970, devenait le premier cas répertorié du genre
dans le monde du hockey.
Ce n’est pas cette maladie qui l’a emporté, mais
Fleming, qui était un dur de dur, assénait et encaissait
des coups à l’époque où les joueurs ne se protégeaient
même pas la tête d’un casque.
En 1992, John Kordic, qui faisait usage de stéroïdes
anabolisants, succombait à une surdose de cocaïne, à
l’âge de 27 ans.
Tous ces noms avaient un point en commun : ils
étaient ce qu’on appelle des «durs à cuire» du hockey.
Tout cela ne tient pas compte des joueurs dont on
n’entend pas parler et qui souffrent en silence, tant
physiquement que psychologiquement.
Le problème existe.
Aussi, lorsque trois hommes meurent à un âge
où ils auraient dû mordre pleinement dans la vie, des
questions se posent.
Le moment n’est-il pas venu de bannir les bagarres
du hockey ?
« Je me suis encore posé la question en apprenant la
mort de Rypien, dit d’entrée de jeu Dave Morissette,
dont les talents de bagarreur lui ont permis de jouer
brièvement dans la LNH.
« Mais quand on parle de commotion cérébrale, il ne
faut pas seulement en imputer la cause aux bagarres.
Sidney Crosby en est la preuve », insiste-t-il.
« Par contre, l’épouse de Bob Probert a raconté après
la mort de son conjoint que celui-ci sentait qu’il n’avait
pas l’entier contrôle de ses moyens. »
L’alcool et la drogue ont rongé Probert la majeure
partie de son existence.
Risque à assumer
Les commotions cérébrales sont devenues un fléau
dans le hockey. Aucun joueur n’est à l’abri, mais les
bagarreurs sont encore plus exposés.
« Le risque existe, les gars qui se battent le savent et
il faut l’assumer, reprend Morissette. Personnellement,
j’avais 19 ans quand j’ai accepté de jouer ce rôle. Pour
moi qui voulais atteindre la Ligue nationale, c’était la
voie à suivre pour gravir les échelons. »
Morissette a été repêché après sa dernière saison
junior avec les Cataractes de Shawinigan, en 1991. À l’âge
de 20 ans, il s’est présenté au camp d’entraînement des
Capitals de Washington, qui l’avaient repêché au
146e rang.
Chemin faisant vers la LNH, il a pris des stéroïdes
dans le but de se faire un nom, ce qu’il a confessé, après sa carrière, dans sa biographie Mémoires d’un dur à cuire.
Il lui a fallu 8 ans avant de pouvoir disputer
11 matchs avec le Canadien. Il a connu son heure de
gloire lorsqu’il a remporté un féroce combat contre
Probert, au Centre Bell.
Deux ans plus tard, le hockey en avait fini avec
lui.
« Je ne laisserais pas mon fils faire ce que j’ai
fait, affirme-t-il. Je ne veux pas qu’il vive ce que
j’ai vécu. »
À la LNH d’agir
De son côté, Gino Odjick estime que les
bagarres ont encore leur place.
« C’est un sport physique », invoque-t-il.
Quant à Enrico Ciccone, il cite une autre
raison.
« Tant que la Ligue nationale n’appliquera
pas les règlements, les joueurs seront obligés
de se faire eux-mêmes justice », clame-t-il.
Sa déclaration est aussi vieille que le
hockey lui-même, mais ça montre qu’il
n’est pas facile de changer une culture qui
date d’un siècle.
« Que fait-on quand on est incapable de
protéger un Sidney Crosby ? » demande-t-il.
« Le jour où il n’y aura plus de batailles
dans la Ligue nationale, je serai le gars le plus
heureux. »