Chroniques

La chronique de Richard Martineau

Fin de partie

Richard Martineau
Journal de Montréal
09/12/2008 05h28
La chronique de Richard Martineau - Fin de partie


S'il y a une histoire qui aura marqué cette élection sans histoire, c'est la chute spectaculaire de l'ADQ.

On n'avait pas vu pareille débandade depuis que le cascadeur Evel Knievel a tenté de sauter par-dessus le Snake River Canyon, en 1974.

La campagne n'était même pas entamée que déjà le PQ et le PLQ se disputaient les restes du parti de Mario Dumont comme des chacals affamés perdus dans les plaines du Serengeti, Pauline Marois grignotant une hanche et Jean Charest mordant à pleines dents dans un pied.

LE CIRQUE EST PARTI

Que s'est-il passé ? Comment expliquer cette débarque inédite ? Primo, André Boisclair n'était plus dans le portrait. Rien de mieux qu'un adversaire impopulaire pour améliorer son image et grimper dans les sondages.

Comme disait Oscar Wilde : «Il ne suffit pas de réussir. Il faut que nos ennemis échouent...»

Deuxièmement, les camions de pompiers de la commission Bouchard-Taylor ont éteint l'incendie identitaire qui réchauffait les troupes de Mario Dumont.

Le cirque Bouchard-Taylor a duré tellement longtemps et les clowns qui ont accaparé ses micros ont dit tellement de sottises que lorsque nos deux universitaires ont démonté leur chapiteau pour retourner dans leur tour d'ivoire, plus personne au Québec n'avait le goût de rajouter quoi que ce soit sur la question.

On était vidé, lavé. Comme si on relevait d'une gastro. Ben Laden lui-même serait venu prier dans la cuisine de la Binerie Mont-Royal que personne, même pas le maire de Hérouxville, n'aurait levé le petit doigt.

UN COUP DE GÉNIE

On a souvent dit que l'ADQ était un chef sans parti. Or, au cours des derniers jours, on a eu l'impression d'avoir affaire à un parti sans chef.

Sans ennemi identitaire à combattre, le pauvre Mario Dumont avait l'air aussi dépourvu que Pierre Trudeau au lendemain de la mort de René Lévesque.

Perdu, ne sachant sur quel clou frapper, l'ex-sauveur de la nation a passé la campagne à tenter de se trouver un os à gruger. Un jour, c'était le sort des vieux, menacés de se faire couper leur pension. Le lendemain, c'étaient les commissions scolaires ou les pertes «historiques» de la Caisse de dépôt. On a beau penser tout le mal que l'on veut de Jean Charest, l'idée de mettre sur pied la commission Bouchard- Taylor était un coup de génie.

«Vous voulez manger de la babiche et des oreilles de criss ? Je vais vous en servir jusqu'à ce que ça vous sorte par les oreilles. Après cette orgie de mots, vous ne pourrez plus entendre parler d'identité sans avoir le goût de vomir.»

LES RESTES

La question quiz est maintenant: qu'arrivera-t-il à l'ADQ ?

Maintenant que Mario Dumont a claqué la porte, son épouse (qui a impressionné tous les journalistes quand elle est sortie de sa cachette pour venir en aide à son mari) prendra-t-elle la relève? Les vestiges du parti seront-ils vendus lors d'un encan dirigé par Iegor de Saint- Hyppolyte ? Le très sympathique Sébastien Proulx joindrat-il les rangs de Stephen Harper?

Tout est possible.

Une chose est sûre : l'ADQ, qui a été portée au seuil du pouvoir par un concours de circonstances, est arrivée au bout de son rouleau. Pour le meilleur et pour le pire.

 
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