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Chronique

L’après-Patrick

Journal de Québec
Yvon Pedneault
26/05/2011 01h03 
Chronique - L’après-Patrick
 


Il y a 25 ans, un jeune gardien, un véritable inconnu, qui bougeait constamment la tête, un sourire caché derrière un masque blanc, sans aucune identité, a marqué l’histoire des Canadiens : Patrick Roy et ses coéquipiers gagnèrent la coupe Stanley.

Un accident de parcours?

Je n’ai jamais cru que cette victoire fut un accident de parcours. Les Canadiens se sont tracé un parcours fort impressionnant en battant des adversaires coriaces, que l’on disait supérieurs à l’équipe du Forum.

Mais, l’inconnu est devenu la grande vedette. Un intrus chez les athlètes de pointe du circuit. Quand on prend un peu de recul, on réalise davantage l’impact exercé par Patrick Roy sur la profession de gardien. Je vous invite à regarder sur des chaînes spécialisées des matchs d’il y a une trentaine d’années et vous allez comprendre.

Je ne dis pas que Bernard Parent était un gardien ordinaire. Pas du tout. À son époque, il était l’un des meilleurs. Comme Ken Dryden. Comme Terry Sawchuk et Jacques Plante l’ont été dans les années 1950.

Mais vous allez réaliser que la profession de gardien a subi des transformations majeures. Le hockey étant plus rapide, les tirs plus dangereux, le gardien moderne doit savoir maîtriser une technique plus développée. On est bien loin du temps où le plus mauvais patineur d’une équipe des ligues mineures risquait de se voir confier le poste de gardien.

Roy a amené avec lui un style qu’on n’avait jamais vu auparavant. Le style papillon, un style qu’affectionnait François Allaire, son entraîneur, et que Roy a mis en application avec son arrogance et sa détermination.

Parce que le bon vieux «Casseau» ne souffrait d’aucun complexe. Il ne pensait qu’en fonction de la victoire et il carburait à l’idée d’affronter des gardiens expérimentés et aussi, des gardiens traînant avec eux une solide réputation. Il savait qu’il avait un avantage sur eux. Son style était nouveau et avant que les autres gardiens s’y adaptent, il est parvenu à s’évader avec plusieurs titres mais surtout, avec quelques coupes Stanley.

En 1986, ce fut donc l’arrivée du gardien qui parlait à ses poteaux. Ce fut la rentrée d’un jeune gardien qui, appuyé par une défense composée de plusieurs vétérans, a attiré l’attention du monde du hockey. Serge Savard a eu la géniale idée d’accueillir Allaire parmi le groupe des entraîneurs, une nouveauté dans le monde du hockey.

Il y a 25 ans, ce fut le début de la «Roymania». Au Québec, les gardiens au style papillon se sont multipliés. Il y a eu quelques exceptions, je pense entre autres à Martin Brodeur, un gardien prônant un style conventionnel, un gardien qui demeure debout.

Les recruteurs n’ont pas tardé à s’intéresser au phénomène Patrick Roy, si bien que la Ligue de hockey junior majeur du Québec est devenue une pépinière de gardiens de but.

Pendant des années et des années, ils ont dominé le hockey de la Ligue nationale… ou si vous préférez, le style papillon était le grand maître.

On n’a pas mis de temps en Europe à s’adapter aux nouvelles méthodes sur l’art de garder les buts. Sans doute l’influence de Roy et François Allaire, qui dirigeait une école de hockey en Suisse, a eu un impact. Toujours est-il qu’aujourd’hui, les gardiens européens ont envahi la Ligue nationale, surtout les Finlandais. Les Suédois et les Russes ont également emboîté le pas. Par conséquent, la victoire des Canadiens en 1986 face aux Flames de Calgary s’est avérée la plus belle tribune pour le changement de la garde.

Graduellement, avec les succès répétés de Roy et de ceux qui l’ont suivi, la profession de gardien a fait un bond spectaculaire dans l’échelle des salaires. Les meilleurs gardiens de l’avant-Roy ne pouvaient pas espérer toucher des salaires comme les marqueurs de 50 buts. Patrick Roy a changé la donne.

On est bien loin du temps où le gardien n’avait pas le droit à la bouteille d’eau, même s’il était le seul joueur à passer 60 minutes sur la surface de jeu. On est bien loin du temps où l’on considérait le gardien comme le joueur le plus important de l’équipe, mais qu’on payait comme un joueur de troisième ligne d’attaque.

En 1986, les Canadiens ont non seulement causé une grande surprise en enlevant les honneurs de la grande finale de la coupe Stanley, mais un jeune a lancé une nouvelle technique pour les gardiens.

Patrick Roy et tous ceux qui ont suivi ont tellement dominé le hockey professionnel qu’on a modifié les règlements en abolissant la ligne rouge dans l’espoir d’améliorer l’attaque des équipes. Les gardiens ont pris tellement le contrôle de la situation qu’on cherche encore des moyens pour qu’on puisse marquer plus de buts.

Je retiens également qu’en 1986, si vous regardez la liste des membres de l’équipe championne, on ne manquait pas d’ailiers costauds, grands et puissants chez les Canadiens.

Ce n’était pas une formation reconnue pour son attaque explosive, mais elle savait se défendre dans les endroits stratégiques sur la surface de jeu.

Peut-être Pierre Gauthier pourrait-il s’en inspirer pour améliorer sa formation?

Je sais, je sais. Vous allez me dire qu’il y avait le p’tit Viking, Mats Naslund.

D’accord. Cependant, avez-vous consulté sa fiche en 1985-1986? Elle était de 43 buts et 67 passes pour 110 points.



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