Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Traiter les enfants? Calmez les parents!

Traiter les enfants? Calmez les parents!

Certains parents nient toute aide médicale. Photo Fotolia

Dre Anonyme

Mes parents ont tout décidé pour moi quand j'étais jeune. Il y a eu des bonnes décisions, comme me pousser dans mes études, et il y en a eu des mauvaises, qui ont fait de moi la personne anxieuse et lunatique que vous connaissez. Ils sont persuadés que c'était la bonne façon de faire. Mais aurais-je été vraiment pire s'ils avaient été plus flexibles? Moins dictateurs?

Depuis les deux dernières années, je vois de plus en plus de blogs de nouveaux parents à bout. Des parents qui sont constamment jugés sur leurs compétences et sur leur façon d'élever leurs enfants. Il ne faut surtout pas être une mère indigne qui bourre ses enfants de produits chimiques, mais pas une mère granola qui ne fait pas vacciner ses enfants non plus. Tous ces parents en arrivent à dire à la fin: «Laissez-nous tranquille, on sait ce qu'il y a de mieux pour nos enfants. On est les mieux placés pour faire les meilleures décisions pour eux.»

Les parents sont les personnes qui connaissent le mieux leur enfant. Absolument vrai. Mais les parents ne sont pas nécessairement les mieux placés pour prendre des décisions pour leurs enfants, surtout dans le contexte médical. Ce serait presque comme dire que la police, c'est la mieux placée pour enquêter sur la police!

Attention, je ne parle pas de petits problèmes de coupures, traumas, rhumes ou bien des situations urgentes. Mais si on parle d'habitudes de vie, de comportements, de médication, de nutrition, de gestion de stress, de problèmes qui s'échelonnent à long terme, les parents font parfois partie du problème, plutôt que de la solution. Ça mène à des situations où des parents nient toute aide médicale, qui refusent toute thérapie proposée, qui gèrent des maladies qu'ils ne connaissent aucunement, par principe que seuls eux ont le bien de leur enfant en tête.

Éthiquement, il faudrait éviter qu'un médecin traite sa propre famille ou ses amis. Si on avait cette mentalité citée ci-haut, je serais celle qui serait LE PLUS qualifiée pour ma famille, parce que c'est moi qui les connait le mieux et je ne veux que leur bien. Or, c'est contre la loi. Pourquoi? Parce que je serais biaisée. Parce que mes décisions peuvent être affectées par mes émotions. Parce que je perdrais mon objectivité et ma démarche scientifique logique peut flancher. Chez les autres professionnels de la santé c'est pareil, les rapports étroits nuisent souvent à la relation thérapeutique.

Alors pourquoi le prenons-nous aussi personnellement lorsque quelqu'un nous fait des suggestions face à nos enfants? Je ne parle pas de conseils de matantes une fois par an à Pâques, ou de forums sur internet qui ne font que faire vivre des trolls. Je parle de professionnels de la santé qui suggèrent des thérapies ou des médicaments, de professeurs qui tentent de proposer des routines différentes, ou même des amis qui remarquent qu'on ne sait plus comment gérer un problème?

Justement, en se disant «Je suis le seul qui peut savoir ce qui est mieux pour mon bébé», on se met trop de pression, trop de responsabilité d'être la seule personne garante de ces choix. Notre travail de parent, c'est de s'informer, de s'armer des meilleurs outils pour aider notre enfant. On peut douter de ce que les autres disent, on peut ne pas être d'accord, on peut avoir des convictions. Mais il faut connaître ses limites, ne pas laisser notre fierté ou notre bagage émotif altérer notre logique. Parfois, ça prend tout un village pour élever un enfant!

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

Précédents textes:


Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos