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Chronique

Boucher a le respect des joueurs

Journal de Québec
Yvon Pedneault
05/05/2011 23h48 
La question a été posée cette semaine : «Les Canadiens de Montréal auraient-ils connu les mêmes succès que le Lightning de Tampa Bay avec Guy Boucher derrière le banc?» Qui sait? Si je me base sur le travail effectué par le pilote québécois, on peut présumer que oui.

L’autre question : «Les Canadiens vont-ils manquer Guy Boucher?»

Peut-on manquer un décideur quand il n’a jamais été vraiment impliqué dans les décisions de l’organisation? Ou peut-on manquer un décideur qui n’a jamais été attaché à l’équipe de la Ligue nationale?

On pourrait toujours poser la question : «Le Lightning aurait-il connu autant de succès avec Jacques Martin derrière le banc?»

Encore là, qui sait? Mais on doit reconnaître que Jacques Martin a lui aussi connu une excellente saison malgré une longue liste de blessés.

On connaissait le talent de Guy Boucher chez les penseurs du Centre Bell. Il venait de passer une saison à Hamilton et il avait rencontré les objectifs de l’organisation, ceux de voir au développement et à la progression des jeunes joueurs.

P.K. Subban est allé à l’université de Boucher. Max Pacioretty a également passé quelques moments là-bas. David Desharnais a lui aussi gagné la confiance du jeune pilote. Yannick Weber également.

Le problème pour l’organisation, c’est que Boucher était le secret le moins bien gardé. Pat Quinn, homme d’influence dans les coulisses de la Ligue nationale, l’a recommandé à plusieurs intervenants. Il a dressé un tableau élogieux de Boucher quand Steve Yzerman l’a consulté pour en connaître davantage sur son futur entraineur.

Quinn n’oubliera jamais la contribution de Boucher lors du championnat du monde de hockey junior, il y a deux ans, à Ottawa. D’autres intervenants lui prédisaient l’an dernier, un bel avenir dans la Ligue nationale.

Mercredi soir, Boucher a franchi une autre étape de sa jeune carrière. Le Lightning de Tampa Bay a éliminé les grands favoris de l’association de l’Est, les Capitals de Washington. En aucun moment dans cette série, le Lightning a entretenu la moindre inquiétude. Les Capitals n’ont pu imposer le tempo, ils n’ont pu s’exprimer comme on l’avait prévu. Boucher et son groupe ont exercé un contrôle complet de la situation.

Au niveau des performances individuelles, les meilleurs joueurs du Lightning ont éclipsé Alexander Ovechkin et ses compagnons. Ils ont pu dominer leurs rivaux parce que le plan de jeu de Boucher leur convenait parfaitement.

Sur le plan collectif, la stratégie de Boucher a permis aux employés de soutien de son équipe de s’affirmer et surtout de créer la confusion chez Bruce Boudreau et ses adjoints.

Mike Knuble, un vétéran qui en a vu bien d’autres au cours de sa carrière, affirmait après le quatrième match : «Leurs meilleurs joueurs ont rempli leur mandat… mais ce sont les joueurs de soutien qui ont fait basculer cette série du côté du Lightning.»

On pourrait ajouter aussi que Tampa Bay avait un plan bien défini. Boucher et son groupe avaient concocté une stratégie défensive de façon à limiter les incursions de Ovechkin. Le système 1-3-1 a embêté le spectaculaire Russe. Il a embêté Boudreau également, incapable de trouver une solution.

Le Lightning a gagné cette série parce qu’il a été une équipe plus affamée, plus déterminée et plus efficace dans toutes les phases du jeu. Cette formation a acheté la théorie de Boucher depuis le tout premier jour du camp d’entrainement.

Il y a eu quelques moments inquiétants au cours du calendrier régulier sauf que Boucher n’a jamais paniqué. «Les entraineurs m’ont impressionné pendant les moments où on ne gagnait pas, affirmait récemment Yzerman. J’ai été agréablement surpris par le comportement des entraîneurs, sans trop d’expérience de la Ligue nationale, pendant cette période. Ils ont gardé le cap sur les objectifs de l’équipe, sur le développement des jeunes joueurs et sur la philosophie de l’organisation.»

Boucher a gagné le respect de sa troupe.

Questionné sur les méthodes d’enseignement et sur la stratégie de son entraîneur, Steven Stamkos disait après le quatrième match de la série contre Washington : «Avec Guy, tu sais exactement quel est ton rôle, quels sont les objectifs que tu dois rencontrer et surtout, il répète souvent que tu dois jouer dans les deux sens de la patinoire.»

Stamkos aurait pu tourner le dos au système de Boucher… surtout pendant cette période léthargique de fin de saison. Pendant six semaines, le marqueur dangereux n’avait plus le compas dans l’œil. On se demandait alors s’il ne camouflait pas une blessure. Mais, Boucher l’a gardé sur la surface de jeu, il lui a fourni l’occasion de s’en sortir.

C’est de cette façon qu’on obtient le respect des joueurs. Il communique constamment avec les athlètes, il s’ajuste au caractère de tout un chacun et il parvient à soutirer le maximum de chacun d’entre eux.

J’ignore si les Bruins de Boston dresseront un mur sur le parcours emprunté par le Lightning – en prenant pour acquis qu’ils élimineront les Flyers de Philadelphie – cependant, on pourra toute de même applaudir Steve Yzerman pour son sens de l’organisation et Guy Boucher pour avoir convaincu des professionnels d’acheter sa théorie.

Ils ont acheté… et, aujourd’hui, ils font confiance à un entraîneur qui les a convaincus qu’ils étaient pour connaître du succès. On parvient rapidement à capter l’attention quand on sait communiquer, quand on sait comment enseigner, quand on sait composer avec le personnel à sa disposition, quand on sait tirer les bonnes ficelles dans les moments les plus intenses.

C’est ce que Guy Boucher a fait à partir du cinquième match de la série contre les Penguins de Pittsburgh…



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