La manchette du Journal de Montréal était éloquente.
Et assassine, un peu, aussi.
«Bye-Bye Randy».
Au lendemain du congédiement de Randy Cunneyworth et de son adjoint Randy Ladouceur, le quotidien a titré ainsi cette nouvelle étape du processus de changement chez les Canadiens de Montréal.
Et, surtout, ce titre résumait fort bien tout ce que les médias et le public ont pensé de l'ère Cunneyworth-Ladouceur à la barre du Tricolore.
Il y a eu autant de titres que de médias. Le Journal de Québec a imprimé «Exit Cunneyworth et Ladouceur» et le 24 Heures, tout comme Le Devoir : «Cunneyworth et Ladouceur, congédiés». La Presse a choisi «La porte pour les 2 Randy». Quant au communiqué de l'équipe, il était aussi direct qu'on peut l'imaginer, sans détour ni faux-fuyants : «Cunneyworth et Ladouceur, relevés de leurs fonctions»
Comme il fallait s'y attendre, le quotidien anglophone The Gazette est moins direct avec ce titre des plus simples, qui est encore plus doux que le communiqué officiel de l'équipe «Canadiens cut ties with the 2 Randy» («Les Canadiens coupent les liens avec…»)
Deux condamnés en sursis
Mais ce «Bye-Bye Randy» résume bien des analyses effectuées depuis sa nomination. Il souligne qu'on n'a jamais pris Cunneyworth au sérieux, qu'on le considérait comme un intérim sans crédibilité, qu'on n'attendait plus que la fin de cette saison de misère. Outre le sarcasme, il y a un peu de soulagement, même, dans ce titre.
Depuis leur nomination à la direction du club-école de Hamilton, après le court séjour du talentueux, sympathique et… francophone Guy Boucher, puis lors de leur nomination à titre d'assistants à Jacques Martin et jusqu'à leur «graduation» lors du congédiement de ce dernier, les deux Randy n'ont jamais paru sympathiques au public. Et ça n'avait rien à voir avec leur expérience ou leurs capacités (enfin presque…). Parachutés sur le pont d'un vaisseau en perdition, perdus d'avance, ils ne pouvaient gagner. Leur départ n'a surpris personne.
La technique du titre
C'est un art que celui de titrer un article et la page frontispice d'un journal.
Le titre doit présenter, en quelques mots, les caractéristiques suivantes : il doit être court, accrocheur, et il doit résumer la nouvelle. Et, autant que faire se peut, être percutant.
C'est le travail de la direction et du chef de pupitre, dans un quotidien, de trouver quotidiennement les perles rares qui porteront le public à acheter, tout d'abord, puis à lire le fruit de leur travail.
Dans le cas qui nous occupe ici, je suis sûr que ce titre est la première pensée qui est venue à la moitié de la population journalistique de nos médias, toutes plate-formes confondues, lorsque la nouvelle est parvenue par le biais du compte twitter des Canadiens, ou par le courriel qui suit quelques minutes plus tard
C'est ce qui m'est venu en tête, personnellement.
«Dehors les Randy» aurait été l'autre titre qui aurait également résumé le sentiment à peu près général. Mais le «Bye-Bye Randy» avait ce petit quelque chose de léger et sarcastique. L'air de dire : «Bon débarras!»
Traitement injuste
Cela dit, et en guise de conclusion, je joins ma voix à celle de bien des gens, amateurs, observateurs ou spécialistes pour qualifier Cunneyworth, de bouc émissaire.
Quand on se fait offrir de diriger une équipe de la LNH, on ne peut dire non. Même quand l'imbécile qui nous donne cette opportunité n'est pas foutu de comprendre qu'on envoie le gars dans la fosse aux lions. Dans le contexte linguistique évident où œuvre l'organisation, ça ne prenait pas la tête à Papineau pour comprendre que le pauvre Randy se ferait lyncher dès le départ.
Fidèle à son employeur, il a accepté dignement de travailler dans ces conditions difficiles. Et il l'a fait jusqu'à la fin.
Le gars, espérons-le, se trouvera de l'emploi ailleurs. Mais son passage derrière le banc de la formation montréalaise aura été un cadeau empoisonné.
Même congédié (lui aussi) et terré dans sa retraite du Vermont, l'ex-DG du Tricolore, Pierre Gauthier, doit en porter l'odieux du blâme.
La page est tournée sur ce triste chapitre de l'histoire récente du CH. Triste du début à la fin.