Il est difficile de prédire l'avenir.
Il est encore plus difficile de prédire le passé… ou de le changer.
En fait, on aimerait tous savoir comment les choses se seraient déroulées si tel ou tel événement n'était pas survenu. Les films et séries de science-fiction permettant les voyages dans le passé sont légions, tout comme leurs scénarios hypothétiques. Mais ce n'est que du cinéma.
Ainsi, Jacques Villeneuve ne pourra jamais déterminer avec certitude ce que sa vie aurait été vraiment si son célèbre père, Gilles, était encore en vie.
Encore moins si Jacques aurait une meilleure personne. Ou une moins bonne.
«Sa mort m'a aidé…»
Jacques Villeneuve a piloté le bolide de son père, le 8 mai dernier, sur le circuit de la Scuderia Ferrari, à Fiorino, lors d'une cérémonie commémorant le 30e anniversaire de ce décès tant médiatisé.
La remarque est venue à la fin d'un article du confrère Louis Butcher, du Journal de Montréal, présent en Italie pour l'occasion.
Comme des dizaines de journalistes, il a recueilli les propos de JV, des propos qui peuvent sembler aussi durs que surprenants, si on les prend au pied de la lettre et, surtout, si on ne peut se mettre dans les souliers du principal intéressé.
«C'est triste à dire, mais le fait qu'il soit mort m'a beaucoup aidé à devenir un meilleur pilote et homme dans la vie, a-t-il déclaré à Butcher. Avec lui, je ne pense pas que j'aurais eu la carrière que j'ai connue. Il aurait contrôlé ma vie et je n'aurais pas pu devenir moi-même.»
«Mais qu'on me comprenne bien, en tant que petit garçon, c'est certain que je l'aurais voulu vivant».
Comme pour Gilles, la franchise de Jacques est un de ses principaux traits de caractère. Pour le meilleur et pour le pire.
«Jacques, c'est Jacques!» disait souvent à la radio le réputé journaliste et commentateur de la F-1, Christian Tortora, qui a couvert le père comme le fils au cours de leur carrière. «Torto» utilisait l'expression lorsqu'il commentait certaines déclarations-choc du fils de Gilles.
Ça voulait dire: n'essayez pas de comprendre ou de le changer. Il est fait tout d'un bloc et il a le courage de ses opinions.
Vous l'aimez ou vous ne l'aimez pas, mais il ne laisse personne indifférent.
Quand un enfant perd son père
Je peux très bien comprendre le sens de cette phrase et ce que Villeneuve entend par les «conséquences» de la mort de son père sur sa propre vie. J'ai perdu mon père, à l'âge de 9 ans. Et, pour être franc, je n'ai que des souvenirs très vagues de l'homme qu'il était. Et de ce que ça peut représenter un père dans la dynamique d'une famille.
Jacques, lui, venait à peine d'avoir 11 ans quand son papa est mort sur la piste. Comme enfant, il a subi un choc, c'est certain, mais il ne savait probablement pas encore très clairement ce que représentait son père, hors du giron familial.
Il l'a appris bien assez vite, évidemment, parce que son père était une personnalité planétaire. Tout comme l'ont appris John Kennedy fils et sa sœur ainée Caroline, quand ils ont perdu leur père John F. Kennedy, le président des Etats-Unis, assassiné en 1963.
Et c'est certain que leur vie en a été affectée. Comme Jacques, comme tous les autres. Et ils ont vécu leur vie. Une vie plus belle? Ou moins belle?
Personne ne saura jamais comment les choses auraient tourné si le destin n'avait écarté ce parent de leur existence.
Adaptation
Pour JV, on connaît tous la suite. Élevé par Craig Pollock, qui s'est substitué tant à son père qu'à une mère absente, il a fait sa vie. Et l'a réussie, avouons-le.
Mais qui dit que Gilles, vivant, ne l'aurait pas propulsé encore plus loin, plus vite, plus longtemps?
Je comprends que Jacques Villeneuve a pris beaucoup de maturité, avec les années. Il est philosophe et, surtout, rassure tout le monde sur l'amour, le respect et l'admiration qu'il a toujours eu pour son père.
Mais je ne suis pas d'accord avec lui pour avancer que la mort d'un père peut «aider» quelqu'un dans la vie. Elle change sa destinée et l'individu s'adapte.
Dans son cas, ça a bien tourné. Mais ce n'est pas la même chose pour tout le monde.