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Mieux repérer les commotions cérébrales

Mieux repérer les commotions cérébrales

Quand l'athlète peut-il retourner à la compétition?Photo Timothy A. Clary / Archives / AFP

WASHINGTON - Dans les coulisses du Super Bowl, la très attendue finale de la NFL dimanche entre Caroline et Denver, se déroule un autre match d'importance: combattre grâce à la technologie le fléau des commotions cérébrales.

Il y a tout juste un an, Julian Edelman avait permis aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre de remporter le Super Bowl avec ses raids dévastateurs dans la défense des Seahawks de Seattle.

Le receveur des Pats n'aurait peut-être pas dû être autorisé à terminer la rencontre: dans le quatrième quart-temps alors que son équipe était menée 24-14, il a été percuté violemment, à pleine vitesse, casque contre casque, par un défenseur adverse.

Edelman s'est relevé, sonné et chancelant, mais a repris rapidement le jeu et contribué au sacre des Patriots (28-24).

«Les joueurs disent toujours qu'ils vont bien», note Adam Gross, président de la entreprise de démarrage RightEye qui a développé un test-express permettant de déterminer si un joueur est en état de jouer après un tel choc.

Un ordinateur capte les images des yeux qui suivent des objets en mouvements, comme un docteur demandera à un patient de suivre ces doigts, mais avec plus de précision.

Les commotions cérébrales à répétition sont désormais la hantise des dirigeants de la NFL, confrontés à une épidémie de joueurs souffrant, après leur carrière, d'encéphalopathie traumatique chronique (ETC), un trouble cérébral qui conduit à leur mort prématurée.

70 millions de dollars investis

Pour diagnostiquer les commotions cérébrales au bord des terrains, la société King-Devick a conçu un test sur une tablette afin de déterminer si les yeux d'un joueur ont des mouvement saccadés. «C'est un test d'une minute», assure Steve Devick.

Aujourd'hui encore, déplore-t-il, les médecins des équipes sportives demandent aux joueurs de suivre un doigt de l'oeil ou leur posent des questions pour déterminer s'ils ont une commotion.

«Dans tous les matches de la NFL, vous avez quatre ou cinq médecins au bord du terrain, mais vous pouvez encore voir un joueur qui retourne sur le terrain clairement commotionné», regrette M. Devick.

L'entreprise de démarrage américaine Saccadous a développé, elle, un logiciel qui mesure les micro-mouvements involontaires de l'oeil afin de révéler l'activité cérébrale. «Nous mesurons 100 micro-mouvements afin de déterminer ce qui se passe dans le cerveau», explique son cofondateur, Craig Cafarelli.

«Il n'y a pas de manière définitive de dire si une personne souffre d'une commotion cérébrale ou la gravité d'une commotion. Notre but est donc d'établir un seuil permettant à tous les joueurs de rester en santé», dit-il.

La NCAA, qui chapeaute le sport universitaire américain, s'est engagée à investir 70 millions de dollars dans la recherche.

Montres connectées et téléphones

Des équipes universitaire de football américain sont ainsi équipés de casques munis de capteurs mesurant la rapidité, l'intensité et le lieu précis des impacts à la tête.

«Ces données seront collectées pendant cinq ans et permettront de prendre des décisions basées sur des faits» pour développer notamment des casques protégeant davantage les joueurs, souligne Stefan Duma, chef du département d'ingénierie biomédicale à l'université Virginia Tech.

Des chercheurs de l'Université de New York développent de leur côté une application mobile pour mesurer des signaux permettant d'évaluer la progression d'un patient victime de commotion cérébrale.

Car c'est bien là tout l'enjeu post-commotion dans le sport professionnel: quand donner à l'athlète le feu vert pour retourner à la compétition?

En mesurant quotidiennement, grâce à une montre connectée ou un téléphone, le rythme cardiaque et la capacité de concentration d'un patient, il sera possible de déterminer le meilleur traitement, pour l'aider à traiter sa commotion, estime Dennis Cardone, spécialiste de la médecine sportive qui planche sur le projet de l'université de New York.

«Il y a des éléments de preuve suggérant que nous avons peut-être tort de demander à un athlète de cesser toute activité après une commotion, explique-t-il. Certaines études suggèrent qu'ils vont peut-être mieux récupérer avec un programme d'activités allégées. C'est ce que nous cherchons à comprendre.»

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