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Chronique de Paul Rivard

Aller jouer… à reculons

24h
05/01/2012 14h40 
Chronique de Paul Rivard - Aller jouer… à reculons
 


Aimez-vous votre travail?

Je me suis toujours dit que 60% de la population devait aller travailler à reculons. À moins que ce ne soit 50%? Ou 70%?

Peu importe.

Chose certaine, tout le monde doit payer ses factures et son hypothèque à l'aide de ces revenus provenant d'un emploi. Et il serait illusoire de penser que chaque personne se rend au travail «en courant». Simple question de logique et/ou de probabilité.

Comme un certain nombre de mes concitoyens, j'ai la chance d'avoir un boulot qui me passionne. Vous êtes plusieurs dans cette situation… et c'est tant mieux.

J'ai eu cette soudaine réflexion, à caractère existentiel, après lecture d'un article lancé sur les fils de presse internationaux, en ce début d'année.

«Serena Williams, une légende du tennis qui n'aime pas le sport»

Dans un point de presse tenu, ironiquement, deux jours avant qu'elle ne se blesse à la cheville, on y apprend que la cadette des sœurs Williams n'aime pas s'entraîner et qu'elle déteste le travail physique. «Si c'est une activité qui demande à être assise ou qui inclut du magasinage, je suis, en revanche, excellente» ajoute-t-elle, au risque de nous faire sourciller. «Je n'ai pas un amour fou du tennis, en ce moment, mais je suis là. Et je ne peux pas vivre sans…» conclut-elle.

À prime abord, on peut s'insurger contre le fait que cette jeune femme, multimillionnaire, puisse vraiment avouer à ses fans qu'elle n'aime pas ce qu'elle fait, une activité qui lui a donné gloire et célébrité.

Richer : La balle avant le hockey

Serena n'est pas la première, ni la dernière à faire ce type d'aveu. Andre Agassi disait essentiellement la même chose, en 2009, dans son autobiographie Open, publiée en 2009.

Et voilà qui n'était pas sans rappeler une déclaration de ce genre, lancée il y a plusieurs années, par le dernier marqueur de 50 buts des Canadiens, Stéphane Richer.

«J'éprouve une plus grande sensation à frapper un circuit à la balle molle que de marquer un but au hockey» disait, essentiellement, l'ex-numéro 44 du Tricolore. Cette déclaration, à l'époque, avait fait scandale et animé les tribunes libres à la radio. Hormis toutes les condamnations des mordus, certains observateurs avaient tempéré cette assertion en disant, à juste titre, qu'il ne fallait pas mêler passion avec obligation de travail.

Prenons un exemple. Une gérante de magasin de souliers peut bien faire son travail et respecter son employeur, mais elle pourrait aussi être passionnée par la comptabilité, à temps partiel, de la petite entreprise de sa conjointe. Et elle aurait le droit de le dire.

Stéphane Richer avait un talent pour le hockey. Ce talent lui a permis de connaître de grandes sensations, beaucoup de succès et l'adulation du public. Mais comme il a dû se consacrer à cette occupation depuis son plus jeune âge, il y a sacrifié, outre son enfance et son adolescence, beaucoup d'autres activités qui lui plaisaient. Et le baseball (ou la balle molle) en est une. Il a simplement dit ce qu'il ressentait.

Et il ne faut pas lui en vouloir pour autant.

Tout comme Serena Williams. Tout ce qu'elle a dit, c'est la plus simple vérité.

Je vous le demande… pourquoi ces athlètes n'auraient-ils pas le droit de dire au monde quelle est leur nature profonde, ce qu'ils aiment vraiment? Même si ça peut choquer.

Stressés dès leur plus tendre enfance par ce don de Dieu, ils ont tout donné à cette «mission sportive». Ils sont pourtant des êtres humains, avec des goûts, des divertissements, des émotions et des rêves.

Laissons-les vivre. Même si ça vient torpiller nos illusions les plus profondes.



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