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Chronique de Paul Rivard

Pour l'amour de Lance

24h
05/09/2012 14h56 
Chronique de Paul Rivard - Pour l'amour de Lance
 


Même si les Jeux de Londres ont marqué l'été sportif 2012, d'autres événements de sport ont fait réagir les amateurs québécois. Qu'il s'agisse de l'émergence de la jeune joueuse de tennis Eugenie Bouchard, ou les carrosseries froissées (tout comme les égos...) des pilotes Jacques Villeneuve et Alexandre Tagliani, je crois que LE fait saillant de l'été 2012 demeure cette radiation à vie du cycliste Lance Armstrong, par l'Agence américaine anti-dopage (AAAD), et l'annulation par cette dernière de ses sept titres de champion du Tour de France.

Et à ce fait saillant, s'ajoute la plus bizarre des démonstrations d'affection qu'on lui a servie, sur l'Avenue du Mont-Royal, à Montréal. J'y reviendrai.

Armstrong est bel et bien champion

Au moment d'écrire ces lignes, on ne sait toujours pas si l'Union Cycliste Internationale acceptera de suivre le geste de l'AAAD, (car le Tour de France demeure une compétition sous sa judiridiction) et on reçoit d'autres témoignages incriminants (ici) d'un ex-coéquipier du Texan... mais on sait déjà que Armstrong a décidé d'arrêter de se battre et de contester. Il n'en a plus rien à cirer pour une raison bien simple, comme il le dit, « Je sais très bien qui les a gagnés, ces Tours de France. Personne ne pourra m'enlever ces titres.».

Car tout est là : le TITRE. Outre le trophée, la médaille, le certificat ou autre objet en trois dimensions qui l'actualise, ce titre, il est intouchable et inaltérable. C'est le fait de l'avoir fait, de l'avoir gagné, tout simplement.

Dopé ou pas, il les a gagnés, ces titres. Et, nuance, il les a gagnés aux dépens de compétiteurs qui se battaient avec les mêmes armes. Les mêmes vélos, ou presque... les mêmes jambes, ou presque... et les mêmes produits dopants, ou presque. Pour ajouter au ridicule de la situation, il est impossible de donner les titres de Armstrong au deuxième de chaque édition, la plupart ayant été convaincus de dopage, eux aussi.

Ben et Lance: même situation

Ce qui est arrivé à Lance Armstrong me rappelle un certain Ben Johnson, également dépouillé de la récompense ultime : une médaille d'or olympique dans la discipline-reine des Jeux, le 100 mètres.

En 1988, aux Jeux de Séoul, on l'a destitué de sa médaille et il a été honni de tous. Celui qui était un Canadien d'adoption, dont tous étaient fiers, est même redevenu un Jamaïcain d'origine. Comme quoi on a une allégeance flexible.

Et pourtant, comme dans le cas d'Armstrong sur sa bécane, la plupart des sept autres gars qui côtoyaient Johnson sur la ligne de départ, étaient dopés comme lui. Sauf que le pauvre Ben s'est fait bêtement attraper.

Johnson est tombé dans l'oubli, mais Amrstrong sera éternel.

Le record de 9,79 sec. de Big Ben a été battu depuis, mais les sept triomphes consécutifs de ce qui était devenu le «Tour de Lance», ne seront jamais égalés. Et surtout, Lance Armstrong laissera une empreinte sociale aussi gigantesque que son héritage athlétique et c'est là toute la différence. Les quelques 500 millions de dollars accumulés depuis 15 ans dans la fondation «Livestrong» empêchent qui que ce soit de salir le nom et la mémoire du cycliste. L'exemple qu'il a donné aux gens atteints du cancer, en plus du message d'espoir qu'il leur lance (sans jeu de mot...), est tout simplement inestimable.

Arrogant et... intelligent

Voilà bien pourquoi, le 29 août dernier, il a pu se pointer à Montréal dans le cadre de la Conférence mondiale sur le Cancer, avec ce sourire teinté d'arrogance et de réussite. Et ce, quelques jours après que l'AAAD l'aie destitué de ses titres. « Je suis Lance Armstrong et j'ai gagné sept fois le Tour de France! », avait-il lancé en amorce de son discours, sous les rires et applaudissements des spectateurs.

Et le soir même, il en a remis en invitant le public à se joindre à lui pour une séance de jogging de 7,5 km. Les images et photos étaient éloquentes, il a reçu le traitement d'affection d'une grande vedette par les centaines de personnes qui avaient répondus à l'appel. Point de critiques ou de détracteurs sur place.

Le meilleur des dopés

Il serait trop long ici de refaire une dissertation sur les méfaits du dopage.

Les dommages de la tricherie sur la crédibilité des athlètes sont énormes, certes, et ils s'avèrent un mauvais exemple à livrer à la jeunesse. Mais comme il semble que l'argent, le marketing et la conception du succès entraînent inévitablement une course aux substances interdites, il faut admettre que l'élite mondiale doit être dopée, jusqu'à preuve du contraire.

Pour Lance Armstrong, l'équation est simple. Il était le meilleur de tous les dopés et personne ne devrait toucher à ses succès. Au-delà de tout ça, on comprend que le peuple veut des héros. Et même si ces héros ne choisissent pas le chemin le plus droit pour atteindre le sommet, on apprécie qu'ils puissent en redonner à la société.

Armstrong l'a compris. Et c'est pour l'ensemble de l'œuvre qu'on ne l'oubliera jamais.




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