Celle de freiner l’élan de Quebecor.
On voulait stopper l’entreprise québécoise
comme on l’avait fait dans le dossier
du Centre Bell et du Canadien dans
le but d’assurer la rentabilité des actifs
de l’entreprise.
Mais que la famille Molson soit derrière
Bell ainsi que le groupe Evenko, il
y a de quoi se poser de sérieuses questions
sur les intentions des propriétaires
du Canadien. On peut facilement traduire
que la famille Molson n’est pas du
tout entichée par la
venue d’une formation
de la Ligue nationale
à l’autre bout
de l’autoroute Jean-
Lesage. Qu’elle ne
souhaite pas appuyer
la démarche de Quebecor
dans son modèle
d’affaires pour
convaincre les propriétaires
de la ligue
de lui accorder leur
soutien. Les propriétaires
du Tricolore
veulent protéger le
monopole qu’ils exercent présentement
en étant l’unique formation du hockey de
la Ligue nationale dans la province de
Québec.
Parce que, dans les faits, supposons
que la ville de Québec octroie le contrat
de gestion à Evenko dont les principaux
actionnaires sont les membres de la famille
Molson et Bell, quel est l’intérêt de
ces deux entreprises à voir le retour de la
Ligue nationale à Québec?
Aucun. Bien au contraire, Québec dérange.
Parce qu’une équipe avec plusieurs
francophones et avec un plan de
gestion bien structuré pour attirer une
clientèle déjà attachée au Tricolore
coupe la tarte en deux. Moins de revenus
potentiels pour la famille Molson, Bell et
le Canadien, sans oublier le monde du
spectacle qui aura le choix entre deux
amphithéâtres répondant au standard
d’aujourd’hui, Québec devient non seulement
une équipe empiétant dans les
plates bandes dans la grande machine
tricolore, mais aussi, elle pourra accueillir
les grands noms du spectacle.
Modèle d'affaires
On oblige alors les penseurs du Canadien
à revoir leur modèle d’affaires
comme c’était le cas il y a vingt ans. Depuis
le départ des Nordiques, le Canadien
n’a pas déployé trop d’effort pour
valoriser les joueurs du Québec comme
l’avait si bien fait Serge Savard alors
qu’il était le directeur général de
l’équipe.
Que Geoff Molson affirme qu’il a, par
le biais de Evenko, déposé une offre au
maire Regis Labeaume pour la gestion de
l’amphithéâtre, mais qu’il n’a pas
l’impression d’être un dérangeur, ça va
contre toute logique. Dans ce dossier, et
comme l’écrivait avec tellement de justesse
Mathieu Turbide, hier matin, dans
la livraison du Journal, «en entretenant
qu’elle veut réellement gérer le futur amphithéâtre
de Québec, Molson donne des
munitions à ceux qui exigent un appel
d’offres. Même si, dans ce dossier précis,
cela peut retarder et même faire dérailler
le projet de retour d’une équipe de la
LNH à Québec. On a vu ce que ça a
donné dans la controverse sur le projet
de loi 204.»
Du déjà vu?
En s’attardant sur les actions de la famille
Molson, de Bell et de tous les actionnaires
du Canadien, on ne peut pas
faire autrement que de revenir en 1978 et
1979 alors que les Nordiques de l’Association
mondiale avec Marcel Aubut à la
présidence tentaient, avec trois autres
formations, de gagner les rangs de la
Ligue nationale.
La Brasserie Molson et le club de
hockey Canadien s’opposèrent à la fusion
entre les deux ligues créant ainsi
beaucoup de réactions à travers le pays,
les entrepôts de Molson à Winnipeg étant
assaillis par les amateurs furieux.
Les gens de Québec rêvent du retour
du hockey professionnel dans leur ville.
Ils ont fait connaître leurs états d’âme
lors de la marche bleue, ils ont démontré
leur enthousiasme tout au cours de la
saison dans différents amphithéâtres de
la ligue, et, comme en 1979, ils ont droit à
ce qu’on leur accorde, au même titre que
Winnipeg cette année, une autre chance.
Si la famille Molson a à coeur les intérêts
du Québec, qu’elle agisse en conséquence.
Elle n’a aucune raison valable de
se mêler de ce dossier. Pour satisfaire ses
actionnaires, notamment Bell, elle embarque
sur un terrain passablement glissant.
Celui de la compétition au niveau
des entreprises de communications.
La perspective de voir Quebecor devenir
le joueur le plus important dans la
construction de l’amphithéâtre de Québec
et de la venue d’une concession de la
Ligue nationale déplaît à Bell. Cette société
a mis tout en oeuvre pour stopper
Quebecor dans sa tentative d’acquérir le
Canadien. Elle cherche à en faire autant
du côté de Québec.
Geoff Molson ne le dit pas ouvertement,
mais c’est la conclusion qu’on doit
tirer de la présente situation.
Pas d'intérêt
Le maire Labeaume a tout compris.
Il y a des gens qui veulent son amphithéâtre,
mais qui n’ont guère d’intérêt
pour une autre équipe de hockey au
Québec.
Quand ça fait 15 ans qu’on exerce un
monopole, on ne veut pas être dérangé
dans la gestion de l’entreprise. Le monopole,
c’est cool. On peut faire n’importe
quoi, et ça passe. Par conséquent, quand
un autre joueur se présente sur le même
terrain, il faut l’écarter.
Québec a les moyens pour résister…