Confessions d'une médecin de famille

Chronique
Confessions d'une médecin de famille

Dre Anonyme
Canoë

Lettre à mes collègues

Lettre à mes collègues

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Dre Anonyme

Chers médecins, dentistes, pharmaciens, travailleurs de la santé,

Depuis un certain temps, je nous vois épuisés, écœurés, «à boutte». Je nous vois essayer de faire appel au bon sens de la population, à écrire de multiples lettres aux journaux pour essayer de convaincre les gens de nos bonnes intentions. Erreur #1. Je vous annonce une mauvaise nouvelle: la population croit fermement que nous sommes le problème. Laissons faire ce que les gens pensent de nous, ce sont des efforts mal placés. Ce qu'ils veulent, ce sont des résultats. Leur idée de nous est faite, nous sommes aussi pire que les politiciens et nous participons activement à crosser le système.

Je dois vous avouer qu'ils n'ont pas tout à fait tort. Je m'explique, avant de me faire radier du Collège des médecins: nous prenons part au plan du gouvernement. À chaque fois que les ministres veulent faire passer une loi qui nous impose des quotas farfelus, ou qui nous brime dans notre travail, ils menacent de couper notre paie si nous ne faisons pas ce qu'ils veulent. Et nous, par peur et par sentiment d'obligation, nous plions aux exigences, nous redoublons d'effort pour suivre la loi à la lettre de peur de se faire réprimander. Vous savez quoi? Faire ça, c'est de dire à la population «Euuuh, oui, je travaille plus maintenant parce qu'avant que le gouvernement m'impose ces quotas, je me pognais le beigne!» ou «Oh non! Ne coupez pas ma paie, l'argent est ma seule raison d'être» (discours caricaturé et fictif).

Je vois des nouvelles qui rapportent que les temps d'attente pour voir un médecin étaient beaucoup plus courts il y a 10-20 ans. Ce que je trouve très rigolo, c'est que le gros des médecins qui travaillent aujourd'hui, ce sont les mêmes qu'il y a 10 ans... Donc c'est quoi la joke? Ils sont devenus terriblement plus paresseux ou moins efficaces? Je pense plutôt que ce qui cloche, c'est le système; les restructurations, les fusions, les CLSC qui deviennent des CSSS qui deviennent des.... Ces changements ont non seulement ralenti les soins, mais ont drainé des millions en jobs de fonctionnaires, en jobs de pelleteux de nuages. Et qui écope? Nous.

Arrêtons de participer à cette folie. Arrêtons de donner raison au gouvernement.

Comment?

En tant que médecin de famille, je ne participe pas au Guichet d'accès à un médecin de famille. Oui, comme le rapportent les reportages contre les «méchants médecins». Je ne participerai pas à un projet dans lequel aucun médecin qui travaille sur le terrain n'a été consulté. Je ne participerai pas à un projet qui me fait faire de la mauvaise médecine. Je ne participerai pas à un projet qui est voué à l'échec. Ce qui ne veut pas dire que je ne prends pas des patients orphelins, ou que je travaillerai moins. Je travaillerai comme bon me le semble, quelle que soit ma paie. Je travaille comme le veut ma profession, pas comme on me la dicte. Accepteriez-vous que le comptable du garage dise au garagiste comment travailler? Non.

Nous devons arrêter de se résigner au Québec: les choses ne changeront pas. Les routes sont en décrépitude et personne ne les répare comme du monde? «Ben, c'est comme ça». On paie le plus d'impôts pendant que des fonctionnaires gèrent nos fonds de travers? «Ben qu'est-ce que tu veux faire?»

Moi, je sais ce que je veux faire. Moi, je ne participe plus à cette inefficacité contrôlée. Vous me suivez?

Pour questions et commentaires, écrivez à dreanonyme@gmail.com.

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