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Chronique de Paul Rivard

Sortir du vestiaire

24h
17/11/2011 18h54 
Chronique de Paul Rivard - Sortir du vestiaire
 


Le joueur de soccer David Testo a pris tout le monde par surprise, le 10 novembre dernier, en déclarant qu’il était gai. À chaque fois qu’une de ces (rares) révélations survient, les médias s’emparent bien évidemment de la nouvelle et se lancent dans les analyses d’usage. Car la sortie du placard, ou pourrait-on dire, «sortie du vestiaire», dans le sport reste peu fréquente, relevant presque de l’anecdote. Et le terme anecdote, ici, n’a pas la connotation légère que vous supposez.

En sports individuels, les Martina Navratilova et Amélie Mauresmo (tennis), tout comme les Greg Louganis (plongeon), Mark Tewkesbury (natation) et le patineur artistique Brian Orser ont tous fait cette mise au point lorsque leur carrière était terminée. Question de trouver le bon moment ou par crainte de perdre de précieux revenus de commandite ? Peu importe, personne ne pourra les juger, à moins d’avoir été dans leur situation. Et encore.

En sports collectifs (d’équipe) la sortie de Testo représente quasiment un exploit, si vous me permettez cette expression. Seule la hockeyeuse Nancy Drolet, et la basketteuse de la WNBA, Sheryl Swoopes ainsi que les joueurs de rugby, l’Australien Ian Roberts (1995) et le Gallois Gareth Thomas (2009) avaient avoué leur homosexualité tout en demeurant actifs. Dans le cas de Thomas, retiré le mois dernier en raison d’une blessure, sa sortie ne l’a pas empêché d’être analyste pour le réseau ITV lors de la toute récente Coupe du Monde de rugby. Comme quoi on évolue. Tranquillement, mais sûrement.

Le sport fait tout de même figure de caste moyenâgeuse quand arrive le temps d’accepter qu’un pourcentage de ses membres soient homosexuels. Et, forcément, ce pourcentage ne peut être bien différent de celui de la population en général. C’est une simple question de probabilité et de… logique. C’est avec des porte-étendards comme Testo, et ses prédécesseurs, que cette quête de reconnaissance et d’égalité pourra être un jour être menée à terme. Mais il faudra être patient. Très patient.

Note discordante

J’ai suivi le déroulement de l’histoire depuis la première parution de la nouvelle, jeudi matin, jusqu’à ce témoignage télévisé de l’athlète dans le cadre de «Tout le monde en parle». Et c’est d’ailleurs à ce niveau que se situe la petite (et seule) note discordante de cette histoire, à toutes fins utiles, très positive.

Comme Testo voulait, entre autres, lancer un message qui serait utile à tous ces jeunes homosexuels désirant s’affirmer librement dans le sport et dans le vie, il aurait été préférable qu’il ne décide pas, tout à coup, de refuser les requêtes d’entrevues des autres médias jusqu’à la diffusion de l’émission sous prétexte qu’il avait signé une entente d’exclusivité.

Toute alléchante que soit la cote d’écoute de ce rendez-vous dominical, il est clair que Testo s’est privé d’un auditoire encore plus grand si on totalise l’ensemble des plateformes médiatiques à qui il a refusé des entrevues pendant les 85 heures qui ont séparé la parution de la nouvelle et la fin de son silence (rémunéré ou pas ?... peu importe). Quand on veut diffuser un message humanitaire, il est préférable de ne fermer aucun «canal».

Cela étant dit, David Testo s’est libéré d’un poids qu’il traînait depuis trop longtemps. Il fait également figure de modèle pour tous ceux et celles qui se cherchent une raison et une motivation pour affirmer leur nature intrinsèque. Pour vivre pleinement.

La transparence dans les vestiaires n’est pas encore pour demain, malheureusement. Mais des athlètes comme Testo sont autant de chevaliers qui permettront à cette croisade d’atteindre sa destination.




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