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Bertrand Raymond

Le message a été entendu

Journal de Montréal
05/05/2007 08h32 

Colin Campbell s'est probablement frotté les mains de satisfaction en apprenant que Shane Doan s'était éclaté en marquant trois buts dans la victoire de 6 à 3 du Canada contre la Biélorussie, hier.

Et Bob Nicholson, patron de Hockey Canada, lui ? Est-ce qu'il nous l'avait dit que le vrai leader d'Équipe Canada était Doan ?

Un gars qui ne blasphème jamais, comme il l'a précisé quand il a été appelé à justifier le choix de son capitaine devant un comité parlementaire. Doan dont le patois est fudge, pas fuck.

Franchement!

Nicholson a fini de se ridiculiser quand il a déclaré que si Doan n'était pas le capitaine de cette équipe, il n'est pas sûr qu'il y aurait eu une équipe. Depuis quand un joueur est-il plus important que l'équipe elle-même, à plus forte raison quand la formation est nationale?

Les trois buts de Doan n'ont évidemment rien à voir avec le fond de l'histoire. Personne n'a jamais dit qu'il n'était pas un très bon joueur de hockey.

Ce qui a causé tout ce fracas, c'est sa nomination à titre de capitaine d'Équipe Canada. Le geste a été interprété comme de la provocation et du mépris par une minorité canadienne se disant déjà suffisamment insultée par les propos qu'il aurait tenus à l'endroit de quatre officiels francophones durant un match de hockey.

Doan est-il totalement innocent dans cette affaire?

Dans une station de radio anglophone, un animateur exaspéré de voir l'incident récupéré par les politiciens a dit ne pas comprendre qu'on s'attaque ainsi à la réputation d'un athlète qui n'a jamais proféré l'insulte qu'on lui reproche.

Comment le sait-il? Comment peut-il en être aussi sûr? Était-il sur la glace?

Même chose pour nous, d'ailleurs, qui sommes prêts à condamner Doan. Nous n'étions pas là. Nous n'avons rien entendu. Sauf peut-être qu'il existe un rapport rédigé et présenté par un officiel dont on n'a pas la moindre raison de douter de l'honnêteté.

Si Michel Cormier a déclaré sous serment que Doan était à un pied de lui quand il a dit ce qu'on lui reproche, on ne peut pas écarter cela du revers de la main.

Une bonne leçon

On ne rebrassera pas toute l'histoire. Elle a déjà fait suffisamment de bruit pour que le message soit entendu et, souhaitons-le, bien compris par la Ligue nationale.

C'est d'ailleurs le côté le plus positif de l'histoire. Il fallait qu'elle se rende jusqu'à Ottawa pour que le hockey en général sache qu'il y a une ligne à ne pas franchir, même sur une patinoire, quand il est question de la «race».

Dorénavant, les joueurs sauront qu'en lançant un fucking frog provocateur à un rival francophone, l'insulte pourrait leur rebondir en pleine face. Les joueurs juniors, qui se préparent à une carrière professionnelle, en ont probablement pris bonne note, eux aussi. Même chose pour tous les ti-culs qui, jusque-là, croyaient naïvement que les grenouilles n'existaient qu'en bordure des étangs.

Il faut reconnaître que les Québécois ne donnent pas leur place eux non plus sur une patinoire. S'il avait fallu qu'on rapporte tout ce qui sortait de la bouche de Claude Lemieux, son portefeuille en aurait beaucoup souffert.

Par ailleurs, quand les Noirs ont été attaqués verbalement dans le passé, la ligue s'en est mêlée et ça s'est arrêté là. Il faut maintenant souhaiter que Colin Campbell ait la décence de faire parvenir le même message à toutes les organisations du circuit.

Une ombre au tableau

Si les joueurs risquent d'avoir appris quelque chose à la suite de cet incident, il en sera (malheureusement) de même pour les officiels.

Plus un seul arbitre ou juge de lignes n'entendra maintenant ce qui se dira sur la glace quand il sera question d'insultes raciales de toutes sortes. On va tourner la tête et s'éloigner subtilement de la scène.

Sans le moindre appui de leur employeur, ça leur servirait à quoi d'y risquer leur carrière? Michel Cormier, lui, a été bêtement désavoué par ses patrons.

Le courage qu'il a démontré en sévissant à l'endroit de Doan et en décrivant sa conduite, noir sur blanc dans un rapport adressé à la ligue, est devenu, peut-on le croire, une tache à son dossier.

Des quatre officiels en service ce soir-là, François Saint-Laurent, Stéphane Auger et Cormier n'ont pas reçu d'assignation dans les séries ce printemps. Le quatrième, Pierre Champoux, a reçu son congé après la première ronde.

Assis devant leur téléviseur, en regardant leurs confrères poursuivre le travail et empocher les précieux bonis des séries, ils sont tous là à se demander s'il s'agit vraiment d'une coïncidence.

Une question de gros bon sens

J'ai sursauté quand j'ai lu dans mon propre journal que le promoteur et grand patron de GYM, Yvon Michel, se disait prêt à écouter les offres de Régis Lévesque au sujet d'un combat contre vous savez qui.

Je ne reconnaissais pas le Yvon Michel que je crois connaître, l'homme qui est responsable, grâce à la création d'InterBox, d'une boxe organisée et présentée d'une façon nettement plus professionnelle à Montréal et au Québec.

C'est Michel qui, le premier, est allé frapper à la porte d'entreprises crédibles pour appuyer la sienne: Molson, le Casino de Montréal, TVA et RDS, notamment.

Il lui a fallu se montrer convaincant. La boxe ne projetait pas une image très propre à l'époque. La qualité des boxeurs n'était pas celle d'aujourd'hui; leur crédibilité encore moins.

En ce moment, la compétition est vive entre Michel, chez GYM, et Éric Lucas, chez InterBox. Toutefois, les deux promoteurs travaillent dans la même ligne de pensée. Ils ont une image à maintenir et des partenaires à respecter. Ce qu'ils font très bien, chacun de leur côté.

Michel a été mal compris. Il n'est pas question pour lui de s'associer aux patentes de Lévesque. Lucas a maintes fois répété la même chose. Les deux ne veulent même pas prononcer le nom de vous savez qui.

Donc, chaque fois que vous entendrez Lévesque parler de Joachim Alcine, chaque fois qu'il se dira convaincu de pouvoir l'attirer à l'une de ses soirées de boxe à coups de 300 000 $ et chaque fois qu'il se dira convaincu de pouvoir remplir le Centre Bell avec Alcine, dites-vous qu'il est en train d'insulter votre intelligence.

Le Centre Bell ne sera jamais disponible pour accueillir la seule tête d'affiche de Lévesque. Jamais le Casino n'osera lui ouvrir ses portes.

Simple question d'image et de gros bon sens.




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