Ils voulaient ébranler le monde du sport et, à cet égard, les organisateurs des Outgames ont très certainement accompli leur mission.
Plus de 10 000 athlètes gais de tous les coins du monde, en compétition pendant sept jours dans les 50 plus belles installations sportives de Montréal, ça ne peut pas faire autrement que de déplacer de l'air!
Mais les plus étonnés, au bout du compte, sont peut-être... les sportifs gais.
«L'accueil des Montréalais est extraordinaire», ont dit et redit tous les athlètes rencontrés cette semaine aux Outgames.
«Les gens nous arrêtent dans le métro pour nous demander à quelle compétition nous participons, quand ils aperçoivent notre accréditation des Outgames», disait Michael, de New York.
L'invitée d'honneur Martina Navratilova (18 grands chelems) a déclaré que le maire Tremblay était «fabuleux et tellement en avance sur son temps».
À la cérémonie d'ouverture, au Stade olympique, la communauté gaie a fait une ovation au premier magistrat de Montréal.
«Cette ovation n'était pas pour moi, mais pour Montréal», corrigeait le maire, rencontré presque à l'aube sur le pont Jacques-Cartier, hier matin, où il donnait le signal de départ du marathon.
«C'était une façon de remercier Montréal pour son accueil, sa générosité et sa très grande ouverture d'esprit.»
Sur le terrain les athlètes impressionnés
Sur le terrain, les athlètes des Outgames allaient être encore plus impressionnés.
La plupart des compétitions étaient gérées et encadrées par les différentes fédérations sportives québécoises, sauf la nage synchronisée pour hommes, le patinage artistique en couple homosexuel et autres disciplines qui n'existent pas dans le monde sportif traditionnel.
Par exemple, ce sont les bénévoles de la Coupe du monde féminine de cyclisme (la fameuse course du Mont-Royal) qui ont organisé le marathon à roulettes au circuit Gilles-Villeneuve.
À la lutte olympique, c'est le vice-président de la fédération, Gary Kallos, qui supervisait les matchs.
«Moi, je ne suis pas surpris de tout cela», déclarait Mark Tewksbury, le coprésident des Outgames.
«Je savais que Montréal était une ville exceptionnelle, et nous avons travaillé fort pour créer des liens entre les deux mondes.»
Les amis olympiens du mouvement
Il y a quand même quelque chose que le porte-drapeau des premiers Outgames n'avait pas prévu: autant de visites d'amitié de champions olympiques hétérosexuels.
Le sprinter Bruny Surin a remis des médailles en athlétisme, la vice-championne du monde Martine Dugrenier a donné des leçons de lutte olympique et quatre patineurs de vitesse sur courte piste de l'équipe nationale ont participé au marathon à roulettes sur le circuit Gilles-Villeneuve.
«Ça, j'avoue que c'est impressionnant», admettait Tewksbury.
«Moi, quand je me préparais pour les Jeux olympiques de Barcelone, il n'était même pas question de parler d'homosexualité...»
Le bureau de Louise Roy, directrice générale des Outgames, publiait aussi la liste de tous les politiciens qui ont remis des médailles, une légion!
Le député bloquiste Réal Ménard a même fait mieux que ça: il a gagné une médaille d'argent dans un tournoi de lutte olympique des Outgames.
Notre savoir-faire exporté à Copenhague
Bref, si l'organisation des premiers Outgames mondiaux a peu de chiffres à mettre en valeur, elle a quantité de noms de nouveaux amis dans sa manche.
«Peu de chiffres, peu de chiffres, c'est vous autres qui dites ça», s'exclamait M. Pineault, hier matin, sur le pont Jacques-Cartier.
Ce dernier a fait 37 voyages en Europe et aux États-Unis pour convaincre d'importantes équipes sportives gaies qu'il ne fallait pas manquer les Outgames.
La France et beaucoup d'équipes américaines s'opposaient au début à la création des Outgames, en plus des Gay Games américains.
Mais les Américains comme les Français étaient nombreux à Montréal.
Et la mosaïque du monde était visible dans les petits tournois comme dans les grands rassemblements.
«On a tellement bien fait les choses que l'organisation de Copenhague m'a demandé de repartir dans le monde pour eux, pour les aider à bâtir les prochains Outgames, en 2009», concluait M. Pineault, en contemplant, ravi, la foule très «internationale» qui se pressait au départ du marathon.
«Pour jeter un pont entre les deux mondes»
-Mark Tewsbury
Quand Mark Tewksbury entrera au Stade olympique, samedi, ce ne sera pas la première fois qu'il ressentira les frissons qui s'emparent d'un athlète quand s'ouvrent officiellement de grands jeux. Ce qui sera une première, c'est que, cette fois-ci, il vivra tout ça en homme heureux, gai et libre.
Médaillé d'or au 100 mètres dos à Barcelone en 1992, l'époustouflant nageur canadien a aussi gagné une médaille d'argent en équipe au relais 4 x 100 mètres aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
Mais, toute cette gloire, Tewksbury l'aura vécue dans la pénombre. Ce n'est qu'en 1998, bien après son triomphe à Barcelone, que Tewksbury révélera publiquement son homosexualité.
La peur de tout perdre
«À Barcelone, je n'étais pas prêt, j'étais terrifié», a confié au Journal de Montréal le coprésident des Outgames, hier, en entrevue au bistro du Stade olympique.
«À 38 ans, j'ai grandi dans un monde où l'on disait que les homosexuels étaient de mauvaises personnes. Particulièrement dans le monde du sport.
«Même avec ma médaille d'or olympique autour du cou, j'avais peur de tout perdre si on découvrait que j'étais homosexuel.
«J'avais peur de perdre mes commanditaires, peur de perdre mes coéquipiers, mon entraîneur, mes supporteurs, ma vie !»
Quatorze ans plus tard, Mark Tewksbury estime que les choses ont déjà beaucoup changé, ici du moins. Il croit même que le coming out d'un jeune olympien canadien dans le feu de l'action pourrait se faire sans trop de heurts.
«Si tu es très bon, tu peux dire que tu es gai parce que les gars ont besoin de toi dans l'équipe.»
Dans le même ordre d'idées, Tewksbury trouve ça «tout naturel» de se retrouver à nouveau sur une scène olympique, samedi soir, pour lancer les Outgames.
«Je me sens comme à la veille des Jeux olympiques, a expliqué Tewksbury. Je suis très excité d'être là et, en même temps, c'est la juste progression des choses.
«Samedi, je serai dans le premier stade olympique qui a capté mon intérêt, quand j'étais un gamin de 8 ans et que je regardais les Jeux de Montréal, en 1976 à la télévision.
«Je serai dans le même stade, après avoir gagné aux Jeux olympiques et après avoir fait mon coming out.
«Et je serai là pour jeter un pont entre les deux mondes.»
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