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Bertrand Raymond

Si Dryden était resté à Boston. . .

Journal de Montréal
30/01/2007 15h34 

Sam Pollock, un génie dans son genre, était reconnu pour son flair. Si le Canadien a pu maintenir des standards d'excellence sous son règne comme directeur général, c'est parce qu'il avait la capacité de voir loin devant lui. Parfois très loin.

On a souvent mentionné le traquenard dans lequel il avait fait tomber son homologue des Golden Seals de la Californie en 1970.

Guy Lafleur et Marcel Dionne étaient sujets au repêchage en 1971. Il lui fallait donc jouir du premier choix pour pouvoir repêcher l'un ou l'autre.

Les Golden Seals étaient dans la misère. Pollock leur a offert son... aide. Il leur a envoyé un joueur rapide, Ernie Hicke, en y ajoutant son premier choix au repêchage en 1970, en retour de leur premier choix en 1971 et de François Lacombe. C'est ainsi qu'il a pu repêcher Lafleur.

Une entourloupette du même genre, quand il a arraché Ken Dryden aux Bruins de Boston, lui a valu de réussir une autre transaction qui a contribué à garder le Canadien sur la voie de l'excellence.

Le jour même du repêchage amateur de 1964, au cours duquel 24 joueurs seulement ont été réclamés par les six équipes, il a démontré de quoi il était capable.

Pollock a complété ce qu'on peut qualifier encore aujourd'hui du marché le plus à sens unique de l'histoire de la ligue. Les joueurs impliqués faisaient tous partie de ce repêchage.

Boston a cédé au Canadien les droits sur Dryden et sur Alex Campbell en retour de Guy Allen et de Paul Reid.

Dryden, qui a remporté six coupes Stanley en un peu plus de sept ans et qui est au Panthéon du hockey, a maintenant son chandail suspendu à vie dans les hauteurs du Centre Bell.

Quant aux trois autres, ils ne sont jamais passés près de disputer un seul match dans la Ligue nationale.

Dans le noir durant 10 ans

Précisons qu'il s'agissait d'un repêchage réservé aux joueurs de 16 ans n'ayant aucun lien avec des équipes affiliées à des organisations de la Ligue nationale. Dryden jouait à l'époque avec une formation junior B, en Ontario.

«C'était un repêchage très privé, raconte-t-il. J'ai appris qu'on m'avait repêché une semaine plus tard. Le plus drôle de l'histoire, c'est que mon coach m'a précisé que j'avais été repêché par le Canadien. Ce n'est qu'à mi-chemin dans ma carrière à Montréal, à l'occasion d'une conversation anodine avec Claude Ruel et Ronald Caron, que j'ai su que j'étais plutôt un choix de repêchage des Bruins et qu'il y avait eu un échange par la suite. J'ai été gardé dans l'ignorance durant plus de 10 ans.»

On lui a expliqué ce qui s'est passé ce jour-là. Les Bruins tenaient mordicus à Guy Allen, que le Canadien avait réclamé deux rangs avant la sélection de Dryden.

Il avoue que le nom de Guy Allen ne lui est plus jamais sorti de la tête parce que ce joueur, totalement inconnu, a indirectement influencé sa vie.

Il y a un an et demi, à Ottawa, l'ancien numéro 29 avait rendez-vous avec des connaissances.

Dans le groupe, quelqu'un lui a demandé si le nom de Guy Allen signifiait quelque chose pour lui.

«S'il veut dire quelque chose, a-t-il rétorqué. Ce gars-là a représenté absolument tout pour moi et pour ma carrière.»

Allen a joué son hockey junior B et junior A à Niagara Falls. Sa carrière s'est limitée à cela. Par la suite, il est retourné chez lui à Timmins, où il est devenu pompier.

Il y a un an, à l'occasion d'un arrêt à Timmins, dans le cadre de la course à la direction du Parti libéral du Canada, Dryden a finalement fait sa connaissance. Ils en ont eu des choses à se raconter.

Scénario parfait

Les Bruins ne gagnaient jamais la coupe Stanley. Dans les séries, le Canadien trouvait toujours une façon de les éliminer. On peut donc logiquement s'interroger sur la carrière que Dryden aurait connue s'il était resté à Boston.

«Je n'ose pas même pas y penser», dit-il dans un éclat de rire.

Il souligne que le scénario complet de sa carrière a été juste parfait. Sa vie, qui n'a pas manqué de piquant, a été fort bien remplie au sein de l'organisation qui vient de l'honorer.

«Quand on me demande si j'ai eu des regrets durant ma carrière, je réponds : un petit instant ! Considérant qu'un athlète ne peut choisir son équipe et qu'une carrière n'est jamais très longue, je me dis que j'ai eu l'énorme chance d'appartenir au Canadien, de jouer au Forum de Montréal et de vivre au Québec durant les années 1970. Connaissez-vous quelqu'un qui aurait des regrets après avoir connu un cheminement comme celui-là ? Moi, je ne regrette pas une seule minute de cette expérience.»

Il en rajoute. «Peu importent toutes les hypothèses qu'on pourrait faire au sujet de ma présence à Boston, je suis juste content que tout ça ne se soit jamais produit», conclut-il.

MacNeil: «Une discussion terrifiante»

Ken Dryden a eu la délicatesse de demander à son premier entraîneur avec le Canadien, Al MacNeil, de dire quelques mots hier soir.

C'est MacNeil qui l'a projeté dans la série contre les Bruins de Boston en 1971, fort de sa mince expérience de 33 parties dans la Ligue américaine et de six autres avec le Canadien.

Pourtant, rien de tout ça n'était planifié quand on l'a rappelé de Halifax.

«Nous avions de bons gardiens en Rogatien Vachon et Phil Myre, mais il y avait souvent un affaissement de leur part après trois ou quatre bonnes performances, rappelle MacNeil. On ne pouvait pas espérer gagner la coupe Stanley dans ces conditions. Il nous fallait savoir si Dryden était capable de plus de régularité. En le rappelant en février, nous cherchions surtout une réponse en vue de la saison suivante.»

C'est en comité que la décision de l'utiliser contre des Bruins super puissants, qui venaient d'établir toutes sortes de records offensifs, a été prise.

«Ce fut une discussion assez terrifiante», mentionne l'ex-entraîneur en souriant.

Reconnaissance

Le responsable du salon des femmes des joueurs, Roméo Riopel, a été estomaqué quand on lui a appris que son nom figurait sur la liste des invités spéciaux de Ken Dryden pour la réception d'avant-match au restaurant La Mise au Jeu.

«J'y ai pensé durant tout le week-end, souligne Riopel qui, pour la circonstance, a endossé son plus beau veston. J'étais à l'envers. En près de 40 ans de service au Forum et au Centre Bell, c'est la première fois qu'on pense à moi de cette façon.»

Pour toutes les années au cours desquelles il a été d'une grande courtoisie envers Lynda Dryden, il y a trouvé sa récompense.




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