Jean-Louis Santini
AFP

Les vertus anticancéreuses de l'aspirine soulignées

Les vertus anticancéreuses de l'aspirine soulignées

Les données médicales de près de 136 000 participants ont été analysées.Photo Fotolia

Jean-Louis Santini

Prendre régulièrement de l'aspirine sur de longues périodes réduirait nettement le risque de cancer colorectal, montre l'analyse de deux vastes études publiées jeudi qui confirment les vertus anticancéreuses de cet anti-inflammatoire bien connu.

Ces travaux parus dans le Journal of the American Medical Association, Oncology, suggèrent aussi que l'usage de l'aspirine pourrait être un complément aux bienfaits préventifs de la coloscopie et d'autres techniques de dépistage, sans pour autant s'y substituer.

«Nous pouvons désormais recommander à un grand nombre de personnes d'envisager de prendre de l'aspirine pour réduire leur risque de cancer colorectal», estime le Dr Andrew Chan, chef de l'unité d'épidémiologie clinique à l'hôpital général du Massachusetts (MGH), un des principaux auteurs de l'étude.

Toutefois, a-t-il souligné, «à ce stade, nous ne sommes pas en mesure de faire une recommandation générale de l'usage de l'aspirine pour la prévention de toutes les formes de cancers».

«Les résultats de nos travaux signifient que l'aspirine peut prévenir un nombre significatif de cancers colorectaux en plus de ceux pouvant être évités grâce au dépistage. Elle peut en empêcher encore davantage parmi des populations ne bénéficiant pas de coloscopie», souligne le Dr Chan.

De nombreuses études ont déjà montré que le fait de prendre régulièrement de l'aspirine est un moyen de prévenir le cancer du colon, mais ses effets pour réduire le risque de l'ensemble des cancers ne sont pas encore clairement établis, relèvent également ces chercheurs qui font état d'une réduction absolue de seulement 3 % pour toutes formes de tumeurs.

Ils ont analysé les données médicales de près de 136 000 participants, hommes et femmes, portant sur une période de 32 ans.

Les résultats montrent que ceux qui disent absorber régulièrement de l'aspirine, à savoir une dose standard (300 mg) ou faible (80 mg), au moins deux fois par semaine, réduisent de 19% leur risque de cancer colorectal et de 15 % celui de toutes les formes de tumeurs gastro-intestinales par rapport à ceux n'en prenant pas de manière régulière.

30 000 cancers de moins

Cependant, l'usage régulier de l'aspirine n'a apparemment pas montré spécifiquement de réduction du risque de cancer du sein, de la prostate ou du poumon, selon cette étude.

Les effets protecteurs de cet anti-inflammatoire qui fluidifie le sang se font sentir après cinq ans d'usage continu de doses allant de la moitié à un comprimé et demi une fois par semaine, ou d'une faible dose prise quotidiennement.

Ces chercheurs ont calculé que la prise régulière d'aspirine pourrait éviter jusqu'à 30 000 cancers gastro-intestinaux par an aux États-Unis, ainsi que 7500 tumeurs colorectales parmi les plus de 50 ans qui ont des coloscopies et 9800 de ces cancers chez les quelque 30 millions de personnes ne bénéficiant pas de ces dépistages.

Si les résultats de cette étude observationnelle sont probants, ils ne peuvent pas être aussi solides que ceux que peuvent produire un essai clinique effectué de manière aléatoire, notent cependant les chercheurs.

Dans un éditorial accompagnant cette recherche, le Dr Ernest Hawk du Centre Anderson du cancer de l'Université du Texas à Houston juge néanmoins que cette étude est «importante».

Selon ce cancérologue qui n'y a pas participé, ces travaux «suggèrent que prendre de l'aspirine régulièrement pourrait venir en complément des effets préventifs du dépistage du cancer colorectal et présenter même un bienfait supplémentaire absolu».

Un organisme fédéral américain qui fait autorité formé d'experts indépendants a récemment recommandé l'aspirine pour la prévention du cancer colorectal et des maladies cardiovasculaires chez de nombreux adultes aux États-Unis.

Des essais thérapeutiques ont montré que la prise régulière de faibles doses d'aspirine réduit de 25 % environ le risque de rechute chez les personnes ayant eu un premier infarctus.

Ces experts mettent toutefois en garde contre les risques potentiels d'hémorragie présentés par l'aspirine.

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