Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Jeune patient recherche bon médecin de famille

Jeune patient recherche bon médecin de famille

Se trouver un médecin est devenu une urgence pour tout le monde.Photo Fotolia

Dre Anonyme

Récemment, j'ai eu un nombre record de gens qui m'ont sollicité pour devenir leur médecin de famille, probablement à cause de la propagande actuelle du gouvernement. Ils ne sont pas malades, ni souffrants, juste désespérés de se trouver quelqu'un pour les rassurer.

Vous devriez voir leur campagne de séduction: certains me promettent de ne jamais se plaindre, d'autres me prédisent qu'ils n'auront jamais de maladies, quelques-uns m'ont même donné des cadeaux! Se trouver un médecin est devenu une urgence pour tout le monde, et le désespoir est palpable. Vouloir un médecin de famille à tout prix, c'est un peu comme aller sur Tinder et prendre le premier venu comme conjoint. C'est un peu voué à l'échec.

Faisons un exercice. Fermez les yeux. Imaginez-vous un médecin de famille parfait. C'est bon?

Dans les qualités que vous recherchez chez un médecin, y-a-t-il la vitesse à laquelle il voit un patient? Est-ce que le fait qu'il prenne 10 minutes par un rendez-vous est un point vendeur? Selon des études, les patients veulent un médecin qui soit à l'écoute et qui prend son temps, pour expliquer et vulgariser. Le gouvernement mise sur la rapidité des médecins ces temps-ci, mais est-ce important pour vous?

Votre médecin idéal, serait-t-il serein? Calme? Patient (haha)? En ce moment, les médecins en ont marre. Il y a un ras-le-bol collectif. On se fait dire comment faire notre job, en se faisant blâmer pour tout ce qui cloche dans le système de la santé. On commence même à se juger entre nous, à se remonter les uns contre les autres parce qu'on sent qu'on travaille plus, pour moins. Notre propre Fédération nous envoie des lettres de menace pour augmenter nos chiffres (quand ironiquement on paie cette même Fédération pour défendre nos droits et la qualité de notre pratique). Vous pensez peut-être que tous ces moyens de pression du ministre sont efficaces pour augmenter l'efficacité, mais tout ce que ça fait, c'est de produire des médecins qui ne veulent plus travailler.

Enfin, vous voulez probablement que votre médecin idéal ait de bonnes connaissances: au courant des derniers traitements, en lien avec des spécialistes, qui participe à l'enseignement des nouveaux étudiants et qui a une pratique variée. Je pense que personne ne veut le cliché du vieux médecin qui ne fait que du bureau et qui prescrit des lavements à tout le monde. Pourtant, le gouvernement va m'empêcher de faire d'autres activités qui diminuent ma prise en charge de nouveaux patients. Je n'irai plus à l'hôpital gériatrique voir mes patients que je connais depuis 10 ans. Je ne ferai plus des cliniques de dépistage ITSS pour les jeunes. Je ne ferai plus d'enseignement aux résidents en médecine familiale. Ces activités-là, qui bonifient ma pratique et font de moi un meilleur médecin, ne sont pas «payantes» pour le ministre.

Évidemment, plusieurs me diront qu'un mauvais médecin, c'est mieux que PAS de médecin. Et ils n'ont pas tort: ceux qui sont malades devraient avoir un médecin rapidement. Les autres devraient se méfier quand le gouvernement veut vous matcher à tout prix.

Ce qui est important, c'est de bien encadrer les patients, de les référer aux bonnes ressources (sans rendez-vous efficace, suivi avec infirmière) pour qu'ils ne perdent pas de temps à attendre. C'est contre-productif de tous les envoyer à la même place, dans un entonnoir. Vous voyez l'effet bombe à retardement qui s'en vient? Parfois, il vaut mieux être seul que mal accompagné, non?

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

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