Les thérapies de désintoxication n'effacent pas toutes les dépendances. Joueur défensif par excellence des Capitales en 2008, Patrick Deschênes en sait quelque chose. L'excellent frappeur reste accro au baseball et à la vie, résultat de son vécu dans les cinq dernières années.
Cette fois-ci, l'athlète de Québec ne ressent nullement le besoin d'entrer en cure. De nouveau bien dans sa peau, heureux sur un terrain de balle, il tient solidement le gouvernail de son existence après trois années à la dérive dans une mer tumultueuse d'alcool et de drogues. Une croisière en enfer qu'il a effectuée de 2003 à 2006 avant qu'il ne décide de déposer son pied sur la terre ferme.
Deschênes parle ouvertement de son passé. Pas besoin de le piéger par des questions indirectes, car il amène lui-même le sujet sur la table. Il assume ses erreurs et il met aujourd'hui son expérience au profit de ceux qui vivent la même déchéance.
Quand il ne joue pas au baseball, le troisième but des Capitales travaille pour la Villa Ignatia, à Lac-Saint-Charles. Il s'assoit également sur les bancs de l'université Laval en quête d'un certificat en études sur la toxicomanie. «Ces cours m'apprennent la bonne approche psychologique avec les personnes dépendantes aux substances et à l'alcool, les joueurs pathologiques, bref, ceux qui tentent de se sortir d'une situation malsaine qui ruine leur vie et leur santé. Les maisons de thérapies recherchent des intervenants détenant ce diplôme», explique-t-il. De plus, les clients des centres préfèrent s'en remettre à un interlocuteur qui a emprunté la même route qu'eux. «C'était très important pour moi quand je suivais une cure de désintoxication. Je me sentais davantage compris et beaucoup moins jugé. Mon travail se veut parfois difficile pour le moral. Il faut vraiment croire en sa mission. Il me tient à coeur de redonner à la vie. Je suis heureux et en santé parce que j'ai reçu l'aide de personnes qualifiées et compréhensives.»
Envahi par la honte
Deschênes, une ex-vedette des Alouettes de Charlesbourg des années glorieuses, venait de quitter l'organisation des Mets de New York, en 2003, quand il a entrepris sa descente aux enfers.
«Tu tombes dans le piège sans t'en rendre compte. Je trouvais ça le» fun «et je me croyais en plein contrôle. Je ne voyais pas de problème à vivre comme ça en me disant qu'il s'agissait d'une situation temporaire. Que je me reprendrais en main lorsque je le déciderais. Le jour arrive où tu constates que tu es rendu au bout du rouleau physiquement et mentalement et tu comprends que tu ne parviendras jamais à t'en sortir seul.»
Deschênes demeurait dans la basse-ville de Québec. Ses amis d'antan ne le fréquentaient plus. Ses nouveaux «amis» consommaient 24 heures sur 24. Ses parents restaient présents, mais le fils s'en tenait loin. «J'avais tellement honte. Je suis une personne fière. J'ai beaucoup souffert. Ma déchéance s'acceptait encore plus difficilement parce que j'étais un athlète, un gars en forme menant une vie saine et normale. Me retrouver en si piteux état me donnait le goût de mourir certaines journées.» Deschênes, taillé dans le roc, pèse 210 livres sans une once de graisse. Son poids est descendu jusqu'à 170 livres pendant cette période trouble.
Des leçons à tirer
Deschênes, 29 ans, n'a pas choisi cette tranche de vie. Inutile de prétendre qu'il referait le même parcours si l'occasion lui était offerte. Pas un humain intelligent ne choisit délibérément de se détruire. Il apporte cependant un bémol. «Ce passage à vide m'a toutefois guidé vers l'homme que je suis devenu. Je ne consomme plus rien. Je mène une vie zen; la méditation et la spiritualité occupent une plus grande place dans mon existence. On apprend énormément de ses mauvaises expériences. J'ignore si on retire autant de leçons quand on emprunte toujours les bons chemins et que tout nous semble facile.» Chose certaine, son talent au baseball n'a pas été anéanti par ces années misérables. Quelle saison il a connue dans la Ligue Can-Am, méritant une place au troisième coussin dans l'équipe d'étoiles et maintenant une moyenne de 0,301. Ses performances défensives lui apportent beaucoup de satisfaction. S'il n'en tient qu'à lui, Deschênes reviendra chez les Caps en 2009. Il tente présentement d'aider la troupe de Michel Laplante à remporter son deuxième championnat.
Aussi revalorisante serait-elle pour le joueur, cette victoire restera secondaire en comparaison avec celle que l'homme a remportée contre ses démons.