Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Y a-t-il un médecin dans l'avion?

Y a-t-il un médecin dans l'avion?

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Dre Anonyme

Le rêve de tout médecin: partir en voyage. La phobie de tout médecin: se faire interpeller dans l'avion, à 10 000 mètres d'altitude, pour une urgence médicale.

Bien sûr, vous direz que c'est notre job, que c'est notre passion, que le serment d'Hippocrate stipule que blah-blah-blah. Mais personne ne veut stresser et travailler alors qu'il est en mode «détente», surtout si la vie de quelqu'un est en jeu. Un gars de la construction ne va pas commencer à réparer l'hôtel où il passe ses vacances par amour de son travail.

Tout commence avec l'appel à tous: «Votre attention s'il vous plait, y a-t-il un médecin dans l'avion?». Et là, la tension monte. Les médecins dans l'avion se regardent, attendent qu'un courageux se manifeste pour que le blâme tombe sur lui. On essaie aussi de jauger l'urgence médicale à traiter: ça a l'air grave, genre une crise cardiaque? Ou bien est-ce quelqu'un qui s'est foulé la cheville?

Du gros n'importe quoi

Personnellement, j'ai eu à répondre à au moins une dizaine de ces appels. Et la majorité du temps, c'est du gros n'importe quoi. Sur un vol Air France vers Paris, on n'a pas voulu que j'aide une personne victime d'un malaise avant que je montre mes papiers prouvant que j'étais médecin. Comme si c'était le «trip» de bien du monde de passer un vol à ne pas dormir, pas manger et stresser sur le cas d'un patient. Et comme si je me promène avec mon diplôme en poche! Ensuite, sur le même vol, j'avais demandé qu'on prenne le taux de sucre du pauvre monsieur qui est tombé dans les pommes. La réponse? «Ok, mais on n'a aucune idée comment faire fonctionner la machine». Avec une infirmière sur le vol, on a joué aux singes savants avant de pouvoir faire fonctionner le glucomètre. La cerise sur le sundae? Le capitaine qui sort du cockpit pour me dire que je faisais perdre du temps et de l'argent à l'équipe. Bien sûr, vu mon précieux serment d'Hippocrate encore, je n'ai pas pu leur dire qu'ils se débrouillent sans moi. J'ai donc passé 6h de vol à côté du patient craignant qu'il fasse une crise cardiaque et que je me fasse poursuivre.

J'ai fait des recherches et selon les statistiques, 1 passager sur 604 risque d'assister à un malaise sur un avion. Il y a un médecin dans l'avion dans 48 % des cas (mouai, je suis sûre qu'il y en a là-dedans qui font semblant de dormir) et une infirmière dans 20 % des cas. Je ne comprends pas comment, avec autant de cas à caractère médical, les compagnies aériennes soient encore aussi mal formées. La majorité du personnel ne savait pas quels instruments médicaux il y avait à bord, ni les médicaments disponibles. Je n'ose pas penser à ce qui serait arrivé s'il y avait eu un arrêt cardiaque à bord. Jouer avec un défibrillateur en s'engueulant avec l'hôtesse de l'air... Pas de violence, c'est les vacances.

Rendu à Charles de Gaulle, j'ai eu envie de faire demi-tour et rentrer dormir. Les paramédics se ruent sur le patient, ils prennent mon nom, mon adresse et mon téléphone en note. Question de pouvoir engager des poursuites contre moi j'imagine. Le personnel? Rien, pas de merci, pas de complicité du genre «Fiou, bravo groupe, on a bien géré le problème». Et moi? Moi, je ne reprends plus l'avion pour un bout, à moins que je le prenne avec un gros groupe de médecins!

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

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