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Chronique de Paul Rivard

La loi du talion

24h
26/04/2012 09h54 
Chronique de Paul Rivard - La loi du talion
Paul Rivard 


Œil pour œil, dent pour dent.

Voilà l'expression moderne et plus imagée de cette vieille loi dont les premiers signes datent de l'antique Babylone, il y a 3800 ans. Une loi qui visait à punir un individu par une sanction égale à la teneur du méfait ou du crime.

Ainsi, pourquoi ne pas appliquer cette loi à l'endroit des athlètes ayant blessé un adversaire si sérieusement que ce dernier doive, au mieux, s'absenter pour une longue période ou, au pire, mettre fin à sa carrière?

Le coup violent et incompréhensible d'un joueur de basketball, le 22 avril dernier à Los Angeles, et les ultra violentes séries de hockey, ramènent cette réflexion à la surface.

Compenser les (équipes) victimes

Cette proposition, vous l'avez peut-être lue et entendue, au fil des années, après que des joueurs aussi talentueux que Sidney Crosby ou Patrice Bergeron aient dû s'absenter des semaines et des mois. Ou après que des joueurs tels Pat Lafontaine ou Marc Savard aient finalement dû accrocher leurs patins parce que des coups sauvages avaient causé des dommages irréversibles.

Chaque fois, c'est un sentiment d'injustice qui s'empare de nous. Après avoir réprimé le premier réflexe de vengeance, pourquoi ne pas simplement forcer l'auteur du coup salaud à la même absence que celui qu'il a agressé ?

Après le hockey, le basket

On a fait état des éliminatoires de la LNH, en 2012, comme d'une collection inédite d'actes brutaux. Mais c'est du basketball que nous vient le plus récent (et spectaculaire) exemple. Après avoir marqué un panier, le joueur des Lakers de Los Angeles, Metta World Peace, visiblement en pleine exultation, a ensuite violemment frappé le joueur adverse qui se trouvait innocemment sur son chemin. Atteint d'un coup de coude à la tempe, James Harden s'est lourdement écroulé au sol et le fautif a été expulsé de la partie. Les nombreux angles de caméras et la vue, au ralenti, de cette explosion bestiale de testostérone nous restent marqués en mémoire.

Les justifications de Metta World Peace (MWP), aussi incohérentes qu'inacceptables, ont laissé un goût amer chez tous les membres de la Planète NBA, comme chez les amateurs, qui condamnent son geste de façon quasi unanime. De son côté, Harden souffre d'une commotion cérébrale et n'a pas joué lors des deux derniers matchs de la saison. Il continue de subir des tests.

Guerre et paix…

En 2011, celui qui était alors connu comme Ron Artest a effectué un changement juridique de son nom et pour adopter le nom de Metta World Peace, ce qui signifie «Amour Bienveillant (Metta chez les Boudhistes) - Paix Universelle (World Peace)».

Un nom qui s'accole difficilement, vous en conviendrez, avec ces images dérangeantes que nous renvoient en boucle la télé et internet depuis ce triste dimanche.

L'homme n'en est pas à sa première incartade. En 2004, alors qu'il évoluait pour les Pacers de l'Indiana, Ron Artest avait écopé de la deuxième plus longue suspension de l'histoire de la NBA, soit 86 matchs, après avoir frappé un spectateur, pendant une mêlée. C'est en partie sur cette historique négative que la NBA a basé son jugement… mais également en tenant compte des notes positives au dossier de l'individu qui, en 2010, a fait don d'une bague de championnat pour une cause caritative en plus d'avoir été honoré par la NBA en 2011 pour services rendus dans la communauté et son action envers les populations dans le besoin.

Une sorte de «Dr. Jeckyll et M. Hyde», si vous voulez, mais dont le côté sombre serait le plus visible, forcément.

Punition trop clémente?

Malgré sa tentative de justification, la grande majorité des observateurs, joueurs ou ex-vedettes de la NBA n'acceptent pas ses explications et en appelaient à une punition exemplaire.

Curieusement, ce n'est pas ce que le commissaire David Stern a conclu. Les sept matchs de suspension (une rencontre régulière et six parties éliminatoires) apparaissent bien minces, en regard au geste. Toutefois, comme il sera privé de son salaire pour le dernier match régulier de la saison et le premier tour des séries, on parle d'un manque à gagner de quelques 350 000$, une forme d'amende intéressante, avouons-le.

Et un montant pas mal plus sérieux que l'amende de 2500$ imposée au hockeyeur Shea Weber, des Predators de Nashville, qui a tenté d'enfoncer, dans la bande, la tête de Henrik Zetterberg, des Red Wings de Detroit, au premier tour des séries.

Le basketball est resté le basketball, avec des sanctions sévères. Mais le temps d'un geste fou, celui de MWP, le basketball ressemblait soudainement à …du hockey.



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