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Chronique de Paul Rivard

Bouc émissaire

24h
26/01/2012 12h26 
Chronique de Paul Rivard - Bouc émissaire
 


C'était le jeu qu'il ne fallait pas rater.

Le placement de routine de 32 verges, en plein centre du terrain, que le botteur professionnel Billy Cundiff avait éxécuté des centaines de fois.

Mais sur le ballon, il y avait toutes sortes de petites inscriptions imaginaires qui sont devenues immenses en quelques secondes. Il y était écrit. «Hé Billy, il reste 15 secondes au match et si tu m'expédies entre les deux poteaux, tu es le héros de cette rencontre car tu permets à ton équipe, les Ravens, d'égaler 23-23, et d'aller chercher la victoire, peut-être, en prolongation contre les puissants Patriots.»

Puis, il y était aussi inscrit «Billy, n'oublie pas que ton vétéran coéquipier Ray Lewis, guerrier entre tous les guerriers, n'a plus beaucoup de temps pour accéder au Super Bowl. Ne laisse pas tomber ce futur membre du Temple de la renommée, toi le botteur peu connu qui n'y accèdera jamais. Ne laisse pas tomber toute cette équipe qui est à deux doigts de se retrouver dans LA grande finale.»

Puis, toute sa famille et ses amis sont allés s'assoir sur les épaules du pauvre Billy, suivis immédiatement après par les dizaines de millions de supporters des Ravens de Baltimore à travers l'Amérique. C'était bien lourd pour un seul homme.

Et vous savez maintenant que le pauvre Billy a manqué à ce qui était immanquable. Et que les Ravens ont été éliminés par les Patriots.

Mais il n'est pas le seul dans cette situation. Dans l'autre demi-finale du Super Bowl, quatre heures plus tard, ce n'est pas une, mais bien deux gaffes que le receveur de passes et retourneur de botté, Kyle Williams a commises, la seconde en prolongation, causant la défaite des surprenants 49ers de San Francisco.

Ironie du sort, les deux équipes perdantes étaient dirigées par les frères John et Jim Harbaugh. Au lieu d'un rendez-vous familial historique, c'est une déception fraternelle sans nom qui s'est produite.

De héros à zéros

Gaffeurs, maladroits, saboteurs, gâte-sauces, peu importe les qualificatifs, le terme «boucs émissaires» («scapegoats», en anglais) demeure celui qui sied le mieux aux malheureux qui commettent une erreur dans les pires moments.

On ne se souvient d'eux que pour cette bévue. Eussent-ils réussis leur coup, ils auraient été proclamés les héros. C'est injuste de les tenir responsables d'un effort d'équipe réparti sur trois heures de jeu, au terme de six mois d'efforts. C'est encore plus injuste de constater qu'ils reçoivent subséquemment des menaces de mort (eh oui!).

En voyant Billy Cundiff rater son placement, qui n'a pas songé au tristement célèbre Scott Norwood, ce «pied» des Bills de Buffalo qui a raté un placement, à la fin du Super Bowl 1991. Les Bills avaient perdu 20-19 devant les Giants de New York et on a ensuite parlé de malédiction puisque ce résultat était le premier revers de Buffalo dans quatre finales consécutives!

D'autres boucs dans l'histoire

Parlant de malédiction, celle des Red Sox de Boston aurait pris fin plus tôt, soit en 1986, si le vétéran premier but Bill Buckner, n'avait pas eu l'air d'un pee-wee en regardant passer entre ses jambes le roulant de Mookie Wilson, des Mets. Au lieu d'obtenir le retrait et donner (ENFIN) la Série mondiale à Boston, Buckner a involontairement prolongé cette disette légendaire de huit ans.

Au hockey, le défenseur Steve Smith a accidentellement marqué dans son propre filet, causant l'élimination de ses Oilers aux mains des Flames qui ont accédé à la finale de la Coupe Stanley. La porte était ouverte pour Calgary qui allait enlever la Coupe de 1989 aux dépens des Canadiens.

En terminant, la pire histoire de toutes. En faisant dévier le ballon dans son but, le capitaine de l'équipe colombienne de soccer, Andrés Escobar causait l'élimination de son pays, face aux faibles Américains, à la Coupe du Monde de 1994. De retour au pays, quelques jours plus tard, Escobar était abattu par un amateur un peu… contrarié.

«On gagne en équipe et on perd en équipe!», disent tous les athlètes et leurs entraîneurs, souhaitant éviter de tourner le fer dans la plaie du gaffeur.

Mais on se rappellera toujours un peu plus du bouc émissaire que du héros, dans la majorité des cas.



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