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La chronique de Bertrand Raymond

C'est Streit qui avait raison

Bertrand Raymond
24/01/2009 08h30 
La chronique de Bertrand Raymond - C'est Streit qui avait raison
 


Quelqu'un a demandé à Mark Streit, qui a quitté le Canadien pour aller briller chez les Islanders, s'il avait des regrets. Franchement.

À sa troisième saison avec le Canadien, il touchait des miettes (600 000 $) pour un athlète qui jouait un rôle clé durant les supériorités numériques. Avec les Islanders, il empochera 4,1 millions par saison pendant cinq ans.

NOTRE DOSSIER:

Les étoiles déferlent sur Montréal

Alors, pour les regrets, il faudra sans doute repasser.

«Je ne regrette pas mon départ parce que le moment était venu d'ajouter quelque chose de nouveau à ma carrière. C'est difficile de perdre autant de parties, mais je peux jouer beaucoup plus souvent, j'ai plus de responsabilités et j'ai assuré mon avenir par la même occasion», explique-t-il.

Streit répète plusieurs fois à quel point il est heureux de participer à un match des étoiles, à Montréal de surcroît. Il avoue avoir du mal à croire ce qui lui arrive.

Faut dire qu'il a mangé une bonne part de pain noir à Montréal. À sa première année avec le Canadien, il était utilisé de façon sporadique. Il a même passé plusieurs matchs sur la passerelle. Tellement qu'on s'est demandé s'il n'allait pas devoir retourner dans son pays.

«Je suis quand même un peu surpris de ma rapide progression, dit-il. J'ai profité de la chance que le Canadien m'a accordée. L'organisation m'a donné du temps pour m'établir. Par contre, je dois avouer que je suis le type d'homme capable de relever des défis.»

Streit est un sympathique bonhomme, toujours sérieux, pas très démonstratif. Le seul moment durant l'entrevue où il esquisse un très léger sourire, c'est quand on lui a fait remarquer qu'une bonne partie du public montréalais impute à son départ les problèmes du Canadien en supériorité numérique.

«Je n'étais pas le seul là-dedans, précise-t-il. Il y avait de l'harmonie dans notre attaque à cinq. Je ne m'inquiète pas pour le Canadien qui possède beaucoup de talent. Ce n'est qu'une question de temps avant que l'équipe connaisse du succès.»

Un défenseur d'abord

On peut comprendre que le Canadien, qui versait déjà plus de cinq millions de dollars à deux défenseurs, n'ait pas fait d'effort pour le retenir ou pour concurrencer les 20,5 millions offerts par les Islanders. Toutefois, c'est beaucoup plus une philosophie d'organisation qu'une question d'argent qui a provoqué son départ.

Le Suisse de 31 ans estimait qu'il ne pouvait pas offrir sa pleine mesure en alternant entre l'attaque et la défense. Il était d'abord un défenseur et c'est à la ligne bleue qu'il croyait pouvoir s'illustrer.

Le Canadien s'est dit incapable de le satisfaire. Or, Streit prouve hors de tout doute cette saison que c'est lui qui avait raison.

Il ne s'est jamais senti aussi utile. Il a évidemment un impact plus grand dans le jeune vestiaire des Islanders où il est parmi les doyens. Son rôle est nettement différent qu'à Montréal.

«Les choses évoluent tellement rapidement, ajoute-t-il. D'avoir pu amorcer ma carrière à Montréal, d'avoir pu vivre l'expérience du Canadien, d'avoir progressé continuellement et d'appartenir en ce moment à l'élite de la ligue, ça me semble incroyable comme parcours. Parfois, il y a des choses qui sont difficiles à comprendre.»

Les Suisses sont des gens un brin secrets qui n'ont pas l'habitude d'étaler leur vie dans les médias. Ils sont généralement assez habiles pour faire dévier la conversation quand il est question d'argent.

Pensait-il pouvoir empocher autant d'argent quand il a quitté son pays, il y a quatre ans?

«Je n'en fais pas juste une question d'argent, explique-t-il. Le grand accomplissement pour moi, c'est cette participation au match des étoiles.»

Néanmoins, quand le salaire fait un bond prodigieux de 3,5 millions, la madame est sûrement bien contente. Mais sans doute se fait-elle très discrète sur le sujet, elle aussi.

Vincent à la place de Bouillon

Quand Vincent Lecavalier mettra les pieds dans le vestiaire du Canadien aujourd'hui, il y verra les photos de ses héros de jeunesse, tous des Glorieux déjà intronisés au Panthéon du hockey.

À la vue des Béliveau, Lafleur, Richard, Cournoyer, Robinson, Savard, Roy et tous les autres, qui sait si le goût de passer quelques saisons dans cette chambre ne lui traversera pas l'esprit?

«C'est sûr que je vais ressentir un petit quelque chose, avoue-t-il. Chaque fois que j'ouvre la porte du Centre Bell pour y entrer, je sens que c'est différent ici. J'imagine un peu ce que ce sera quand j'endosserai mon équipement dans le vestiaire du Canadien. De voir toutes ces photos va provoquer chez moi un sentiment incroyable.»

Vérification faite, Vincent Lecavalier occupera l'emplacement de Francis Bouillon. Aucune photo d'un grand Glorieux ou d'un fantôme du Forum ne trônera au-dessus de sa tête.

Il s'agira plutôt de quatre plaques superposées dont chacune rappelle les noms des joueurs qui ont participé aux saisons 1993- 1994 (la dernière année au cours de laquelle le Canadien a détenu la coupe Stanley), 1994-1995, 1995-1996 et 1996-1997.

Ainsi en ont décidé les gens de la Ligue nationale et ceux de la télévision.

Personne n'a pensé que le siège de Lecavalier, directement sous la photo de Jean Béliveau, aurait pu devenir la plus belle prise de vue de la chambre pour la télévision.

Et dire qu'il y a des gens très bien payés pour penser à ces choses-là.

Un clin d'oeil raté

Le tout premier match des étoiles, présenté en 1947, a opposé les champions de la coupe Stanley, les Maple Leafs de Toronto, à une sélection des meilleurs éléments parmi les cinq autres formations de la ligue.

Émile Bouchard est l'unique survivant parmi les quatre joueurs du Canadien à y avoir pris part, les autres étant Bill Durnam, Maurice Richard et Kenny Reardon.

C'est survenu, il y a plus de 61 ans. Il aurait été de mise que la Ligue nationale et le Canadien invitent l'illustre personnage à assister à l'un des nombreux événements de la fin de semaine.

En cette année centenaire, une photo du joueur le plus âgé prise en compagnie du plus jeune membre de l'équipe à participer à la classique des étoiles (Carey Price) aurait permis de faire le pont entre six générations de Canadiens. Le clin d'oeil a été raté.

Et vlan

Un lecteur à la plume bien aiguisée m'écrit cette remarque.

«Guy Carbonneau a menacé Carey Price de ne pas participer au match des étoiles. Or, Price a guéri miraculeusement. Dommage que Georges Laraque n'était pas un candidat au match des étoiles.»




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