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Chronique de Paul Rivard

Un repos plutôt fatiguant

24h
Paul Rivard
03/12/2012 10h28 
Chronique de Paul Rivard - Un repos plutôt fatiguant
 


Oubliez le lockout, pour un instant, et reportez-vous à l'époque où le hockey était en pleine effervescence. Imaginez qu'on se prépare à un match Pittsburgh-Detroit, disons, quand les deux équipes connaissaient ce type de début de saison caractéristique à leur formidable talent.

À Detroit, c'est l'excitation mais, 30 minutes avant le début de la rencontre, tout le monde apprend que Dan Bylsma, l'entraîneur-chef des Penguins, a décidé de renvoyer à la maison Sidney Crosby, Evgeny Malkin, Kristopher Letang et Marc-André Fleury. Histoire de reposer les p'tits pits après un périple éreintant.

Bizarre, n'est-ce pas? Impossible, dites-vous? Non... c'est l'exemple le plus près de ce qui est réellement arrivé, ce dernier jour de novembre, quand la planète basketball a été secouée par une gênante controverse.

L'entraîneur des Spurs de San Antonio, Gregg Popovich, a décidé d'envoyer subrepticement ses quatre meilleurs joueurs à la maison, afin de leur accorder un repos et pour qu'ils soient en pleine forme en vue du match disputé deux jours plus tard face à des rivaux de l'Ouest, Memphis
Si Popovich, l'un des plus brillants de sa profession, a le droit de gérer l'utilisation de ses joueurs comme bon lui semble, il ne doit pas attenter à l'intégrité même de la NBA et pour laquelle le spectacle et le respect des amateurs doit primer.

Résultat : le Commissaire David Stern a décerné à l'organisation des Spurs une amende salée de 250 000$. Et aux dires de plusieurs, ce billet d'infraction aurait pu... aurait dû... être beaucoup plus élevé.

Rappelons les faits.

Comment gâcher un grand spectacle

Les Spurs de San Antonio, c'est l'une des équipes les plus solides de la NBA, tout comme celui qui les dirige. Abonnés aux premiers échelons du classement depuis des lunes, ils sont un modèle de stabilité, ne serait-ce que pour la présence de leur célèbre duo composé de Tony Parker et Tim Duncan qui, depuis 9 ans, a mené l'équipe à trois titres de la NBA.

Le 30 novembre, les Spurs complétaient une séquence éreintante de six matchs sur la route par une visite chez le Heat de Miami, équipe championne en titre.

Télédiffusée à la grandeur de l'Amérique, la NBA, tous les médias (dont TVA Sports) faisaient la promotion de cette confrontation comme étant le choc de l'année. Meneurs dans l'Est, le Heat recevait les Spurs, l'équipe comptant le plus de victoires cette saison. Le trio d'enfer de Miami, James-Wade-Bosh, allait se frotter à celui de San Antonio, Parker, Duncan-Ginobili. Un vrai régal.

Qui plus est, les Spurs avaient une fiche immaculée de 5-0 depuis le début de ce périple. Ah oui, ajoutons en conclusion que les spectateurs floridiens allaient voir les Spurs pour la première et la seule fois de la saison régulière.

Tout à coup, une demi-heure avant le match, on apprend que les preneurs aux livres de Las Vegas viennent de modifier les cotes sur ce match. Puis, presque simultanément, la nouvelle sort sur le site ESPN, 30 minutes avant la partie. Les Spurs allaient jouer sans Parker, Duncan et Ginobili ainsi que sans l'excellent Danny Green.

Plusieurs heures auparavant, Gregg Popovich les a embarqué sur un vol commercial et renvoyé à la maison pour se reposer. Tout simplement. Et il n'a pas avisé les adversaires. Ni la NBA.

J'étais bien assis dans mon siège de descripteur, me préparant à ce festin en compagnie de l'analyste Pascal Jobin. Si vous aviez vu le visage de mon ami Jobin... il était furieux. Et que dire de celui de l'ex-vedette de la NBA, devenu analyste au réseau TNT, Charles Barkley, qui faisait une rare apparition sur place, en compagnie d'un autre analyste et non moins vedette des son époque, Reggie Miller. «Sir Charles» n'a déjà pas l'air très commode quand il est contrarié. Là, il était vert.

Un pied de nez aux amateurs

Cette mise en contexte étant faite, la question était sur toutes les lèvres. Greg Popovich voulait-il se moquer de la NBA en cachant ce qu'il savait pourtant être une décision majeure? Ou bien celui qu'on surnomme «Pop» ne faisait-il que répéter un geste souvent posé dans le passé en menant sa barque contre vents et marées?

Un homme de son statut ne pouvait ignorer que, soir après soir, les meilleures équipes du circuit créent de l'affluence aux guichets au point que les résidents d'une ville donnée se rendront à l'amphithéâtre pour applaudir les spectaculaires visiteurs, même si l'équipe locale est moche.

Il est confirmé que les spectateurs de Miami ont été floués en raison de ce geste de Popovich puisque le Heat, comme bien des organisations, ont des politiques de prix fluctuants, selon l'équipe visiteuse. En deux mots, on paie plus cher pour voir les grosses formations ou les mégastars.

L'ensemble des anciens joueurs, analystes et commentateurs de la NBA ont condamné ce geste d'un entraîneur que tous, pourtant, admirent. Mais ce coup-là, Popovich a erré.

Le leadership du Commissaire

Et en publiant un communiqué, dès le début du match, le Commissaire Stern a démontré son leadership en qualifiant le geste d'inacceptable et en promettant une sanction exemplaire. Ce qu'il fit.

Sauf qu'il devra maintenant tenter de trouver une forme de règlement et ensuite, pouvoir l'appliquer. Il doit tracer cette ligne rouge qui empêchera à jamais cette pratique de se répéter.

Bien sûr, Gregg Popovich aurait pu garder ses quatre vedettes et les faire jouer quelques minute seulement. Ou alléguer que deux d'entre eux avaient de légères blessures et les laisser sur le banc. Ça, c'est une forme de repos. L'amateur aurait été déçu, mais cette pratique a cours régulièrement.

Mais QUATRE d'un coup... renvoyés à la maison le matin même... dans un vol commercial de surcroit, c'était trop.

Il y aurait une autre solution pour éviter d'épuiser les joueurs, c'est de réduire le calendrier. Mais ça n'arrivera pas.

Joueurs comme propriétaires veulent engranger des millions, c'est la loi du marché. S'ils étaient prêts à accepter des baisses de revenus et des diminutions de salaires, les saisons seraient plus courtes les joueurs n'auront pas besoin de se reposer.

Mais ça, je le répète, ce n'est pas près d'arriver.




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