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Paul Rivard

Esprit de Chasse

Canoe.ca 
06/12/2008 09h02 
Paul Rivard - Esprit de Chasse
 


Certains appellent ça un sport, un hobby ou un divertissement en plein air. D’autres appellent ça un crime, une boucherie, un spectacle cruel et sanguinaire.

Qu’est-ce que la chasse ? Un sport ou un carnage inutile ?

Il y a beaucoup de réponses et tenter de débattre de la question mériterait plus qu’une simple chronique, mais bien un site internet au grand complet.

J’avais une opinion. Du moins, je croyais en avoir une, jusqu’au jour où je suis tombé sur cette émission de télé, fin novembre.

Une de ces émissions dont le public cible, tout naturellement, était en grande majorité composé d’hommes ayant chassé et adorant cette activité.

Tout à coup, entre deux pubs de VTT et d’articles de chasse, on nous présente un ours noir marchant tranquillement vers l’objectif.

«Une superbe bête !», chuchote sans arrêt au caméraman, celui qu’on découvrira, bien tapi dans un buisson. «Wow... le bel animal... Incroyable »

Si le chasseur est bien équipé de la carabine surmontée d’une lunette, le caméraman est également bien « armé » d’un téléobjectif permettant à tout le monde d’admirer l’ours de près, tout en se tenant… très loin !

Et notre chasseur qui continue : «Wow… admirez le spectacle. Quelle bête superbe. C’est important de la respecter. Une force de la nature. Etc…»

BANG !

Bonsoir ! Terminé ! Abattue !

Cette belle bête, qu’il fallait admirer et respecter, venait de tomber tout doucement, un cercle rouge sur le côté.

Même si je me doutais de ce qui allait suivre, j’ai détesté cet instant. Parce que ce n’était pas un film. Et aussi parce que je faisais exactement ce qu’il disait… je la regardais, je l’admirais et je la respectais.

Et tout à coup, elle a cessé d'exister sans se douter qu'elle était le clou d'un spectacle. Vous devinez que j’ai détesté encore plus la reprise au ralenti que l’on nous a servi pour «bien apprécier ce beau moment de chasse».

Mais pourquoi cette réaction de dégoût. Quel était le problème ?

Tueurs Sadiques ou Sportifs Respectueux ?

Bon… c’est vrai. Je ne chasse pas.

Je n’ai jamais chassé, même si j’en connais beaucoup, des chasseurs. L’un d’entre eux, en particulier, que j’admire pour sa conception spirituelle de ce type d’activité.

Et, de 1999 à 2005, j’étais le porte-parole du Salon de la Pourvoirie, Chasse et Pêche. Pendant six ans, à la grandeur du Québec, j’ai vanté les mérites des pourvoyeurs, ces «Aubergistes de la Forêt», grands organisateurs de parties de chasse et de pêche pour ces amants du plein air.

Même si je n’avais pas été choisi pour mes exploits dans les bois, je représentais, en tant que personnalité de la télé, une partie de la clientèle que l’on voulais attirer vers de belles activités familiales en pleine nature.

Et je me suis mis à la pêche, résolument. Même si je n’attrapais rien, ou si peu, j’ai toujours apprécié ces moments de calme, sur les lacs, en bonne compagnie.

Mais la chasse, dans tout ça ?

Non. Pas question. J’aurais été incapable de tuer un animal que j’aime regarder. Ours pataud ou cerf gracile. Impossible.

Cet épisode de chasse à la télé a achevé de me conforter dans mes positions.

Alors, comment «juger» la chasse ? Par le plaisir des mordus qui aiment voir une bête abattue en haute définition, avec le ralenti en prime ? Ou par la détresse chez les amoureux des animaux qui voient s’achever inutilement une vie innocente ?

J’en ai donc parlé à mon chasseur préféré, celui dont il était question précédemment, que j’admire pour sa conception spirituelle. Mon frère Louis.

Louis adore la chasse. De A à Z. Des voyages préparatoires pour les caches, les salines et les sentiers, jusqu’à la phase de l’équarrissage, du transport des quartiers de viande et du débitage. Mais il n’a jamais poussé l’exhibitionnisme jusqu’à étaler la dépouille sur le capot de son camion, ou simplement le panache sur le toit du véhicule.

Il aime parler du « prélèvement » du gibier, lorsqu’il est question de la nature de cette activité.

Il est même allé jusqu’à me raconter cette anecdote au sujet d’un guide algonquin qui, un jour, lui avait dit de préserver le cœur et les pattes de l’orignal récemment abattu. Il était allé les placer sous un sapineau puis, les a recouvert de branches pour les mettre à l’abri, sorte de tribut à la mémoire de l’orignal. Chuchotant une prière dans sa langue, il avait remercié l’esprit de l’animal pour s’être « présenté » sur le lieu de la chasse. Il l’enjoignait de parler à ses semblables, au « paradis » des orignaux pour qu’ils disent à leurs frères vivants qu’il avait été bien traité et de revenir à la rencontre des chasseurs. Depuis, en compagnie de ses partenaires – un peu surpris au début faut-il le dire - il recrée ce rituel, ayant le sentiment de donner un nouveau sens à cette activité qu’il aimait beaucoup et qu’il respectait déjà.

Ne Tirez Pas Sur Le Chasseur

Ce folklore fera sourire les purs et durs.

On pourrait aussi alléguer que cette démarche amérindienne était justifiée lorsque l’animal représentait la survie alimentaire et vestimentaire des peuplades qui vivaient sous la tente… et que maintenant, le guide ne fait que servir ses clients.

Mais il y a des histoires qu’on aime entendre et qui nous réconcilient avec certaines activités qui elles pourraient nous rebuter.

Comme celle-ci.

Il y a donc toutes sortes de chasses… et toutes sortes de chasseurs.

Il y a des « prélèvements » qui sont utiles dans des endroits comme l’Ile d’Anticosti où il faut presque zigzaguer sur la route pour éviter les chevreuils qui y foisonnent. Et même à Terre-Neuve, où il y a moins de vaches que de d’orignaux sur l’île.

Il y a des exercices d’adresse à l’arc ou à l’arbalète, certes plus sportifs, alors que l’animal a un peu plus de « chances de s’en tirer » au lieu de se faire tirer… pour des raisons évidentes.

Et il y a ces exercices de pur voyeurisme, appuyé au crayon gras, où on met en scène la mort, on la montre et la remontre, triste gargarisme d’une caste d’initiés qui ne savent pas faire la différence entre la préservation de l’instinct atavique du prédateur que nos ancêtres nous ont légués, et un simple show de domination.

Quant à savoir qui a tort et qui a raison, impossible de conclure ainsi, aussi drastiquement.

Mais si j’avais à prendre position, fermement, ce serait sur l’inutilité d’entendre quelqu’un dire qu’il faut respecter une superbe bête, pour ensuite se faire jouir en la montrant ainsi, impuissante et innocente, se faire tuer.




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