La mère de Nathalie Morin lance un cri du coeur

Ottawa - La mère de Nathalie Morin lance un cri du coeur

«Qu’attend le gouvernement canadien pour libérer ma fille et mes trois petits-enfants de leur tortionnaire?», se demande Johanne Durocher (photo) dans un cri du coeur.© PC / Jacques Boissinot


Dominique La Haye

OTTAWA - La mère de Nathalie Morin, cette Québécoise de 26 ans séquestrée depuis plusieurs années avec ses trois enfants par son conjoint en Arabie saoudite, accuse le gouvernement Harper de «fermer les yeux» et lui lance un ultimatum.

«Qu’attend le gouvernement canadien pour libérer ma fille et mes trois petits-enfants de leur tortionnaire?», se demande Johanne Durocher dans un cri du coeur.

De passage à Ottawa jeudi, la femme a reçu l’appui des trois partis de l’opposition qui unissent leur voix pour demander au gouvernement d’agir. Mme Durocher a imploré le gouvernement Harper de sortir Nathalie de son enfer avant la tenue du sommet du G20, dont le Canada sera l’hôte en juin.

Elle a aussi comparu devant un comité parlementaire se penchant sur le sort de sa fille, où elle a tenu des propos durs à l’endroit du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, estimant que son ministère ne prend pas la situation au sérieux et ne met pas tout en œuvre pour négocier avec l’Arabie saoudite le rapatriement de sa fille et de ses petits-enfants.

«Durant ces cinq années, le gouvernement canadien n’a pas tenu compte ou a minimisé la violence conjugale, les mauvais traitements et la séquestration que vivent Nathalie et ses enfants», a-t-elle soutenu.

Le ministre Cannon a de nouveau précisé que le cas de Nathalie était «d’abord et avant tout un cas familial». Cette déclaration a fait bondir Mme Durocher.

La directrice des communications du ministre, Catherine Loubier, a plus tard précisé que lorsque M. Cannon a rencontré son homologue saoudien et la Commission des droits de la personne de l’Arabie saoudite le 24 octobre dernier, le cas de Mme Morin avait été soulevé et il avait alors été décidé que «toutes les parties continueraient à collaborer dans le meilleur intérêt des enfants pendant que Nathalie et son mari règlent leur conflit familial».

Le ministre a assuré que les services consulaires continuaient à être offerts à Mme Morin et aux membres de sa famille. Son bureau a aussi confirmé que M. Cannon a rencontré jeudi le prince Mohammad Bin Naif Al-Saud, vice-ministre de l’Intérieur de l’Arabie saoudite, en visite au Canada, avec qui il a soulevé le cas de Mme Morin.

Le professeur agrégé spécialiste en droit international à l’Université de Montréal, Stéphane Beaulac, a comparu devant le comité parlementaire hier, où il a affirmé que le Canada n’a pas répondu à la demande de rapatriement de sa citoyenne.

«Le filon manquant, c’est la demande formelle du ministre Cannon auprès de son homologue saoudien pour demander le rapatriement et que ça se fasse de façon publique pour qu’il n’y ait aucun doute», a-t-il dit.

Selon lui, le Canada ne peut pas invoquer le «droit saoudien» comme raison du non-rapatriement de Nathalie et de sa famille.

«En vertu du droit international auquel tout pays est soumis, le Canada a un droit d’intervenir dans les situations comme celle-ci de violation grave des droits fondamentaux», a-t-il dit.

Le député québécois et chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, est aussi de cet avis, estimant que le Canada «se réfugie derrière la situation juridique en Arabie saoudite qui est contraire aux lois internationales.»


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