Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Les médecins, grands adversaires du changement?

Les médecins, grands adversaires du changement?

Photo Fotolia

Dre Anonyme

Il y a quelques semaines, un article du Huffington Post parlait de la réticence des médecins face au changement. Comme quoi nous étions responsables les dysfonctionnements du système de santé, en me citant comme exemple. Je ne suis pas surprise, c'est exactement le message véhiculé par le gouvernement. Comme si le changement, c'était juste une question de chiffres ou de débit de patients. Le changement, le vrai, est plus complexe que ça.

La réforme du gouvernement a été accueillie avec défiance par les professionnels de la santé parce qu'elle ne répond pas aux changements réels chez nos patients. La population est plus vieille, plus malade, les gens ont moins de temps, ils s'informent comme ils peuvent sur internet. Les rendez-vous ne sont plus comme avant. La prévention est considérée comme de la perte de temps et au lieu de bien trier ce qui est important ou pas, on met tout le monde dans le même panier. Ce dont nos patients ont besoin, c'est de l'encadrement, du soutien (autre que médical), et un bon triage pour éviter des consultations inutiles. La nouvelle réforme les encourage à consulter plus, à avoir un rendez-vous rapide pour n'importe quel bobo, à pénaliser leur médecin s'ils vont voir ailleurs. Je n'appelle pas ça de la réforme efficace.

Vous ne croyez pas qu'il y a quelque chose qui cloche? Que TOUS les professionnels de la santé soient contre ces projets de loi? Pas juste une poignée d'extrémistes, pas un seul groupe particulier?

Quand une large majorité des participants d'un projet disent que le plan de réforme est mauvais, ce n'est peut être plus une question de mauvaise volonté. L'auteur du texte dans le Huffington Post est «chercheur» et «chroniqueur santé», mais a-t-il déjà passé une journée à travailler sur le terrain avant de nous traiter de pleurnicheurs et d'arriérés? Il a écrit un livre sur le système de la santé en 2003. Il y a bien des choses qui ont changé dans le système de santé depuis, des réformes qui nous ont mis encore plus dans la misère. Après ça, il nous parle de changement?

Parlons de vrai changement. Parlons de vraies innovations. Les gens consultent pour des choses non urgentes? Offrons-leur un meilleur moyen de triage et d'enseignement: un meilleur site internet?

Une application? Comment ça Bonjour Santé a pu développer un moyen pour diriger les patients à des cliniques sans rendez-vous d'une façon efficace, mais que le gouvernement n'y pense pas, lui? Décentralisons les soins de santé. Les médecins ne font pas la job à votre goût? Ils sont paresseux/vendus à l'argent/pas fiables? Alors, pourquoi vous battre pour en avoir un? Investissons plutôt dans la prévention, dans le soutien infirmier, dans les postes de préposés. Ne vous laissez pas leurrer à penser que de donner accès à un médecin de famille pour tous va régler tous les maux du système de santé.

L'ironie dans cette histoire, c'est que la médecine est une science de changement. C'est une discipline où l'évolution est inévitable. La médecine que je pratiquais il y a 15 ans n'est vraiment plus pareille. Aucun de mes collègues n'a été réticent à ces revirements, personne n'a piqueté pour être contre un nouveau traitement en développement. Je ne suis pas contre le changement. Je suis contre ces politiques, qui utilisent le «changement» comme excuse pour couper des postes, pour rajouter des postes de gestionnaires, pour faire des fusions qui n'ont pas d'allure, et qui mettent après ça le tort sur les travailleurs sur le terrain. Le changement ne nous fait pas peur. Peut-on en dire autant des politiciens?

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

Précédents textes:


Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos