Quelle est la valeur de Josh
Gorges sur le marché ? J’imagine
que Pierre Gauthier en a
une petite idée.
En tous les cas, on peut dire que les Sabres
de Buffalo ont laissé filtrer un indice
en octroyant une entente de quatre ans au
défenseur Andrej Sekera, un contrat de
11 M$. Donc, un peu plus de 2,6 M$ par saison.
Bon, considérant que Gorges est un
joueur qui a pris la place qui lui revenait
dans le vestiaire, considérant qu’il a gagné
le respect de ses coéquipiers par ses actions
et son sens du devoir, peut-on parler d’une
entente de 3 M$ par saison ?
C’est le chiffre avancé.
On admettra que c’est beaucoup de sous
pour un joueur qui n’exerce aucun impact
en attaque. Par contre, il compense cette lacune
par son leadership
et sa ténacité dans les
situations critiques.
Alors pourquoi Gauthier
tarde-t-il à résoudre
le dossier ?
Il avait possiblement
d’autres priorités.
Il connaît les enjeux.
Il connaît la position
du clan Gorges.
Pourquoi alors précipiter
les négociations ?
Laissons le marché se prononcer et ensuite
faire des comparaisons surtout si Gauthier
croit que les demandes de Gorges sont
nettement plus élevées qu’il l’avait prévu.
À la limite
Par conséquent, comme le veut le jeu des
négociations, on va se rendre jusqu’à la limite.
On constate ce phénomène partout à
travers la ligue.
Parmi les joueurs qui avaient soumis leur
cas à l’arbitrage, la plupart ont signé des ententes
tout juste avant leur rendez-vous avec
le juge.
Seul Chris Campoli a obtenu un jugement
de l’arbitre mais c’était voulu ainsi puisque
les Blackhawks de Chicago avaient signifié
au défenseur que ses services n’étaient plus
requis à Chicago.
À moins d’un revirement inattendu, il serait
étonnant que le salaire de Gorges soit
déterminé par un arbitre. Si c’était le cas,
Gorges pourrait signer un contrat d’un an
ou de deux ans. Ensuite, il profiterait de
l’autonomie complète.
Le Canadien, de son côté, pourrait toujours
refuser d’accorder à Gorges le salaire
déterminé par l’arbitre et le défenseur deviendrait
sur-le-champ, joueur autonome
sans restriction.
Mais Gauthier n’aurait rien à gagner
avec un tel scénario.
Price et Subban
Cependant, le directeur général est bien
conscient que, la saison prochaine, il aura
deux joueurs autonomes avec restriction
qui exigeront des salaires importants. Carey
Price et P.K. Subban représentent l’avenir
de la concession. Ils sont des joueurs
identifiés parmi les prochains leaders de la
ligue.
Si Price produit des résultats aussi
convaincants que l’hiver dernier, il franchira
inévitablement la barrière des 5 M$. Si
P.K. Subban devient une menace en supériorité
numérique, profitant des passes d’Andrei
Markov, lui aussi verra son salaire augmenter
radicalement.
Les points de référence pour Subban seront
évidemment les contrats que signeront
Drew Doughty, des Kings de Los Angeles,
Shea Weber, des Predators de Nashville et
Luke Schenn, des Maple Leafs de Toronto.
Mais peut-on penser que le défenseur du Canadien
rejoindra le groupe des jeunes arrières
étoiles de la Ligue nationale ?
Assurément.
Pour la saison 2012-2013, le Canadien a un
peu plus de 38 M$ d’investis pour dix
joueurs, sept attaquants, deux défenseurs et
un gardien. Les attaquants comme Scott Gomez,
Brian Gionta, Erik Cole sont tous dans
la trentaine avancée. Donc, impossible de se
départir de ces athlètes par le biais d’une
transaction.
Les deux défenseurs sont Andrei Markov
et Yannick Weber. Et le gardien est Peter
Budaj.
Gauthier devra combler cinq à six postes
en attaque, quatre à cinq postes en défense
et un poste devant le filet. Price et Subban
seront assurément parmi le groupe. Mais la
facture, comme je le précisais, sera salée.
Supposons que Gorges signe une entente
de plusieurs saisons à raison de 3 M$, l’investissement
pour l’an prochain sera 41 M$
pour 11 joueurs. Rien ne dit que le plafond
salarial sera à 64,3 M$.
27 M$ pour cinq attaquants
Pour les trois prochaines années, Gauthier
devra dépenser 27 M$ pour cinq attaquants.
Aucun de ces joueurs d’attaque
n’offre la garantie qu’il rendra l’équipe
plus productive avec le temps. C’est pourquoi
chaque dollar qu’il dépense devra
avoir un impact important sur l’équipe.
Entre-temps, il sait qu’il ne pourra
échapper aux exigences du marché. S’il
n’a toujours pas réagi dans le dossier de
Gorges, c’est que parfois, à l’approche de
la rencontre avec le juge, un joueur peut
réduire ses exigences.
Comme je l’ai déjà précisé, un rendez-vous
avec un arbitre n’est jamais ce qu’il
y a de plus intéressant. D’un côté, vous
avez un joueur et son agent qui défendent
leur point alors que de l’autre côté, il y a
des dirigeants d’équipe qui ne ratent pas
l’occasion d’amenuiser la valeur de
l’athlète.