Les Jeux olympiques, c'est une manifestation sportive planétaire, mais aussi une grande expérience journalistique et médiatique. Le fait de se trouver en plein cœur d'une telle effervescence, afin d'en rapporter les grandes lignes aux téléspectateurs (ou lecteurs) que nous représentons, est et sera toujours un grand honneur en plus de s'avérer un beau défi professionnel et une mission des plus passionnante.
J'ai le privilège de la vivre pour la sixième fois, dans le cadre des Jeux de Londres.
Au moment où vous lirez ces lignes, j'aurai atterri à Heathrow il y a quelques heures ou quelques jours, c'est selon.
Je couvrirai ces Jeux en compagnie de l'excellent reporter multi-fonctions Maxime Landry, ainsi que les journalistes et éditorialistes de l'Agence QMI, anglophones et francophones, dont les Réjean Tremblay et Louis Butcher (Journal de Montréal) et Alain Bergeron (Journal de Québec).
Comme je ne sais toujours pas ce que me réservera ces prochaines semaines, j'ai pensé partager avec vous quelques flashes de mes cinq précédentes expériences aux J.O.
Calgary 1988
J'étais journaliste à NTR (volet électronique de l'Agence Presse Canadienne). Mais, curieusement, je n'en garde que de rares souvenirs. À tout le moins, je me rappelle bien le visage épanoui du Québécois Jean-Marc Rozon, vainqueur en ski acrobatique, alors un sport de démonstration. Ce gars-la, comme le fameux Jack dans Titanic, avait l'air d'être «le roi du monde» tellement il était heureux. Sa compétition se déroulait dans un site à l'extérieur de la ville, un endroit où la neige avait disparu depuis un bon moment en raison du fameux « Chinook », ce vent chaud qui rend l'air si doux en février. Je me rappelle d'une fin d'après-midi, en manches de chemise, par un beau 22 degrés.
Séoul 1988
Là, en Corée du Sud, le défi était total. Seul pour NTR, lors des gigantesques Jeux d'été, à l'autre bout du monde, dans un pays où même l'anglais n'était qu'une notion approximative.
Dans un appartement à salle commune mais comprenant trois chambres séparées, j'avais comme voisins des journalistes de quotidiens de l'ouest canadien. L'un d'eux écrivait très bien mais n'avait aucune notion de savoir-vivre. Il claquait les portes à toute heure de la nuit, sans respect pour les autres. Quand je vois son visage dans le journal, encore aujourd'hui, j'entends encore une porte qui claque…
L'incontournable réminiscence des Jeux de Séoul demeure l'affaire Ben Johnson. Et, à cette époque où nous étions privés de cellulaires ou de courriels, inutile de dire que les communications étaient limitées.
En pleine nuit, assommé par des médicaments contre une grippe naissante, je me fais réveiller par un collègue qui me dit : «As-tu des détails ? Ben Johnson a été testé positif!». Endormi, je ne comprenais rien et je tentais de sortir de ce qui me semblait un mauvais rêve. Évidemment, comme c'est un journaliste de l'AFP qui avait eu la primeur, les fils de presse avaient permis à mes collègues de Montréal d'être informés, plus vite et très précisément, pour une nouvelle dont nous, à Séoul, pour la plupart, étions totalement ignorants. Comble de l'ironie, j'ai eu besoin que mes amis de Montréal me dictent les détails d'un reportage que je leur ai ensuite livré au téléphone, depuis Seoul. Le monde à l'envers.
Barcelone 1992
De beaux jeux… et une bien belle ville. D'ailleurs, ma découverte de Barcelone a été un coup de foudre et j'y suis retourné avec ma famille.
Pour revenir aux J.O., c'était mes premiers avec un «diffuseur-hôte», en l'occurrence TVA. C'est évidemment la meilleure façon d'aller aux Jeux car toutes les portes sont ouvertes, comme les accès aux athlètes. Mes deux souvenirs marquants touchent justement des événements dont on a beaucoup médiatisé le 20e anniversaire, récemment.
D'abord la fameuse Dream Team du basketball américain, avec les Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird en tête. Leur hôtel était situé dans une petite rue près de l'avenue piétonnière réputée, la Rambla. Et il était tout juste à côté du nôtre. Difficile de dormir, le soir, quand ces millionnaires revenaient de leur souper dans les grands restaurants et que des centaines de gens les attendaient en criant à la porte de l'hôtel.
