Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Pot-pourri de marijuana

Pot-pourri de marijuana

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Dre Anonyme

Printemps 2017. Le gouvernement fédéral s'était donné cette échéance pour finaliser son projet de loi sur la légalisation du cannabis à usage récréatif. Ceux qui sont contre s'attendent à une débauche collective où nos les jeunes vont être «stone» toute la journée, et ceux qui sont pour s'attendent à un beau «love-in» où petits et grands vont en profiter, et finalement plus personne n'aura besoin de médicaments.  

Je ne suis pas contre la légalisation de la marijuana récréative, ni la marijuana thérapeutique, qui est légale et grandement utilisée (surtout dans les cas de soins palliatifs et dans les cas de douleurs chroniques) depuis un certain temps. Il y a des grands avantages à la légaliser, mais il faut faire très attention: le cannabis, comme toute autre drogue, comporte des effets néfastes et des risques d'abus.

La légalisation ne va pas augmenter la consommation: le pot n'est ni difficile à trouver ni à acheter avant la légalisation future. Le fait que ce soit illégal n'a jamais empêché un jeune de s'en procurer s'il le voulait. Au moins maintenant, il pourra s'en procurer d'un lieu sûr et l'argent ira plus aux contribuables plutôt qu'à un dealer ou bien à la mafia. Des retombées économiques de plusieurs millions. J'espère juste qu'ils réinjecteront cet argent dans le système de santé!

Aussi, il y a encore tellement d'utilisations du cannabis qui sont en phase de recherche: les crises convulsives qui peuvent être calmées avec l'huile de THC, les patients avec une démence d'Alzheimer qui ont des troubles de comportement, les patients avec du Parkinson dont les tremblements diminuent avec le cannabis. Il faut continuer à tester cette substance pour voir son efficacité, mais surtout la fiabilité de ces traitements.

Le problème que j'ai avec le pot récréatif, c'est que ceux qui l'utilisent pensent pouvoir régler certains problèmes médicaux, quand ça ne fait que les exacerber. L'exemple par excellence que mes patients me sortent, c'est le stress et l'anxiété. Selon eux, rien de mieux qu'un joint pour les calmer après une journée stressante.

Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que l'effet à long terme de la marijuana, c'est d'empirer l'anxiété, la paranoïa, voire même jusqu'à entraîner la schizophrénie. Le parallèle avec l'alcool s'applique ici: prendre un verre de vin pour décompresser, ça va, mais en prendre tous les soirs pour pouvoir fonctionner, ça ne va pas.

Les autres mises en garde que j'aurais (que le Collège des médecins a aussi), c'est l'âge à partir duquel on peut en consommer et où peut-on en vendre. Avant 25 ans, le cerveau humain est le plus susceptible de garder des séquelles de l'utilisation du pot. Les jeunes sont plus impulsifs, moins rationnels et ils ont tendance à consommer de façon moins sécuritaire (au volant surtout!). Donc légalisons, mais pas aux moins de 25 ans. Et de grâce, n'essayez pas de le vendre à la pharmacie du coin. Il y a eu assez de plaintes concernant les pharmacies qui vendent des boissons gazeuses et de la malbouffe: il ne faudrait pas ajouter le pot à tout ça.

Le défi, c'est qu'on aura à jongler avec les répercussions de trois drogues légales. On voit bien les effets du tabac et de l'alcool avec les problèmes de santé qui en découlent. Le cannabis est peut-être moins poison que ses prédécesseurs, mais est-il vraiment une source de profit? Ou bien une source de problèmes? 

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

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