Que Richard Peddie, le grand
manitou de Maple Leafs
Sports And Entertainment,
déclare que le Canadien commet
une «grosse» erreur en donnant
congé à Pierre Boivin, sur un point,
fait miroiter les efforts déployés
par le président sortant. Il appuie
son commentaire en précisant que
le Tricolore était une entreprise
passablement désorganisée, une
société qui n’avait aucun modèle
d’affaires à son arrivée. Et, en
l’espace de quelques années, le
Canadien devint une entreprise
florissante, montrant des profits
élevés et permettant à George Gillett
fils de mettre des billes dans
ses poches.
Sur ce plan, il a entièrement raison.
Pierre Boivin, au niveau des affaires, a
été un bon président.
Comme Richard Peddie, au niveau des
affaires, est un bon président.
Les actionnaires dans le cas des Leafs
et le propriétaire
dans le cas du Tricolore
exigent des
résultats, mais
surtout, exigent
des profits. Boivin
s’est acquitté
de sa tâche de façon
exceptionnelle
au niveau
des dollars. Mais,
sur la surface de
jeu, c’est une autre
histoire.
Son cheminement
s’apparente
beaucoup à celui
de Peddie quand
on analyse rapidement les réalisations
des deux hommes :
* Des entreprises menées avec rigueur.
* Des sociétés sportives qui réalisent
de gros profits malgré la hausse
constante des salaires.
* La valeur des deux entreprises a
connu un essor considérable au fil des
dernières années.
* Doit-on rappeler que le Canadien a
été vendu pour un peu plus d’un demi-milliard
de dollars ?
* Doit-on rappeler que les Leafs représentent
la concession la plus riche et la
plus importante du hockey ?
* Les deux entreprises font salle comble
à chaque match.
* Les deux entreprises montrent les revenus
les plus élevés de la ligue.
* Les deux sociétés sont celles qui
contribuent le plus au partage des revenus.
Dans le cas de Pierre Boivin — on ne
peut pas en dire autant de Peddie et des
Leafs parce que l’histoire de cette
concession ne se compare aucunement à
celle du Tricolore —, donc, dans le cas du
président sortant, il a su exploiter l’histoire
de l’entreprise, surtout dans les moments
de crise et dans le cadre du centenaire
de l’équipe, parvenant ainsi à camoufler
les résultats sur la patinoire.
Boivin aura accompli de belles choses
au niveau de la communauté avec la
création de la Fondation pour l’enfance
et aussi la construction de patinoires
dans différents quartiers de la ville de
Montréal. Cependant, il y a une tache à
son curriculum vitae : on lui reprochera
d’avoir négligé la filière québécoise.
Contrairement à la gestion Corey/Savard,
des années 80 et du début des années
90, le Canadien d’aujourd’hui n’a jamais
fait une priorité de la filière québécoise
avec les résultats que l’on connaît.
À Toronto, l’arrivée de Brian Burke a
fait oublier le passage de John Ferguson
fils. Par conséquent, Peddie, souvent sur
le gril, profite maintenant d’une certaine
sérénité d’autant plus que Burke adore
les projecteurs, donc, sur la place publique,
il dirige la circulation.
Les Leafs cherchent à imiter le Canadien
au niveau de l’implication dans la
communauté, mais Peddie aurait des
cours à suivre de la part de Boivin. Les
deux hommes n’ont cependant pas réussi
à relancer leur entreprise sportive. Ils
ont multiplié les changements sans réussir
à connaître des résultats répondant
aux attentes d’un public qui est fidèle depuis
le lock-out.
Une erreur ?
Quand Peddie dit que le Canadien commet
une grosse erreur en laissant filer
Boivin, c’est mal juger la présente situation.
L’ex-président, à n’en pas douter,
trouvera une entreprise qui saura profiter
de son expertise, de son sens de l’organisation
et d’un modèle d’affaires qu’il a toujours
prôné, celui basé sur la rigueur et
sur le contrôle des dépenses.
Cependant, il y a un an, quand les frères
Molson ont acheté le Canadien, il était évident
que Boivin quitterait dans un avenir
rapproché. Quand le propriétaire affirme
qu’il sera omniprésent dans les décisions
de l’entreprise, quand il déclare qu’il aura
son bureau au Centre Bell, ça veut tout dire.
Geoff Molson a acheté l’équipe et il entend
diriger l’entreprise à sa façon.
Pourquoi payer un président plus de
1 M$ par année pour prendre des décisions
qui doivent être entérinées ensuite
par le patron et que ce patron à son
bureau à quelques pas de l’autre ?