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La chronique d'Yvon Pedneault

Un constat d'échec...

Yvon Pedneault
09/02/2010 04h06 
La chronique d'Yvon Pedneault - Un constat d'échec...
 


Sur le plan humain, c'était devenu un défi trop lourd pour Bob Gainey.

On le disait moins alerte, on réalisait qu'il n'avait pas toute la concentration que nécessite le poste de directeur général d'une formation de la Ligue nationale. Depuis le décès de Laura, emportée dans la mer alors qu'elle travaillait à bord du grand voilier Picton Castle, Bob Gainey n'était plus le même.

On le sentait perdu dans ses pensées. Il était renfermé sur lui-même. Il préférait la solitude et tous les pièges qu'elle peut dresser.

Il avait d'ailleurs songé à quitter ses fonctions après la tragédie du 8 décembre 2006, mais ce sont les Gillett qui sont parvenus à le convaincre de demeurer en poste. Gainey n'était plus bien dans sa peau. Les amis qu'il appréciait, qu'il aimait,

n'étaient plus là. Il m'avait d'ailleurs mentionné pendant l'entre-saisons que tous les

gens qui étaient là à son arrivée, ceux à qui il avait donné des responsabilités, avaient été limogés... par Gainey lui-même.

Rick Green n'était plus là. Doug Jarvis n'était plus là. Guy Carbonneau n'était plus là.

En cours de route, il laissa filer des hommes de hockey avec un bon jugement. Je pense entre autres à André Savard.

«Il ne reste que moi, avait-il laissé tomber. Qui crois-tu sera le prochain ? Moi !» Bob Gainey a décidé lui-même de quitter avant qu'on lui demande de le faire. Pierre Boivin n'a pas voulu attendre bien longtemps une fois que son directeur général lui eut signifié que c'était sa dernière année. Qu'il n'avait plus l'intention de poursuivre dans ses fonctions .

GEOFF MOLSON A TRANCHÉ

Les dirigeants du Canadien avaient une décision à prendre et ça explique pourquoi Geoff Molson était du voyage à Boston, la semaine dernière. On voulait poursuivre le dialogue, on voulait s'assurer que Pierre Gauthier était prêt à assumer la relève. On avait atteint un point de non-retour. Même si l'équipe venait de connaître une intéressante semaine avec trois gains en quatre matchs, au niveau des opérations quotidiennes de la formation, au moment où un premier embargo sur les transactions sera effectif à partir du 12 février, l'organisation avait besoin de stabilité.

L'équipe risque de rater les séries éliminatoires. Chaque année, on a l'impression que le Canadien doit attirer les projecteurs, et toujours pour la même raison : la situation est inquiétante.

L'an dernier, ce fut le congédiement de Guy Carbonneau.

Il y a quatre ans, on congédia Claude Julien, remplacé par Gainey et Carbonneau, embauché à titre d'adjoint avant d'occuper le poste d'entraîneur-chef. D'ailleurs, sous le régime de Gainey, trois entraîneurs ont défilé derrière le banc : Julien, Carbonneau, Jacques Martin... et à cet égard, Gainey lui-même.

Comment peut-on analyser le passage de Gainey, en poste depuis le 2 juin 2003 ?

DES MAUVAIS CHOIX

À partir du moment où l'équipe n'a participé qu'à six rondes éliminatoires, c'est un constat d'échec. Bref, on ne peut pas dire que Gainey a réalisé les objectifs fixés à son arrivée, il y a sept ans.

On a suggéré au public un plan quinquennal... qui finalement n'a jamais été respecté. On pourra toujours dire qu'il réalisa un coup fumant en échangeant Jozef Balej pour Alex Kovalev... Par contre, le départ de Mike Ribeiro en retour de Janne Niinimaa a privé le Canadien d'un joueur de centre capable d'amasser 60 à 70 points par saison. Peutêtre plus. Au niveau du repêchage des athlètes, le Canadien laissa filer des opportunités exceptionnelles.

On pourrait soulever plusieurs comparaisons sauf que la conclusion est la suivante : le Canadien est-il une meilleure formation aujourd'hui qu'en 2003 quand André Savard fut relevé de ses fonctions pour laisser Gainey prendre tout le plancher ?

La réponse est oui. Jusqu'à quel niveau ? On ne peut pas dire que le Canadien a fait des progrès immenses et on ne peut pas dire qu'il a gravi les échelons, comme le prévoyait le plan quinquennal. Certes, une moyenne de 41 victoires peut paraître intéressante, mais c'est le résultat final qu'on doit observer. Or le Canadien ne lutte-t-il pas pour sa survie actuellement ? Et son nouveau directeur général, Pierre Gauthier, ne disait-il pas hier que l'organisation doit atteindre le même niveau que les équipes occupant le premier tiers au classement ?

Cependant, ce que je dois dire de Bob Gainey, c'est qu'il a été honnête envers ses employeurs et envers les partisans du Canadien : il ne voulait pas s'accrocher à un poste qui ne lui apportait plus de satisfaction. Il a d'ailleurs résumé la décision prise au cours de la période des fêtes en quelques mots : «Aujourd'hui, je suis un homme heureux...»

Ce travail était devenu une corvée pour lui. Quand on n'a plus cette passion, quand on n'a plus ce désir, il est temps de quitter, il est temps de regarder ailleurs.

C'est ce que Bob Gainey a fait. D'ailleurs, il a complété la boucle en quittant les lieux du point de presse pour céder toute la place à Pierre Gauthier.




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