Quant à l'autre souvenir, c'est celui de l'affaire Sylvie Fréchette, privée de sa médaille d'or par l'erreur d'une juge brésilienne et par l'intransigeance de la juge en chef, une Américaine, qui semblait vouloir faire triompher sa compatriote Kristen Babb-Sprague.
Sans oublier que Sylvie venait de découvrir, deux jours avant son départ, la dépouille de son conjoint qui venait de se suicider. Ce jeune homme, Sylvain Lake, faisait partie de notre équipe de diffusion, en athlétisme. Nous avions appris la nouvelle à l'aéroport et ça nous avait coupé les deux jambes. Son absence avait obligé notre producteur Serge Arseneault à redistribuer les rôles et à modifier sa stratégie de couverture et sa distribution de descripteurs.
Lillehammer 1994
De l'avis de bien des Québécois, les plus beaux qu'ils aient vus. Et ce n'était pas en raison des exploits des Jean-Luc Brassard, Isabelle Brasseur ou Myriam Bédard. Leur théâtre était cette petite ville de Norvège et ses alentours où semblait avoir été inventé l'hiver. Au pays des Vikings, alimentés par ses légendes de Trolls, les Québécois se reconnaissaient en ses habitants et les contrées environnantes.
La population, l'atmosphère et, surtout, ces panoramas de carte postale restent gravés dans ma mémoire, au même titre que les prouesses des nôtres. Encore une fois, j'ai pu vivre ces Jeux dans la grande caravane de TVA qui était diffuseur officiel.
Je logeais au sommet du mont Hafjell, dans une cabane en rondins. Dans l'une des trois autres chambres se trouvait le grand Pierre Harvey analyste de ski de fond. Quand les autres occupants attendaient les autobus pour les «descendre» au village ou au centre de diffusion, Pierre Harvey, lui, enfilait ses skis et descendait la montagne par de petits sentiers de ski de fond pour …arriver avant nous! C'est de lui que je tiens ces petits déjeuners aussi simples que costaux. Musli et Yogourt dans un grand bol. Ça vous fait tout un fond, ça mes amis.
Nagano 1998
Là, j'avais littéralement sauté la clôture. On m'avait accueilli dans le groupe des communications, au sein de l'équipe olympique canadienne. Comme attaché de presse, je servais de lien entre mes «ex-collègues» journalistes et les athlètes, sur différents sites de compétitions.
Comme j'étais nouveau, on a voulu me donner une assignation simple pour le premier jour. Je me suis donc retrouvé à plusieurs heures du centre-ville, à la compétition de surf des neiges qui faisait son entrée officielle aux Jeux. Je ne le savais pas, mais j'avais tiré le billet gagnant. Il appert que la première médaille d'or de l'histoire de cette discipline aux J.O. est allée à un Canadien, un certain Ross Rebagliati. Inutile de récapituler la rocambolesque virée médiatique et les accusations de dopage qui s'ensuivirent. Une chose est sûre, je n'ai jamais oublié ma première assignation.
Ultimement, je n'oublierai jamais la fête dans le village des athlètes, au terme de la cérémonie de clôture. Comme journaliste de profession, je savais que j'avais accès à un endroit où les médias n'entrent pas. C'est donc avec respect et discrétion que j'ai vécu ces trois ou quatre heures à regarder des jeunes athlètes décompresser, s'amuser et, surtout, fraterniser avec leurs semblables des autres pays. Échanges de vêtements et casquettes à la clé. J'ai personnellement échangé un de mes manteaux de l'équipe canadienne contre le superbe anorak du patineur artistique allemand Ingo Steuer. Je le porte encore et toujours.
En plus des compliments qu'il attire, on me demande toujours où j'ai trouvé un manteau comme ça, tout blanc aux fines lignes noires, décoré de l'aigle traditionnel allemand et d'un symbole japonais.
Car c'est ça, aussi, la beauté d'une expérience comme celle des J.O. Une pièce de vêtement ou une casquette fait ressurgir des images excitantes, un vécu que l'on chérit et une nostalgique euphorie d'un beau moment de son existence.
Et en 2012?
Je me demande bien ce que Londres me réservera pour ces sixième Jeux.
Une rencontre avec un autre Paul ? McCartney? Un visionnement de match de soccer dans un pub anglais, devant une Guinness? Des reportages en direct arrosés de la typique pluie londonienne? Probablement les choix deux et trois... et bien d'autres.
À suivre…