Michael Bilodeau avait un rêve: il visait les Jeux olympiques de 2014. Il en parlait souvent. C'était le grand objectif de sa vie. Le seul et unique but qui lui permettait de croire en lui et de progresser.
On ne saura jamais si c'était vraiment réaliste d'y croire, mais personne autour de lui n'aurait voulu jouer avec ses espoirs d'enfant.
Michael Bilodeau, du club de patinage artistique de Saint-Bruno, était patineur en danse. Il répétait à qui voulait l'entendre qu'il patinerait jusqu'aux Olympiques en compagnie de sa jeune partenaire Anoushka.
J'avais fait sa connaissance il y a un peu plus d'un an dans le cadre du banquet annuel de la Fondation En Coeur, une magnifique soirée baptisée Jacques Demers et ses amis, réunissant une cinquantaine de personnalités artistiques et sportives au cours de laquelle on salue le courage d'un enfant cardiaque.
Ce soir-là, c'était pour Michael qu'on avait déroulé le tapis rouge. On lui avait présenté du beau monde, des grands sportifs qu'il connaissait déjà de réputation.
Les choses avaient tout de suite cliqué entre Francis Bouillon et lui. J'imagine que les gens courageux n'ont pas de mal à se reconnaître. Bouillon a été obligé de se battre à tous les niveaux pour réussir sa carrière.
Michael est arrivé au patinage artistique, une discipline qui exige énormément d'énergie, en dépit d'une malformation au coeur qui avait nécessité la pose d'un stimulateur cardiaque permanent à l'âge de 18 mois.
Bouillon avait été si touché par l'histoire de Michael qu'il l'avait invité à un match du Canadien à l'occasion duquel il lui avait fait faire une tournée du vestiaire.
Michael est parti pour toujours en apportant dans ses bagages quelques merveilleux souvenirs et un rêve inachevé. Il y a quelques jours, ses parents l'ont trouvé inerte dans son lit.
Il était 6 h 15. Quand on lui a crié qu'il était temps de se lever pour se rendre à son programme sport-études et qu'on n'a pas obtenu de réponse, on s'est tout de suite inquiété. En entrant dans sa chambre, on a constaté que son corps était déjà froid. On a tenté de le ranimer. On a composé le 9-1-1. À l'hôpital, toutes les tentatives de réanimation se sont révélées vaines. Il avait 16 ans.
On ne comprend pas ce qui s'est passé. La veille, il était en pleine forme. Il avait récemment complété ses spectacles de fin d'année. Tout était beau pour lui, y compris les tests récents qu'il avait subis à l'hôpital Sainte-Justine.
Une fin imprévue
Il est possible que la fatigue et le stress occasionnés par les études et la compétition aient causé ce malaise. L'autopsie le dira.
Ses parents ont appris qu'il avait confié à un camarade de classe qu'il se sentait épuisé. C'est un aveu qu'il n'aurait jamais osé faire à la maison.
«On lui rappelait fréquemment de nous aviser si jamais il y avait un problème ou s'il ressentait une douleur, mentionne son père, Réal Bilodeau, un policier de Saint-Bruno. Cependant, Michael savait que, si on avait découvert un symptôme quelconque, on l'aurait obligé à abandonner le patinage. Alors, peut-être qu'il ne nous a pas tout dit...»
Je connais Jacques Demers depuis plus d'un quart de siècle. Je le sais émotif, mais jamais je ne l'avais vu pleurer jusqu'à ce qu'il sorte du salon où ce garçon combatif, dont le rêve a brusquement pris fin, était exposé.
Jacques venait de visionner des images vidéo relatant la jeune carrière de Michael et le banquet d'En Coeur au cours duquel il avait vécu de très beaux moments.
C'était d'une tristesse infinie. Ça ne devait pas se terminer comme ça. Le jeune athlète s'était abandonné aux mains expertes des médecins qui lui avaient rafistolé le coeur. Puis, comme son idole Francis Bouillon, il s'était accroché. Ce sont les conséquences positives de son intervention au coeur et les traitements reçus durant toutes ces années qui lui avaient permis d'entretenir ses rêves.
«Il disait que la plus grande chose qui lui soit arrivée dans sa carrière de patineur, c'était la soirée d'En Coeur, ajoute son père. Il a capoté, ce soir-là. Il m'a révélé qu'il n'avait jamais rien reçu d'aussi beau. Il a eu besoin d'une semaine pour s'en remettre. Il ne comprenait pas pourquoi ça lui arrivait. Il disait qu'il ne méritait pas ça.»
À l'occasion de ce banquet, afin de l'aider à caresser ses ambitions, on lui avait présenté une bourse substantielle qui avait été suivie d'un deuxième appui financier un peu plus tard.
«On n'a aucune idée du bonheur qu'on a procuré à cet enfant, dit son père, très ému. Vous l'avez encouragé à persévérer.»
Le club de patinage artistique de Saint-Bruno a déjà annoncé qu'il instituera un trophée à sa mémoire. Un trophée qui soulignera le courage d'un patineur.
Est-ce que ça vous étonne?