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La chronique de Bertrand Raymond

Demers a risqué sa peau

Journal de Montréal Bertrand Raymond
Le Journal de Montréal
28/08/2007 06h32 
C'était quelque part en août, à Pierrefonds, devant une station-service-dépanneur, munie d'un lave-auto.

Jacques Demers connaît bien l'endroit. Quand il fait route vers Montréal à partir de sa merveilleuse campagne de Hudson, il aime bien s'y arrêter pour faire laver sa luxueuse voiture noire qui brille toujours comme un sou neuf.

Ce jour-là, il y a de l'activité devant le dépanneur. Trois jeunes délinquants tournent autour d'une voiture dans laquelle prennent place un homme et sa femme.

L'un d'eux provoque le conducteur en crachant sur sa voiture. L'homme en sort pour protester. C'est ce qu'on attendait. On s'y met à trois pour le tabasser. L'homme est étendu sur le sol pendant qu'on le roue de coups. Le sang gicle.

Tout cela devant des témoins. Des gens attendent l'autobus devant l'établissement, mais personne ne réagit.

Personne, sauf Demers, l'homme le plus pacifique qu'on puisse rencontrer. Un gars jovial dont le comportement amical est notoire.

Demers bondit de son véhicule et agrippe l'un des malfaiteurs par le collet.

Un policier en civil, dont la présence sur les lieux est providentielle, saute sur un autre assaillant. Le troisième s'enfuit, les talons aux fesses, comme s'il avait Bruny Surin à ses trousses.

Demers a la poigne solide. L'adrénaline lui fournit des forces qu'il ne croyait pas posséder. Il garde son assaillant au sol tout en souhaitant voir d'autres policiers débarquer au plus tôt.

«You're a dog!», lui crie le petit dur de moins de 20 ans.

«I am not a dog», réplique le coach que l'allusion rend furieux.

«You're a fucking dog!», ajoute le malfaiteur que l'entraîneur retient de peine et de misère.

«Je ne suis pas un chien, enchaîne Demers. Si tu me traites de chien une autre fois, je te passe la tête au travers de la vitrine.»

«You're a dog!», répète l'autre, frondeur.

Demers le soulève et, bang, lui cogne la tête durement contre la baie vitrée de l'établissement.

La police arrive en trombe et prend la relève.

"Il m'a frappé, lance l'individu aux policiers en exhibant la prune très visible sur son front.

«Toi, embarque dans le char et ferme-la!», réplique un policier.

Chanceux

Demers va s'écraser dans sa voiture, totalement épuisé. Son coeur fait du 100 à l'heure.

Il n'a écouté ni sa raison ni la plus élémentaire des prudences en se portant au secours d'un paisible citoyen qui avait eu la terrible malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

«J'ai 63 ans. L'individu que j'avais dans les mains était coriace. Le coeur voulait me sortir de la poitrine», raconte Demers qui, ce jour-là, a réagi aussi vite qu'il parle.

Des gens sont venus le féliciter. Encore pompé, il les a accueillis par des reproches.

«Où étiez-vous tout à l'heure? Pourquoi êtes-vous restés là à ne rien faire? », a-t-il répliqué, visiblement secoué.

Des incidents du genre se produisent dans toutes les villes. Parfois, au plus fort d'une escarmouche, des armes blanches sont brandies. Des gens sont poignardés pour beaucoup moins que ce que Demers a fait à ce moment-là.

«J'ai réagi quand j'ai vu la femme hystérique dans l'auto pendant que son mari était ensanglanté et sans défense, raconte Demers. Il fallait que je fasse quelque chose. L'un des bandits semblait avoir un couteau. J'ai su plus tard qu'il s'agissait d'une brosse. Je n'ai pas pensé; j'ai réagi. Je n'ai rien fait d'héroïque, malgré ce que m'a dit un policier. J'ai beaucoup de difficulté à voir quelqu'un se faire malmener sans qu'on fasse quoi que ce soit pour l'aider.»

Il y a sans doute un Dieu pour les bons diables. Si l'un des agresseurs avait sorti une arme, une seule, il y a de fortes chances qu'il s'en serait servi contre celui qui neutralisait son complice.

Le Canadien, qui a déjà perdu d'illustres personnages durant l'été, aurait peut-être pleuré l'un de ses anciens entraîneurs.

Quand Demers a appelé à la maison pour raconter ce qu'il venait de vivre, sa femme Debbie n'était pas de bonne humeur.

«Je ne suis plus jeune. L'incident aurait pu me valoir un malaise cardiaque, mais c'était une réaction instinctive. Je n'ai pas eu le temps de penser aux conséquences», conclut-il.




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