D’abord, je suis resté bouche bée. Puis, j’ai crié «Wow!»
Ce 22 septembre, je venais d’entendre les détails de l’affaire Devellano.
Comme le monde du sport, en général, et les propriétaires d’équipes, en particulier, nous ont habitués à des déclarations inodores, incolores et sans saveur, cette sortie du vice-président exécutif des Red Wings de Detroit arrivait comme une bombe de plusieurs mégatonnes dans l’univers des langues de bois.
Jugez plutôt : «Les propriétaires peuvent être vus comme un ranch et les joueurs sont le bétail. Les propriétaires possèdent le ranch et permettent aux joueurs d’y manger.»
Cette déclaration a été faite à Scott Harrigan, du Island Sports News (ISN), un site de nouvelles de sports amateurs et communautaires qui couvre les activités à travers le Canada.
Jim Devellano, vétéran gestionnaire d’une des plus grandes organisations de hockey de la LNH, a-t-il cru (comme tant d’autres) que ses propos se perdraient dans le site de l’ISN, cet humble organe d’information ? Ou bien a-t-il simplement voulu se défouler en se doutant que l’internet et les médias sociaux répandraient cette opinion à la vitesse de l’éclair ?
Peu importe, sa franchise lui a valu l’amende salée de 250 000$.
Déclaration rafraîchissante
En cette période tendue où les négociations entre joueurs et propriétaires stagnent, et où l’industrie est menacée par un autre arrêt de travail, le Commissaire de la LNH, Gary Bettman, et ses accolytes recommandent le silence à tous les propriétaires.
Certains font de timides sorties publiques et livrent des clichés au compte-goutte, comme l’a galamment fait le patron du Tricolore, Geoff Molson, mercredi dernier dans le cadre de son tournoi de golf annuel. D’autres respectent la consigne.
Chose certaine, cette sortie de Devellano est une source d’eau fraîche, dans l’environnement aride et aseptisé que les dirigeants de la LNH ont créé avec les médias.
Je dirais même qu’il s’agit de la déclaration de l’année.
En complément de déclaration, Devellano devait ajouter : «C’est de cette façon que cela a toujours fonctionné et ce sera ainsi pour toujours. Les propriétaires ne vont tout simplement pas accepter de se laisser faire par l’Association des joueurs.»
Et vlan!
Il n’a dit que la vérité.
Et pourtant, Devellano n’a rien dit de très choquant. Au mieux, je dirais qu’il n’a dit que la vérité. Une vérité implacable de l’entrepreneuriat que le monde un peu atypique du sport professionnel et de ses dieux du stade fait quelquefois oublier.
Car, à la base, une entreprise nait quand un individu ou un groupe de personnes investissent de l’argent et prennent des risques pour se lancer en affaires. Ils embauchent ensuite des gens pour faire fonctionner leur compagnie dans ses différents niveaux. Grosso modo, si on simplifie le modèle, c’est comme ça que cela a toujours fonctionné et ce sera ainsi pour toujours, comme le mentionnait d’ailleurs si bien Devellano.
Et une équipe de sport professionnel, c’est ni plus ni moins qu’une entreprise de divertissement hautement (très hautement) médiatisée, dont les employés sont adulés par le public.
Les joueurs ne sont que des employés
Sauf que, jusqu’à nouvel ordre, ce sont les patrons qui prennent les risques financiers et les employés sont payés pour faire fonctionner la patente. Et, dans le sport, ils sont très bien payés. Et, comme dans le monde ordinaire, ils n’ont pas à contester leurs patrons parce que ceux-ci font de l’argent. Peu d’employés, dans le sport ou pas, voudraient /pourraient prendre la place de leurs dirigeants, et les risques financiers qui y sont associés.
Les dirigeants dirigent et les travailleurs travaillent. Dans le sport, les patrons patronnent et les joueurs jouent. C’est aussi simple que ça.
Devellano, avec sa métaphore, s’est fait plaisir. Il a dit bien haut ce que pensent probablement plusieurs de ses semblables, qu’ils soient dans le divertissement ou la haute finance.
Il est évident que les joueurs n’ont pas apprécié se faire traiter de bétail. Certains se sont dits frustrés d’être traités comme des morceaux de viande, surtout au 21e siècle.
Mais comme ils sont payés très cher la livre, ces pur-sang devraient continuer de brouter l’herbe qu’on leur offre, et de rentrer bien calmement à l’écurie, le soir venu. Et le ranch continuera de fonctionner de la bonne façon .