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Chronique de Paul Rivard

Bienvenue au Far West

24h
Paul Rivard
08/03/2012 12h09 
Chronique de Paul Rivard - Bienvenue au Far West
 


Quand j'étais jeune, je regardais «Au nom de la loi», cette série télévisée qui a lancé la carrière du célèbre Steve McQueen, (le Daniel Craig de l'époque… qui lui ressemble un peu d'ailleurs). La version originale s'intitulait «Wanted : Dead or alive» et relatait chaque semaine les aventures de Joss Randall, chasseur de prime.

Dans la réalité de l'époque, ces aventuriers, qu'ont appelait «Bounty Hunters», avaient le droit de ramener le criminel, mort ou vif, avant de toucher leur récompense. Et la plupart du temps, on le ramenait mort. Ou sérieusement amoché.

Oui, c'était ça, le «Far West», où la loi s'appliquait de façon aussi farfelue que folklorique.

Mais 200 ans ont passé, et notre société ne permet plus qu'on se livre à des actes de violence moyennant rétribution.

En théorie.

Les chasseurs de primes sont encore tolérés aux Philippines et aux États-Unis, mais ils doivent posséder une licence en bonne et due forme et ils ne peuvent appliquer la justice sans un encadrement serré.

C'est à cette époque folle et sauvage de la fin du 19e siècle à laquelle j'ai songé quand le plus récent scandale du football américain a éclaté. Chez les Saints de la Nouvelle Orléans, champions du Super Bowl 2010, les entraîneurs cautionnaient un système de primes individuelles pour les joueurs défensifs qui annihilaient leurs adversaires. En fait, le terme «annihiler» est un peu trop gentil puisqu'il s'agissait purement et simplement de les blesser.

Chasseurs de primes

Vous ne serez pas surpris d'apprendre que ce scandale a été nommé «Bountygate» car les joueurs exécutant cette honteuse mission, moyennant des récompenses monétaires, n'étaient rien d'autre que des chasseurs de primes numérotés et casqués. Et adulés du public.

Selon les révélations de la NFL, ce réseau de distributions de primes s'est élevé à 50 000$ au cours des trois dernières années. Les joueurs des Saints recevaient, par exemple, 1500$ pour un KO et 1000$ pour sortir un adversaire sur une civière ou une voiturette de golf. Les récompenses doublaient pendant les éliminatoires.

Greg Williams, le coordonnateur défensif à la base de ce système, s'est excusé lorsque cette pratique a été dévoilée. Ce qui est moins brillant, voire pathétique, c'est que le propriétaire des Saints, Tom Benson appuie Williams, l'entraîneur-chef Sean Peyton et le DG Mickey Loomis «à 110%», faisant la preuve que cette pratique, à ses yeux, est normale.

Et elle est assurément répandue à l'ensemble du football. Et probablement au hockey selon ce que beaucoup d'anciens joueurs laissent supposer.

Amendes et suspensions?

Ceux qui connaissent le Commissaire de la NFL, Roger Goodell, assurent que l'amende sera salée. Certains parlent d'une amende de plus d'un million. Et peut-être de la suspension du personnel dirigeant pour quelques matchs ou même une demi-saison.

Mais Goodell aura-t-il le pouvoir et la conviction de pousser son enquête à fond et de punir toutes les équipes? Et ensuite, pourra-t-il s'assurer que ces pratiques cesseront?

Comme le soulignait à la radio mon auguste collègue Jean-Charles Lajoie, c'est une formidable boîte de Pandore qui vient de s'ouvrir.

Et que fera le monde du hockey, où ces pratiques ont également cours depuis la nuit des temps?

Non. Je doute que Gary Bettman pense même s'attaquer à ces agissements barbares. Il tente déjà de comprendre le problème des commotions cérébrales. N'en demandons pas trop.




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